Western Dreamer: Absolument unique en son genre

On s’attend habituellement à ce qu’un gagnant de la Triple Couronne laisse une empreinte durable sur la race en influençant les générations futures de chevaux de course par l’entremise de l’élevage. Pourtant, Western Dreamer — devenu en 1997 le tout premier hongre, et seulement le huitième ambleur de l’histoire à réaliser cet exploit à l’époque — a plutôt solidifié son héritage en tant qu’ambassadeur du sport au Kentucky Horse Park.

Fils de Western Hanover et Fits Of Fun, et résident du Hall of Champions du Kentucky Horse Park pendant près d’un quart de siècle, Western Dreamer est décédé en mars 2026 à l’âge de 32 ans, entouré d’une équipe dévouée qui l’adorait profondément, notamment le gérant de l’écurie du Hall of Champions, Rob Willis, ainsi que l’employée équine Jenny Leslie.

« Dreamer a rencontré des dizaines de milliers de personnes; je ne pourrais même pas en estimer le nombre exact », a déclaré Willis. « Je disais aux visiteurs : “Vous flattez Western Dreamer, pas le cheval de votre voisin. C’est le Michael Jordan; c’est le Tom Brady. On parle ici du sommet de la génétique.” » Par Keith McCalmont. Traduction Manon Gravel.

Dreamer

En avril, il a été annoncé que Western Dreamer serait intronisé à la 50e cohorte du Temple de la renommée des courses de chevaux canadiennes, dans la catégorie Cheval vétéran. C’est Willis qui avait lancé le processus il y a plusieurs années en écrivant au Temple de la renommée afin de présenter les accomplissements de Dreamer, autant sur la piste qu’à l’extérieur.

Western Dreamer incarnait parfaitement les principaux objectifs de la mission du Kentucky Horse Park : « Célébrer l’histoire de notre relation avec le cheval par l’éducation, l’exposition, l’engagement et la compétition. »

Pour Willis, Western Dreamer n’était pas simplement un cheval de course retraité; il était un membre essentiel de l’équipe.

Dreamer

« Dreamer a vécu ici pendant presque 25 ans — plus longtemps que n’importe quel autre cheval », a expliqué Willis. « De loin, il était le meilleur exemple de ce que représente le Hall of Champions en tant qu’ambassadeur. J’ai proposé la candidature de Western Dreamer au Temple de la renommée canadien il y a des années. L’un de mes arguments, en plus de son dossier de course, était son accessibilité auprès des partisans. Il y avait une barrière à l’avant de son box et Dreamer passait ses journées la tête au-dessus. Il faisait partie du personnel. Si trois autobus scolaires remplis d’enfants arrivaient, il accordait littéralement toute son attention à chacun d’eux… tous pouvaient interagir avec lui.

« Quand les gens venaient ici et rencontraient Dreamer, il devenait un cheval inoubliable pour eux », a poursuivi Willis. « Ce n’était pas simplement un cheval de 32 ans qu’on promenait tranquillement. Il débordait encore de vie, avait énormément de personnalité et interagissait avec tout le monde avec enthousiasme. Ce n’était pas un petit cheval tranquille qu’on flatte sur la tête — un vieux cheval de randonnée heureux — ce n’était pas ça, Dreamer. »

Bien entendu, Western Dreamer a également connu une impressionnante carrière en piste. Son parcours vers la Triple Couronne a débuté avec une victoire convaincante par deux longueurs dans le Cane Pace [1:53.2] à Yonkers, avec Mike Lachance aux guides pour l’entraîneur Bill Robinson et les propriétaires canadiens Dan, Pat et Matt Daly.

Dreamer

Malgré cette victoire relativement facile dans le Cane Pace, Western Dreamer a pris le départ comme deuxième choix des parieurs dans les deux autres étapes de la Triple Couronne, en raison de la présence de Dream Away, entraîné par Brett Pelling, qui avait remporté de façon impressionnante le Meadowlands Pace d’un million de dollars plus tôt cet été-là, alors que Western Dreamer avait dû se contenter de la troisième place.

Dans le Little Brown Jug, disputé devant une foule alors record de 56 129 spectateurs au Delaware County Fairgrounds, Western Dreamer a de nouveau pris les devants et a filé vers une victoire de cinq longueurs en 1:51.1 — le plus rapide Little Brown Jug de l’histoire à ce moment-là — procurant à Lachance une quatrième victoire dans cette classique, avant qu’il n’établisse éventuellement un record partagé de cinq gains dans cette épreuve. Le malchanceux Dream Away a quant à lui commis un bris d’allure tôt dans le mille.

Western Dreamer a terminé troisième en tant que favori dans son éliminatoire du Messenger, remporté par Dream Away, après avoir été contraint de courir à l’extérieur « parké » après le quart de mille de la 7e position de départ. Dans la finale, il n’était peut-être pas le favori des parieurs, mais il n’a certainement pas regardé le tableau indicateur en dictant le rythme avec des fractions de :28, 56.2 et 1:23.3, avant de signer une domination par 4 ¾ longueurs sur le favori Dream Away dans un temps final de 1:51.3.

Grâce à cette victoire, il devenait le premier gagnant de la Triple Couronne depuis Ralph Hanover [1983]. Depuis, seulement deux autres chevaux ont réussi cet exploit : Blissful Hall [1999] et No Pan Intended [2003].

La conquête de la Triple Couronne par Western Dreamer permettait également de prendre une revanche symbolique pour son père, Western Hanover, qui avait remporté le Cane Pace et le Messenger en 1992, avant d’être privé de la Triple Couronne par la plus mince des marges face à Fake Left dans le Jug.

Même si Western Dreamer n’a pas offert sa meilleure performance dans le Breeders Crown plus tard cette même année, terminant septième derrière le gagnant Village Jasper, il s’est repris avec une victoire dans le Cleveland Classic en novembre à Northfield Park, ce qui allait devenir son dernier grand triomphe à l’âge de trois ans.

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Western Dreamer a été nommé Cheval de l’année au Canada en 1997, en plus d’être sacré Ambleur de l’année aux États-Unis, à la suite de cette campagne exceptionnelle. Même s’il allait encore courir pendant trois autres saisons et accumuler 421 645 $ supplémentaires en bourses, une destinée encore plus grande l’attendait à Lexington.

Rob Willis et Jenny Leslie ont tous deux trouvé leur chemin vers le Kentucky Horse Park — et vers le cœur de Western Dreamer — par des parcours uniques et bien différents qui les ont finalement menés au cœur du Bluegrass du Kentucky.

Willis, qui célébrera ses 55 ans cette année et qui travaille également aux médias sociaux pour The Red Mile, a véritablement appris à apprécier la race Standardbred grâce à ses fonctions au Kentucky Horse Park. Bien qu’il ait fréquenté les hippodromes dans sa jeunesse, c’est durant ses études collégiales qu’il a été davantage exposé au sport, grâce à un programme offert au Kentucky Horse Park qui servait d’introduction pratique au monde des courses de chevaux.

« Il y avait une petite école ici à l’Horse Park appelée le Kentucky Equine Institute », se souvient Willis. « J’y ai étudié en 1993. John Henry était ici; Rambling Willie aussi. Forego a été le premier cheval à qui j’ai donné un bain. Le programme durait six mois et coûtait 600 $. Je n’avais jamais touché un cheval avant ça. »

Forego et John Henry étaient tous deux membres du Temple de la renommée du côté des Thoroughbreds, tandis que Rambling Willie — lui aussi intronisé au Temple de la renommée américain — avait été nommé Ambleur âgé de l’année trois années consécutives, de 1975 à 1977. Surnommé « The Horse That God Loved » (Le Cheval que Dieu Aimait), Rambling Willie avait pris sa retraite au Kentucky Horse Park en 1983, accompagné de sa chèvre Billy.

Cette formation a profondément marqué Willis, qui a rapidement constaté que ses études en comptabilité et en administration ne lui procuraient pas le même sentiment d’accomplissement que le travail extérieur auprès des chevaux. Il a d’abord envisagé une carrière d’entraîneur, avant de trouver sa voie dans le secteur de l’élevage Thoroughbred à Brookdale Farm, puis à Respite Farm, avant d’aboutir finalement au Kentucky Horse Park il y a une dizaine d’années.

« À ce moment-là, il y avait alors ici deux gagnants du Kentucky Derby, Go For Gin et Funny Cide », raconte Willis. « Je me suis dit que ce serait un excellent endroit pour exercer mon métier auprès de chevaux de classe mondiale, incluant Western Dreamer, Mr Muscleman et Won The West du côté des Standardbreds.

« De 1994 à 2017, je n’étais jamais revenu ici », ajoute Willis au sujet de son retour au Kentucky Horse Park. « Les courses sous harnais m’ont amené vers les chevaux, puis je suis passé aux Thoroughbreds. Les gagnants du Derby m’ont attiré à l’Horse Park, et une fois ici, cela m’a ramené aux courses sous harnais… Dreamer, Mr Muscleman et Won The West étaient tous de formidables ambassadeurs. J’en suis extrêmement fier. »

Willis a également participé à l’arrivée au parc du gagnant du Hambletonian 2016, Marion Marauder, en 2022, rejoignant ainsi ses compagnons Standardbreds tout en partageant une rangée d’écurie avec Funny Cide, gagnant du Kentucky Derby 2003, décédé en 2023.

Dreamer

« Nous sommes l’une des rares écuries à avoir déjà eu un gagnant du Hambletonian regardant en face un gagnant du Kentucky Derby », affirme Willis, « mais Dreamer les éclipsait tous. Les autres avaient l’air de grands-papas à côté de lui. Je sortais Dreamer et son poil semblait presque hypoallergénique. Il était pommelé en permanence. Jusqu’au jour de sa mort, il avait l’apparence d’un cheval en pleine forme. »

Willis souligne que Western Dreamer était parfaitement taillé pour son rôle d’ambassadeur, grâce à une constitution exceptionnelle et un besoin insatiable d’être au centre de l’attention.

« Mr Muscleman est un cheval merveilleux, très calme. On pourrait lui faire atterrir un hélicoptère sur le dos sans que ça le dérange. Mais après 30 minutes à rencontrer des gens, il était prêt à retourner tranquille dans son coin en se disant : “Laissez-moi revenir ici, je suis un p’tit vieux.” Dreamer n’était pas du tout comme ça », raconte Willis. « Il était à moitié humain. Je blaguais souvent en disant qu’il faisait partie du personnel. Quand j’ai commencé à m’occuper de Dreamer, alors qu’il était dans la vingtaine, il participait encore très souvent aux spectacles, puis restait ensuite pour les rencontres avec le public. »

Alors que Willis devait parfois limiter les interactions publiques de certains résidents équins, il cherchait plutôt des moyens d’offrir davantage de temps au public avec Dreamer.

« Dreamer devenait jaloux si on passait du temps avec un autre cheval. Je n’essaie pas de romancer l’histoire — je n’ai rien besoin d’inventer — c’était réellement sa personnalité », dit Willis en riant. « Quand les visiteurs quittaient les lieux, il restait devant l’écurie pendant qu’on le faisait brouter et les gens pouvaient continuer à le flatter. Il n’y avait jamais de limite à ça; il adorait les gens et aurait pu faire ça toute la journée.

« Il adaptait même son comportement lorsqu’un enfant ayant des besoins particuliers s’approchait. Parfois, c’était tellement émouvant que je devais moi-même m’éloigner », ajoute-t-il.

Dreamer

Au final, Willis croit que le bonheur avec lequel Western Dreamer a assumé son rôle d’ambassadeur a non seulement permis d’attirer de nouveaux amateurs vers le sport, mais a également contribué à prolonger la vie du champion de la Triple Couronne.

Dreamer était tellement aimé que Willis savait que chaque visiteur repartirait avec un nouveau cheval préféré, grâce à la personnalité fougueuse du bai ainsi qu’à sa magnifique crinière et son toupet.

« J’aimais souvent taquiner les enfants qui arrivaient en leur demandant : “Avez-vous déjà un cheval préféré?” », raconte Willis en riant. « Ils nommaient un autre cheval et je leur répondais à la blague : “Ça risque de changer dans 10 minutes.” Puis, lorsqu’ils ressortaient, je leur reposais la question et tous répondaient : “Western Dreamer!” »

Jenny Leslie, native de Lexington, a pris sa retraite d’une importante carrière comme travailleuse sociale au sein du gouvernement fédéral américain en 2013. L’année suivante, elle s’est jointe au Kentucky Horse Park comme bénévole, avant d’être rapidement engagée comme employée saisonnière.

Comme Willis, elle connaissait déjà le parc depuis sa jeunesse.

« Le parc a ouvert ses portes en 1978, et mes grands-parents m’y ont amenée peu après. J’y allais aussi avec mes amis. Un été, quand j’avais 15 ans, j’ai travaillé à temps partiel dans leur centre équestre », raconte Leslie.

« J’ai pris ma retraite tôt du gouvernement fédéral et je ne savais pas ce que j’allais faire ensuite… puis je me suis rappelée que les chevaux m’apportaient énormément de joie quand j’étais jeune, alors je suis retournée au Kentucky Horse Park. J’en suis maintenant à ma 13e saison au Hall of Champions. »

Leslie attribue aux pensionnaires du parc le mérite d’avoir éveillé son intérêt pour les courses sous harnais.

« Avant mon arrivée, ils avaient Cam Fella et Rambling Willie, et depuis que je suis ici, nous avons eu Staying Together et Dreamer, et nous avons encore Mr Muscleman, Won The West — qui est mon cheval préféré — ainsi que Marion Marauder », explique Leslie. « Ce sont eux qui m’ont vraiment fait aimer les courses sous harnais. Quand j’étais petite, j’avais lu Born to Trot, donc je connaissais les bases, mais c’est en travaillant au Hall of Champions que j’ai véritablement développé ma passion pour ce sport. »

La deuxième carrière de Leslie est particulièrement occupée. Ses journées commencent à 7h30 avec le nettoyage des stalles, l’alimentation, le brossage et le bain des chevaux avant la première de deux présentations publiques au pavillon, durant lesquelles les chevaux sont amenés devant les visiteurs pendant que Kathy Vespaziani, animatrice et présentatrice du parc, raconte leur histoire.

« Kathy raconte l’histoire de chaque cheval. Nous montrons même les faits saillants de leurs plus grandes courses », explique Leslie. « Plus tard en après-midi, nous faisons une présentation plus décontractée. Je sors les chevaux et j’amène les visiteurs près de la clôture, puis je parle de l’histoire du sport et je réponds aux questions sur les chevaux. C’est très agréable. Mon travail consiste autant à m’occuper des chevaux qu’à divertir les gens.

« Ce travail m’apporte tellement de bonheur », ajoute Leslie. « J’étais bonne dans mon ancien emploi, c’était une belle carrière — j’aimais ce que je faisais et j’y ai travaillé fort — mais c’est ici que je fais la plus belle chose de ma vie. »

Et si Leslie considère que son rôle est « à moitié celui d’une animatrice », elle assure que celui de Dreamer était entièrement celui d’un artiste.

« Il adorait jouer avec son Jolly Ball. Il le lançait par la fenêtre ou par la porte de son box et nous devions aller le récupérer », raconte Leslie en riant. « Il faisait ça continuellement. Je pense qu’il aimait nous voir aller le chercher. C’était vraiment un cheval extraordinaire. Si une branche tombait d’un arbre dans son paddock, il la prenait et se promenait avec. »

« Nous avons aussi un bénévole nommé Dave McMillan qui sortait Dreamer pour prendre des photos avec les visiteurs », poursuit Leslie. « Dave demandait aux gens de se placer près de son épaule et de passer un bras sous son encolure, puis Dreamer tournait la tête et les “prenait dans ses bras”. Je ne sais pas combien de milliers de photos existent de Dreamer en train de faire un câlin à quelqu’un. »

Et pourtant, malgré tout l’amour qu’il portait aux humains, Dreamer n’appréciait pas particulièrement les autres animaux.

Dreamer

« Nous avons essayé de le mettre au paddock avec un autre cheval, mais il n’arrêtait jamais de se pavaner et de hennir bruyamment », raconte Leslie. « Alors, nous lui avons laissé son propre paddock avec un cheval de l’autre côté de la clôture — ça, ça lui convenait. Il n’aimait simplement pas qu’ils s’approchent trop près.

« Il n’aimait pas non plus les chiens ni les chats », ajoute-t-elle. « Quand Rambling Willie est décédé, ils ont essayé de mettre sa chèvre avec Dreamer, mais il n’en voulait pas du tout. Il intimidait la chèvre, alors ils ont dû lui construire une petite maison à elle seule. »

Et même si Dreamer ne s’est jamais réellement attaché à Mr Muscleman ou à Won The West, il faisait preuve d’une patience infinie envers le regretté Staying Together, surnommé « Stanley » par toute l’équipe du site.

« Il adorait Staying Together », dit Leslie au sujet du Cheval de l’année 1993, qui n’avait qu’un œil et était aveugle durant les 10 à 15 dernières années de sa vie. « Dreamer restait dans son box pendant que Stanley passait ses journées dans le paddock de Dreamer. Si nous emmenions Stanley à un endroit où Dreamer ne pouvait plus le voir, Dreamer se mettait à l’appeler jusqu’à ce qu’on le ramène. Ils occupaient aussi des boxes voisins, ou très proches l’un de l’autre. »

Les pitreries de Dreamer étaient nombreuses, notamment lors de leur première rencontre, quand le champion de la Triple Couronne s’était mis à baver dans le cou de Leslie. Celle-ci confirme également les propos de Willis concernant l’insatiable besoin d’attention de Dreamer.

« Dreamer ne voulait jamais être seul. Pour plusieurs chevaux, nous nous assurons de leur donner des journées de repos. Certains aiment moins interagir avec les gens, mais avec Dreamer, s’il ne participait pas à un spectacle, il se fâchait et frappait dans sa porte de box pour protester. Parfois, nous l’ajoutions simplement à la présentation même si ce n’était pas prévu — juste pour le rendre heureux.

« Il voulait constamment attirer l’attention. Et ce n’était pas seulement parce qu’il était gentil. Beaucoup de chevaux sont affectueux et se laissent flatter; lui, il avait énormément de caractère et adorait jouer », ajoute-t-elle. « Nous n’en aurons jamais un autre tout à fait comme lui. »

Leslie a pu constater de ses propres yeux l’impact qu’avait Western Dreamer pour promouvoir le sport.

« Quand les courses du Red Mile avaient lieu, je disais aux visiteurs qu’il y avait des courses le dimanche soir, et plusieurs de ces personnes, je les revoyais ensuite à l’hippodrome plus tard ce soir-là. Dreamer faisait partie de ça. Il a fait découvrir les courses sous harnais à énormément de gens et leur a montré ce qu’était ce sport », explique-t-elle. « Je suis tellement heureuse qu’il soit maintenant membre du Temple de la renommée. Ça lui va parfaitement. »

La popularité de Western Dreamer était telle qu’un visiteur a même choisi d’inclure le champion de la Triple Couronne dans une demande en mariage.

« Il avait fait fabriquer une couverture personnalisée brodée avec les mots : “Will you marry me?” sur le côté. Ils sont entrés dans l’écurie et le patron a dit à la femme — dans le cadre du plan — : “Nous faisons une séance photo pour le Horse Park, aimeriez-vous y participer?” », se souvient Leslie. « Elle admirait Dreamer, disant à quel point il était beau… puis ils l’ont tourné pour montrer la couverture, mais elle était tellement captivée par Dreamer qu’elle n’a même pas remarqué la demande. Finalement, elle a quand même dit oui! »

L’omniprésent Western Dreamer s’est éteint en mars, à l’âge de 32 ans, mettant ainsi un terme à une vie exceptionnelle autant comme cheval de course que comme ambassadeur du sport. La nouvelle de son décès a profondément touché tout le Kentucky Horse Park.

« Dreamer comptait énormément pour le personnel et les bénévoles. Il était véritablement aimé de tous », affirme Willis. « Tout le monde allait le voir — pas seulement les gens de mon écurie, mais aussi des employés des ressources humaines, de la comptabilité ou de l’entretien. Beaucoup de personnes tenaient profondément à lui. »

Le stoïque Willis admet s’être attaché à Dreamer plus qu’à n’importe quel autre cheval au cours de sa carrière.

Dreamer

« J’aime les chevaux, mais quand je travaillais comme responsable des yearlings, c’était toujours : “poulain, yearling, vendu; poulain, yearling, vendu.” Je ne restais jamais longtemps avec un même cheval — les juments et les étalons relevaient d’un autre département », explique-t-il. « Quand j’ai commencé à travailler avec Dreamer, c’était beaucoup plus une relation. Je me suis énormément attaché à lui. J’ai été son palefrenier pendant ses dix années de retraite comme ambassadeur. »

Un genou arthritique représentait un problème constant pour Western Dreamer dans ses dernières années, une situation que Willis et son équipe ont gérée avec beaucoup de professionnalisme.

« Rob Willis m’a énormément appris sur les soins aux chevaux âgés, et il m’a surtout montré comment aider Dreamer à vivre sa meilleure vie possible », souligne Leslie.

Leslie reconnaît que la perte de Dreamer a été douloureuse, mais elle trouve du réconfort en repensant à toute la joie qu’il a apportée aux gens qu’il a croisés.

« Je dis toujours aux gens que si vous ne vivez jamais cette douleur de les perdre, c’est que vous n’aurez jamais connu la joie de les aimer », dit Leslie. « Il a eu une longue et belle vie, ainsi qu’une belle fin, entouré des gens qui l’aimaient, lors d’une journée ensoleillée, avec un seau de gâteries.

« Il y avait un homme qui travaillait autrefois dans notre écurie, Gene Carter, et il est resté au parc jusqu’à son décès à 93 ans », poursuit-elle. « Il avait galopé des chevaux de course et débourré des yearlings, et il était la dernière personne encore vivante à avoir monté Man O’ War. C’était une véritable légende du parc, et il est décédé il y a quelques années. Juste avant de laisser partir Dreamer, je lui ai dit que Gene serait désormais son palefrenier et qu’il l’attendrait à la ligne d’arrivée. Ça m’a beaucoup apaisée. »

Willis mentionne que les visiteurs continuent encore aujourd’hui de venir à l’écurie pour raconter leurs souvenirs de Western Dreamer.

« Je vais conserver son enseigne bien en vue dans l’écurie, surtout pour les gens qui l’ont vu l’an dernier mais ne le verront pas cet été », explique Willis. « Les visiteurs viennent ici pendant 20 ou 30 minutes, puis ne reviennent parfois pas avant deux ans, mais ils se souviennent toujours de lui. »

Une pierre commémorative spéciale marquera le lieu de repos final de Western Dreamer, devant le Hall of Champions — un emplacement prestigieux à la hauteur du caractère imposant de ce grand ambleur.

« Son héritage va continuer de vivre. Il est toujours ici, à l’avant, et nous continuerons de raconter son histoire », affirme Willis. « Ce qui me rend triste, ce n’est pas qu’il soit parti ou qu’il me manque. Ce qui est triste, c’est qu’il y ait des gens qui n’auront jamais eu la chance de le rencontrer. Je sais que Dreamer a eu une belle vie — gagnant de la Triple Couronne, membre du Temple de la renommée, et il a rencontré des dizaines de milliers de personnes. Il me manque. J’aimais Dreamer. Il a vécu longtemps, et j’ai essayé de le rendre accessible au plus grand nombre de gens possible. »

Cet article a été publié dans le numéro de juin de TROT Magazine. Abonnez-vous à TROT aujourd'hui en cliquant sur la bannière ci-dessous.

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