Beau Jangles: Le Groupe de Propriétaires Derrière la Superstar

En 2007, un poulain ambleur ontarien de deux ans nommé Somebeachsomewhere est demeuré invaincu, a remporté la Metro Pace et a établi un nouveau record canadien de vitesse (1:49,3). Il appartenait à Schooner Stables, un groupe alors peu connu, mais que nous avons appris à connaître au fil des années. En 2025, un autre poulain ambleur ontarien de deux ans, Beau Jangles, est lui aussi demeuré invaincu, a gagné la Metro Pace et a établi un nouveau record canadien de vitesse (1:48,3). Il appartient à Graham Grace Stables, Kiwi Stables et Bolton Stables, et au TROT, nous avons jugé qu’il était temps d’apprendre à connaître les gens derrière ces noms d’écuries. Par Chris Lomon. Traduction Manon Gravel.

Beau Jangles

C’est l’essence même d’un groupe de propriétaires soudé : chacun de ses membres affiche avec enthousiasme une admiration et une affection assumées pour la méga star du Standardbred, Beau Jangles.

Dire que l’aventure a été exaltante — et à bien des égards inattendue — serait un euphémisme pour le Dr Adam Ainspan. Avec son épouse, Mary Beth Roberts, Ainspan est copropriétaire du jeune ambleur talentueux le plus électrisant d’Amérique du Nord, sous la bannière de Graham Grace Stables LLC, un clin d’œil aux deuxièmes prénoms de leurs enfants. Ils sont accompagnés de Jonathan Roberts et de sa fiancée Anne Hooper (Kiwi Stables LLC), d’Ed, Garth et Philip Bolton, ainsi que de John Draper (Bolton Stables).

Si faire partie d’un groupe de propriétaires peut être très enrichissant, cela comporte souvent des défis : objectifs divergents, horizons temporels différents, blocages dans la prise de décision, problèmes de confiance et de transparence, sans oublier les décisions dictées par l’émotion. Plus il y a de propriétaires, plus les opinions se multiplient.

La propriété d’un cheval de course — qui s’apparente davantage au capital de risque qu’à un simple loisir — est particulièrement complexe. Les situations problématiques qui peuvent surgir constituent un tout autre défi.

Dans le cas présent, toutefois, les noms et les visages derrière Beau Jangles sont remarquablement alignés.

« J’ai eu la chance de ne jamais vraiment faire partie d’un groupe de propriétaires qui ne fonctionnait pas », a confié Ainspan, propriétaire de longue date de Standardbreds et de Pur-sang. « [D’après mon expérience], tous les membres de ces groupes ont respecté la personne chargée de prendre les décisions et de les présenter au groupe. Je demande toujours l’avis de chacun concernant le cheval et, au bout du compte, les gens font confiance à la décision prise et aux raisons qui la motivent. Je ne m’attarde pas excessivement à un point précis : si quelqu’un ressent fortement quelque chose, je vais dans ce sens. Ça a toujours été ainsi depuis que je possède des chevaux. Je me considère très chanceux d’avoir vécu cela. »

Beau Jangles

De la vidéo à la vision

Réuni par un mélange d’amitié, de familiarité et peut-être d’un soupçon de destinée, personne parmi l’entourage de Beau Jangles n’anticipait ce que deviendrait ce fils rapide et aérien de Cattlewash, issu de la jument Mrs Major Hill par Art Major.

Tout a commencé par une vidéo de yearling de Beau Jangles — alors nommé TH Bo Jangles, le « TH » faisant référence à l’éleveur Tara Hills Stud — qui a attiré l’attention d’Ainspan, natif de New York et aujourd’hui établi en Virginie.

« Je l’ai aimé dès la seconde où je l’ai vu », se souvient Ainspan, aujourd’hui vétérinaire à la retraite, qui a pratiqué la médecine et la chirurgie des animaux de compagnie à New York, au Maryland et en Virginie. « En regardant sa vidéo, j’ai dit à ma femme : “Ce sera le plus grand ambleur de tous les temps.” Certaines personnes craignaient qu’il soit trop grand, mais pour moi, son allure ressemble à celle d’un grand Thoroughbred de turf : il glisse littéralement sur la surface. Il avait ce mouvement brillant dans ses vidéos, et son allure était si efficace que je ne croyais pas que sa grande taille poserait problème. Avec sa façon de se déplacer, il se fatigue moins. Je dois cette vision à mon entraîneur de Pur-sang, qui m’a beaucoup aidé à développer ce regard. Je n’aurais jamais recherché cela si je n’avais pas aussi possédé des Pur-sang. »

Cette vidéo a finalement mené à un achat de 65 000 $ US lors de la vente de chevaux Standardbred de Harrisburg en 2024 — mais non sans une certaine dose de persuasion.

« Dans ce groupe, je connais Jonathan Roberts depuis toujours. Son père, Bib, a été le premier entraîneur avec qui j’ai travaillé et il a entraîné la majorité des Standardbreds que j’ai possédés au cours de ma carrière. Les Bolton, je ne les connaissais pas. Le Dr Ian Moore n’était pas vraiment intéressé à acheter des parts du cheval pour diverses raisons, mais les Bolton se sont joints à nous et ils sont formidables.

« J’ai dit à Jonathan [Roberts] que j’aimais vraiment ce cheval. J’ai demandé à Ian et à Jonathan d’aller le voir. Jonathan a dit qu’il avait belle allure, mais qu’il était gros. Ian a dit pratiquement la même chose. Je leur ai répondu qu’il me semblait très athlétique, alors achetons-le. Ils ont un peu tenté de me dissuader, mais au final, nous l’avons acheté. »

B

Une étoile est née

Beau Jangles attirait tous les regards dès ses débuts.

Sous la tutelle de l’entraîneur membre du Temple de la renommée (et vétérinaire) Dr Ian Moore, l’imposant poulain a effectué des débuts fracassants en remportant une épreuve Gold des Ontario Sires Stakes le 5 juillet à Mohawk, en 1:50,1, avec trois longueurs d’avance. Il s’agissait du départ gagnant le plus rapide jamais enregistré par un deux ans dans l’histoire du sport.

Il allait ensuite remporter ses 12 départs, devenant le cheval ayant amassé le plus de gains au Canada en 2025, avec des bourses totalisant 1 688 750 $. Parmi ses victoires figurent la Battle of Waterloo, dotée d’une bourse de 227 100 $, à Grand River, ainsi qu’un balayage complet du programme des OSS. Sans jamais quitter le Canada, ses plus grands triomphes sont survenus à Woodbine Mohawk Park, où il a remporté le Metro Pace d’un million de dollars en 1:49,1, égalant les records de l’épreuve et de la piste, avant de conclure sa saison par une victoire de 959 000 $ dans la Breeders Crown, dans un fulgurant 1:48,3, établissant les records de l’épreuve, de la piste et du Canada.

Conduit par Bob McClure lors de ses 12 départs au pari mutuel, Beau Jangles a également terminé la saison au premier rang du sondage Hambletonian Society/Breeders Crown et est le grand favori pour être nommé Cheval de l’année au Canada.

Ainspan compare son poulain à deux athlètes remarquables, l’un équin, l’autre humain.

« Il me fait presque penser à Flightline quand je décris ce qu’il accomplit », a déclaré Ainspan, en référence au pur-sang qui a remporté le Malibu Stakes, le Metropolitan Handicap, le Pacific Classic et la Breeders Cup Classic 2022, avant d’être retraité invaincu après seulement six départs, tous exceptionnels.

« Je dis aussi aux gens qu’il est comme LeBron James, parce qu’il est tellement grand et athlétique. LeBron peut jouer ailier fort ou centre, ou encore meneur. C’est exactement là où se situe Beau. Il possède une accélération très vive qui s’harmonise parfaitement avec son action, ce qui le rend extrêmement difficile à battre. »

Beau Jangles

Un œil développé pour le talent

Avoir au sein du groupe un propriétaire au parcours aussi impressionnant que celui d’Ainspan ne garantissait pas le succès de Beau Jangles, mais cela a certainement fait pencher la balance en leur faveur.

Il y a plus de 20 ans, Adam a fait son entrée dans le monde des courses de Standardbreds en choisissant Bib Roberts comme entraîneur. Leur premier succès marquant est survenu avec No Wishes, qui a amassé 391 782 $ et remporté une course en 1:51,4 à Colonial Downs en 2004.

Ce partenariat a mené à plusieurs autres chevaux de premier plan, dont Instigator et Great George Two. Ce dernier a établi un record de piste à l’ancien hippodrome de Woodbine en 2005 chez les poulains trotteurs de trois ans, avec un mille en 1:52,1 lors de son éliminatoire du Goodtimes, et a récolté 448 132 $ en carrière, avant de devenir un étalon dont les rejetons totalisent plus de 2,3 millions de dollars en gains.

Plus récemment, Ainspan et la famille Roberts ont connu un succès d’élite avec la jument trotteuse Call Me Goo, gagnante de la Breeders Crown 2024 chez les juments « opens ». Entraînée au cours de sa carrière par Jason Skinner, Doc Moore et Ake Svanstedt, elle est éventuellement devenue millionnaire et lauréate d’un prix O’Brien, tout en trottant le mille le plus rapide jamais réalisé par une jument au Canada (1:50,1), lors d’une quatrième place derrière Lexus Kody dans le Maple Leaf Trot 2025.

C’est lorsque le groupe de propriétaires a confié Call Me Goo à Moore pour quelques départs, en 2023, que la relation avec le réputé entraîneur canadien s’est établie.

Au-delà du monde des courses attelées, Ainspan a également connu du succès dans les courses de Thoroughbred.

Bien que son intérêt pour les deux races ait pris naissance durant son enfance, alors qu’il grandissait au sud de Saratoga, son implication financière chez les pur-sang a débuté il y a un peu plus de 15 ans, lorsqu’il a acheté une petite participation dans un partenariat de poulinières sur l’invitation d’un ami. Cette expérience l’a éventuellement mené à l’achat de son gagnant du Tapit Stakes 2023, lui aussi élevé en Ontario, Harlan Estate, acquis pour 150 000 $ lors de l’encan de chevaux âgés à Keeneland en 2022.

Malgré tout, Beau Jangles se distingue nettement.

« Honnêtement, je n’ai eu que trois chevaux qui m’ont donné ce genre de sensation et cette confiance de savoir qu’ils avaient quelque chose de spécial », a confié Ainspan. « L’un d’eux était Agoo, qui a déjà battu Mystik Dan, le gagnant du Kentucky Derby 2024. Fiddling Felix a aussi énormément de potentiel… Il a le talent, mais peut-être pas le cœur pour devenir un très grand cheval.

« Et puis il y a Beau. J’ai donc dit à quelqu’un que j’étais « un en trois », et si j’étais un joueur de baseball, je serais au Temple de la renommée (rires). »

Beau Jangles

Du Siège du Conducteur – À l’Autre Côté de la Clôture

Jonathan Roberts est une force motrice en sulky depuis de nombreuses années.

S’approchant des 5 000 victoires en carrière et ayant amassé plus de 40 millions de dollars en bourses, la marque de commerce de la carrière du driver basé au Maryland a toujours été la constance. Il a atteint le plateau du million de dollars en gains chaque année depuis 2005 et a dépassé la barre des 2 millions à 10 reprises.

Homme de chevaux de troisième génération, Roberts compte à son palmarès plusieurs titres comme conducteur à Rosecroft Raceway, Ocean Downs et Rockingham Park, de même que de nombreuses victoires dans les « Sires stakes » au Maryland, au New Hampshire et au Delaware.

Toutefois, Roberts n’avait jamais rien vu de comparable à Beau Jangles.

« Ian était formidable pour envoyer des vidéos au groupe de propriétaires du cheval pendant qu’il s’entraînait tout l’hiver, avant de courir son premier mille. En gros, on recevait des mises à jour hebdomadaires de ses entraînements, accompagnées de commentaires. Il avait toujours fière allure. Il avait une belle allure naturelle et semblait flotter au-dessus de la piste. Pour un gros cheval, il était très athlétique.

« J’espérais toujours avoir un bon cheval né en Ontario. Avec un peu de chance, il pourrait être un cheval pour le Gold, ou même simplement un bon Grassroots. Peu importe, l’objectif était d’avoir quelque chose de bon pour le programme des chevaux nés en Ontario. »

Il s’avère que Beau Jangles avait d’autres plans.

« Lorsqu’il a qualifié pour la première fois, je me suis dit : “Eh bien, il y a peut-être un peu plus ici que ce que l’on pensait.” Quand il a tiré la guide dans la ligne droite, j’ai été très impressionné. Lors de sa deuxième qualification, « sur les brakes », en 1:53,2, là, j’ai vraiment pensé qu’il était spécial. La façon dont il a gagné son premier départ, c’est à ce moment-là que je me suis dit que ce cheval avait sa place sur le Grand Circuit, dans la Metro Pace, dans des courses comme celles-là.

« Chaque driver rêve de conduire un cheval comme celui-là. Le simple fait d’en être propriétaire est un rêve devenu réalité. »

Roberts admet toutefois qu’au départ, il avait besoin d’un petit coup de pouce pour embarquer dans l’aventure.

« C’est ma fiancée, Anne et l’épouse d’Adam, Mary Beth, qui m’ont encouragé à m’impliquer avec Beau. Je l’aimais bien quand je l’ai vu. Adam trouvait qu’il avait une allure très athlétique sur les vidéos et lors de notre visite. Il était superbe, mais il était aussi assez imposant.

« Mary Beth et Anne discutaient ensemble. Mary Beth lui a dit : “Vous feriez bien d’acheter une part de ce cheval, parce qu’Adam est vraiment chanceux.” Anne m’a rapporté ça (rires), alors nous en avons pris un quart… le reste, comme on dit, appartient à l’histoire. J’aurais évidemment aimé en acheter davantage, mais nous sommes extrêmement chanceux de l’avoir. De toute façon, Adam et moi allions probablement acheter une part, c’était seulement une question de proportion. Adam et moi prenons presque toujours une part des chevaux de l’un et de l’autre. »

Beau Jangles

Roberts n’a également que de bons mots pour ses copropriétaires.

« C’est un excellent groupe de propriétaires avec Beau Jangles. Mes parents et Adam ont possédé des chevaux ensemble bien avant Great George Two. Depuis cinq ans environ, je m’implique davantage du côté des propriétaires. Avant ça, je faisais surtout que conduire, y compris Great George Two, mais être du côté des propriétaires a été une expérience vraiment formidable.

« Les Bolton se sont joints à notre groupe avec ce cheval-là – c’était une nouvelle addition – mais ils ont possédé beaucoup de chevaux avec Dr Moore. Ils aimaient Beau Jangles et voulaient en acheter une part. Ce sont des gens formidables et ils font ça par amour du sport. Ils ont tous des emplois et des entreprises, et ils ont bien réussi dans la vie. Ils vivent ça comme une activité familiale et c’est merveilleux à voir. Ils adorent ça. »

Dans un ton autodérisoire, accompagné d’un grand rire, Roberts a ajouté : « Je n’ai que deux regrets avec Beau Jangles : premièrement, ne pas en avoir acheté une plus grande part et deuxièmement, ne pas encore m’être assis derrière lui. »

Il a toutefois bien failli le faire une fois. Louis-Philippe Roy avait qualifié Beau le 21 juin, mais il était engagé pour conduire Nijinsky et Private Access dans leurs finales du Graduate à The Meadowlands, le soir même des débuts du poulain à Mohawk.

« J’allais effectivement le conduire lors de son premier départ, mais ça ne s’est pas concrétisé. Ian m’a dit que ce n’était pas un problème… j’étais même en train de réserver mon billet d’avion quand il m’a rappelé en disant : “Que penses-tu de Bob McClure?” J’ai trouvé que c’était une excellente idée. Il a appelé Bob pour lui demander s’il était intéressé. Bob a accepté et je n’ai pas réservé mon billet. »

Même si c’est d’un point de vue bien différent de celui auquel il est habitué, Roberts a adoré regarder Beau Jangles de l’autre côté de la clôture.

« C’est incroyable. Je course et je conduis des chevaux depuis très longtemps et j’ai gagné beaucoup de belles courses, mais certains des moments les plus excitants que j’ai vécus ont été debout sur le tarmac, à regarder Beau courir. C’est une expérience complètement différente de ne pas être sur le sulky, mais c’est extrêmement exaltant. J’étais d’ailleurs très nerveux à le regarder lors des premières fois (rires).

« Il y a forcément une limite à un moment donné, mais nous ne l’avons pas encore trouvée. Quelle aventure fantastique jusqu’à maintenant. »

Beau Jangles

L’héritage Bolton

Ed Bolton a grandi sur la ferme familiale, dans le Maine, où l’on élevait des poulets, des porcs et du bétail Angus. La famille possédait aussi deux étalons Standardbred, Mighty Medium et Spruce Up, ainsi que quelques-unes de leurs propres poulinières et certaines poulinières en pension.

Après avoir obtenu son diplôme de l’Université du Maine, il a enseigné pendant quelques années dans une région défavorisée du nord du Maine afin de rembourser ses prêts étudiants. Pendant cette période, il a appris que quelques personnes du village avaient déjà fait courir des chevaux et en avaient encore certains au pâturage. Bolton les a convaincues de le laisser débourrer ces chevaux afin de les préparer à courir à Presque Isle et à Woodstock, au Nouveau-Brunswick.

Pendant ses études universitaires, Bolton avait travaillé l’été pour son père à Foxboro Raceway, où il avait obtenu sa licence de conducteur (« P ») et remporté des courses avec des chevaux qu’il avait amenés sur ces pistes. Il a ensuite occupé un poste auprès d’Abraham Shultz à Seminole Harness Track, en Floride, puis a dirigé le centre d’entraînement de Shultz à Aiken, en Caroline du Sud.

Éventuellement, Ed est revenu à l’enseignement lorsque ses propres fils ont grandi. Il a aussi entraîné de nombreuses équipes sportives, remportant notamment un championnat d’État de la Floride en basketball avec l’école secondaire Oviedo High School. Pendant qu’il enseignait en Floride, Bolton et quelques collègues enseignants ont mis de l’argent en commun pour acheter des chevaux de niveau modeste afin de les faire courir à Pompano Park. Lui et son frère Phil en ont même conduit quelques-uns à Seminole.

« Après une victoire, on voyait la moitié des gradins descendre pour se faire photographier, puis revenir à l’écurie, s’asseoir sur les coffres et célébrer », se rappelle avec affection Bolton, ancien récipiendaire du prix Professeur de l’année pour Étudiants à Besoins Particuliers décerné par la PTSA de l’État de la Floride.

Il y a aussi eu des célébrations dans un autre sport de course.

« Mes deux fils, Garth et Brad, possédaient quelques lévriers, et ils essayaient toujours de me convaincre d’en acheter avec eux, mais j’étais trop occupé à enseigner et à coacher », raconte Ed. « Finalement, j’ai cédé et j’en ai acheté un, puis, avant même de m’en rendre compte, j’en avais plusieurs. J’ai acheté une ferme de cinq acres à Clermont et j’ai commencé à élever des chiots. Par la suite, j’ai possédé un chenil au Sanford Orlando Kennel Club jusqu’à sa fermeture. Une fois que je m’implique dans quelque chose, j’ai tendance à m’y investir à fond », dit-il en riant.

Ce qui est exactement ce que Bolton a fait avec les Standardbred.

Beau

« Bolton Stables LLC a commencé en achetant 100% de la propriété de quelques poulains à Harrisburg. Même si ça s’est relativement bien passé, nous voulions être impliqués avec davantage de poulains. Nous avons donc décidé d’acheter de plus petites parts dans plusieurs chevaux, avec le même montant total d’investissement. Cela nous donnait de meilleures chances d’avoir un cheval exceptionnel et nous permettait d’en voir courir davantage. Nous avons aussi décidé, à ce moment-là, de nous associer au Dr Moore, qui entraîne à environ 45 minutes de chez nous en Floride durant l’hiver.

« Nous essayons de prendre environ 25 % de chaque cheval qu’il achète, mais nous n’avons obtenu que 15 % de Beau Jangles. C’est Adam qui avait vraiment aimé le poulain au départ, mais j’ai aussi regardé son pedigree et visionné des vidéos ; j’adorais ses enjambées et son attitude, alors je voulais en avoir une part. »

Bolton se dit reconnaissant de faire partie de l’aventure Beau Jangles.

« Nous avons en fait été chanceux d’en obtenir une part, tout court, confie-t-il. Nous avions probablement déjà dépensé plus que prévu pour l’année (rires), mais il y en avait un autre que nous n’avions pas encore discuté : Beau. J’ai demandé au Doc s’il restait des parts disponibles et c’était le cas, alors nous avons embarqué.

« C’est un cheval d’une vie. Le vivre avec mon frère, mes fils et mes amis, c’est vraiment spécial. Même si j’ai toujours été quelqu’un de très impliqué, j’ai une confiance totale envers le Dr Moore et mes autres partenaires ; nous n’avons jamais eu de difficulté à rester sur la même longueur d’onde. Je connaissais très peu Adam et Jonathan, mais j’ai appris à les connaître et j’ai énormément de respect pour eux. »

Bolton, qui détient aussi des parts dans des talentueux Standardbred comme Prince Hal Hanover, Storm Shadow et Joel And The Jets, pour n’en nommer que quelques-uns, éprouve une grande admiration pour Beau Jangles.

« Beau a la vitesse, la force, la conformation et le désir. Beau et Prince Hal Hanover sont présentement au pâturage dans des enclos adjacents, et lorsque nous allons les voir, Beau veut défier Hal de long en large le long de la clôture. Il montre clairement à tout le monde qu’il est le roi alpha.

« J’adore regarder Beau courir en personne, mais comme nous sommes en Floride, je dois le voir la plupart du temps à la télévision. Quand je suis sur place à l’hippodrome, je deviens très nerveux, mais c’est aussi le cas lorsque je regarde courir n’importe lequel des chevaux que nous possédons.

« J’ai détenu des parts dans de nombreux chevaux au cours des dernières années. Ils ont remporté plusieurs courses de stakes, mais Beau a gagné beaucoup d’argent, il est invaincu et il a le potentiel de devenir l’un des plus grands de tous les temps. »

Phil Bolton, le frère d’Ed, est du même avis.

Beau Jangles

« J’ai su qu’il était précoce lorsqu’il a gagné sa qualification en 1:53, avec un dernier quart en :26.3, se sauvant par 20 longueurs, tout en contrôle, raconte Phil. Je l’ai trouvé spécial lorsqu’il a remporté la Nassagaweya en 1:50, et j’ai SU qu’il était exceptionnel lorsqu’il a affronté les meilleurs deux ans dans la Metro et qu’il a quand même résisté à toutes les attaques, courageusement, en 1:49.1.

« Bien sûr, le tout a été confirmé avec la Breeders Crown. Cette victoire était un rêve devenu réalité. L’expérience de la Breeders Crown avec tout le monde a été incroyable. Pour couronner le tout, nous espérions un doublé avec Prince Hal Hanover le soir suivant, mais après avoir gagné son éliminatoire, il n’était pas au sommet de sa forme dans la finale et a terminé quatrième. »

Partager ces moments, et bien d’autres, avec sa famille et les autres partenaires a rendu l’aventure encore plus spéciale.

« Il y a quelques années, mon frère Ed a suggéré que nous revenions dans « la game », et nous pensions à des chevaux à réclamer à prix plus élevé, mais avec son fils Garth et John Draper, nous avons fini par acheter quelques yearlings — ce qui s’est plutôt bien passé », a déclaré Phil. « Puis nous avons rencontré le Dr Moore et décidé d’acquérir plus de chevaux en achetant des parts des yearlings qu’il avait choisis. C’est ce qui est spécial d’un point de vue familial — faire ce qui a toujours été dans notre ADN. Et même s’ils ne font pas officiellement partie du groupe de propriétaires, Ian et son groom Riley sont aussi des membres essentiels de l’équipe Beau.

« Du point de vue du partenariat, Adam, Mary Beth, Jonathan et Anne sont formidables. Chacun est connaisseur et comprend à quel point notre cheval est exceptionnel. Je connaissais leur grande trotteuse Call Me Goo, mais je n’avais jamais rencontré Adam — en fait, je l’ai rencontré pour la première fois aux Breeders Crown. Je connaissais Jonathan, mais je ne l’avais jamais rencontré avant la grande course non plus ; par contre, je connaissais son père Bib et j’avais même couru contre lui il y a longtemps, probablement avant que Jonathan ne naisse. Avec Beau, nous semblons parfaitement synchronisés sur tout. »

Le fils d’Ed, Garth, a également des éloges pour ses partenaires de course.

« Mon expérience au sein de Bolton Stables a été formidable. Nous avons créé ce nouveau partenariat il y a seulement quelques années. Mon père et mon oncle, Phil, étaient déjà dans le monde des courses sous harnais quand mon frère Brad et moi étions jeunes. Cinquante ans plus tard, je crois que cette passion pour le Standardbred coule toujours dans le sang de mon père et de mon oncle.

« Mes souvenirs d’enfance ont facilité ma décision de rejoindre le groupe de propriétaires de Bolton Stables, avec notre ami John Draper. La partie la plus gratifiante de ce partenariat est sans doute les relations que nous avons établies avec toutes ces personnes qui vivent pour les chevaux depuis toujours. Le Dr Moore et toute son équipe exceptionnelle sont très expérimentés. Certains partenaires nous étaient inconnus au moment où nous avons acheté Beau, mais aujourd’hui, nous sommes devenus de grands amis grâce à l’enthousiasme généré. Il a été facile de s’entendre avec Adam et sa femme Mary Beth, Jonathan Roberts, Anne Hooper et toute l’équipe des Bolton Stables. Nous avons eu la chance non seulement de faire partie d’une activité que nous aimons, mais aussi de côtoyer des chevaux de course incroyables. »

Beau

Boucler la boucle

John Draper s’est naturellement intégré au groupe de propriétaires de Beau Jangles, grâce à sa longue amitié avec les Bolton.

Il a été présenté à Brad Bolton par le biais de leur intérêt commun pour les courses de lévriers.

« Il se trouve que Brad avait travaillé dans la même entreprise que moi, ce qui nous a rapprochés à ce niveau — puis j’ai fait connaissance avec Ed et sa famille lors d’un séjour en Floride. Quand l’industrie des courses de lévriers a disparu, je suis resté ami avec Brad et Ed. Lorsqu’ils ont décidé d’investir dans les Standardbreds, Brad m’a demandé si je voulais faire partie du groupe. J’ai dit ‘Oui’ avec enthousiasme — et j’ai rencontré Phil et Garth pour la première fois lors d’un voyage pour un stakes où notre cheval, Storm Shadow, courait. »

Basé en Géorgie, Draper, qui lutte contre des problèmes de dos depuis septembre dernier, n’a pas encore eu l’occasion de rencontrer certains de ses partenaires de Beau Jangles.

« Évidemment, j’ai raté l’occasion de vivre certaines courses palpitantes en direct, mais j’ai pu les suivre à la télévision de chez moi. J’espère rencontrer les autres propriétaires un jour si l’occasion se présente. »

Même devant l’écran, Draper est captivé quand il voit Beau Jangles se mettre en position derrière la barrière mobile.

« La première chose qui me vient à l’esprit, c’est : ‘Ne te fais pas battre !’ Il était évident que Beau Jangles était exceptionnel et je ne voulais pas qu’il ait la moindre tâche sur son palmarès. J’ai des critères assez élevés pour ce que j’appelle un grand cheval, alors j’espérais vraiment qu’il passerait sa saison de débutant sans défaites.

« En tant que novice, je n’avais jamais connu le fait d’avoir le cheval vedette d’une course — celui que tout le monde sait difficile à battre. C’est incroyable de faire partie des propriétaires d’un cheval que tous les autres propriétaires et entraîneurs se demandent comment le battre. Mais comme je m’y attendais, avec le Dr Moore et son équipe vient aussi la pression d’être le meilleur. De grandes attentes. Je suis tellement fier que Beau ait relevé chaque défi. Le Dr Moore et son équipe ont évidemment fait un travail fantastique pour le préparer à chaque course. »

Draper a encore du mal à réaliser la grandeur de Beau Jangles.

« Je savais qu’il était bon, mais j’avais vu Legendary Hanover quelques années auparavant, et Louprint ces deux dernières années, et ils étaient tous les deux incroyables. C’est difficile d’imaginer qu’un cheval que nous possédons puisse être l’un des meilleurs de tous les temps. Ce n’est qu’à la fin de la saison, en le regardant depuis la Géorgie, que j’ai commencé à réaliser que ce cheval était plus grand que ce que j’imaginais. C’est vraiment une expérience unique. »

Beau Jangles

Plus qu’un cheval

Pour Ainspan, l’impact de Beau Jangles pourrait aller au-delà des pistes.

« J’aimerais qu’il puisse changer le sport », dit-il. « Les gens du monde du Thoroughbred le connaissent déjà. Les fans au Canada l’adorent. S’il réussit encore [à trois ans], il attirera encore plus d’attention et d’intérêt — et c’est important. »

Ce qui fait fonctionner le tout, c’est l’harmonie.

« Quand nous prenons une décision, tout le monde s’y tient », dit Ainspan. « Il y a de la patience, du réalisme et de l’humilité dans ce groupe. Nous connaissons le sport dans lequel nous sommes.

« Nous ne sommes pas une grande organisation, mais c’est agréable de voir de bonnes personnes connaître le succès. »

Cet article a été publié dans le numéro de fevrier de TROT Magazine. Abonnez-vous à TROT aujourd'hui en cliquant sur la bannière ci-dessous.

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