Table ronde des diffuseurs

Dans notre numéro d'octobre 2024, le titre de « The View », rédigé par Dan Fisher, était : « Le but n'est-il pas de divertir ? » Dans sa chronique mensuelle, Fisher affirmait que, puisque les courses de chevaux se partage désormais les paris légaux avec le sport professionnel, nos émissions internes devaient évoluer pour intégrer des réflexions plus directes et moins de superflu, notamment par des interviews d'après-course avec les favoris qui ont été battus et une plus grande honnêteté de la part de tous les acteurs. Il estimait que si nous sommes désormais en compétition avec des personnalités comme Jim Nantz, Tony Romo et Joe Buck, il serait aussi temps de nous concentrer davantage sur le divertissement de nos téléspectateurs. Les retours sur cette chronique ont été très positifs, et 100 % d'entre eux étaient favorables à son contenu. Six mois plus tard, dans notre édition annuelle « Horseplayer’s Issue », nous avons donc décidé de demander à six personnalités phares des courses de Standardbred leur avis sur divers sujets connexes. Nous les remercions sincèrement pour leur participation et partageons ici avec vous les témoignages des personnes suivantes : Rédigé par  Dan Fisher // TRADUCTION MANON GRAVEL

GREG BLANCHARD | Western Fair Raceway • DAVE LITTLE | The Meadowlands

KEN MIDDLETON | Woodbine Mohawk Park • JESSICA OTTEN | The Meadowlands/Fox Sports

GABE PREWITT | Hoosier Park/Fox Sports • JOHN RALLIS | TROT Magazine/Pigiste

Q. Quels sont, selon vous, les éléments les plus importants d'une bonne diffusion ?

Greg Blanchard : Je pense qu'il y a une différence entre une émission diffusée simultanément (en direct) et une émission de réseau dans la façon de présenter les choses. J'ai toujours considéré une émission de réseau comme un divertissement, mettant en valeur la couleur et l'enthousiasme du sport, ainsi que les chevaux et les participants. Une émission diffusée simultanément vise plutôt à fournir des informations pertinentes et opportunes aux parieurs.

Dave Little : Il y en a plusieurs, mais aucun n'est aussi important que la complicité entre l'animateur et le co-animateur. Dave Brower et moi travaillions bien ensemble, car nous étions d'abord amis, puis partenaires de diffusion… Lorsque Dave est décédé, j'ignorais les forces et les faiblesses de Jessica Otten. Je suis un homme d'une soixantaine d'années et elle une femme d'une vingtaine d'années, donc nous n'avions pas beaucoup de points communs, mais nous avons lentement mais sûrement progressé… et une chimie s'est développée… On veut tous les deux que l'autre soit bien vu, et nous continuons à progresser dans ce sens. Elle est une femme à chevaux, ce qui est très différent d'un journaliste. Alors, dès que j'en ai l'occasion, je lui demande quelque chose que quelqu'un de son milieu sait, car une chose est sûre : je ne le sais PAS ! Et on du plaisir à le faire. Les gens oublient : c'est censé être plaisant !

Ken Middleton : Tout d'abord, la façon dont la course est filmée et présentée. De plus en plus d'hippodromes cherchent à être un peu trop clinquants dans les images diffusées pendant la course. Gros plans, caméras sur la barrière mobile… ou un mélange hétéroclite de différentes prises de vue diffusées simultanément pendant la course sont autant de réalités qui rendent les parieurs fous. Ces « images glamour », surtout celles présentées au départ, limitent considérablement l'image que les clients veulent voir à un moment aussi crucial ou ils placent leurs paris. Personnellement, je veux voir l'ensemble du peloton, du moment où la barrière mobile se mets en marche jusqu’au mot « Go » Je veux voir si un cheval fait des folies ou s'il perd son allure… La majorité des sommes pariées sur une course sont celles qui sont misées dans les 30 dernières secondes avant le départ d'une course. Il faut donc permettre aux parieurs de voir chaque cheval et ce qu'il fait, au lieu de les forcer à regarder par le judas d'un hôtel et de ne montrer qu'un ou deux chevaux sous un angle obscur. Une bonne émission repose également sur des personnalités crédibles et bien préparées. Si vous vous asseyez devant la caméra sans être préparé, vous risquez de perdre votre temps.  De vous faire démasquer rapidement. Il y a bien trop de regards rivés sur chaque mot qui sort de votre bouche pour être pris au dépourvu. Personnellement, j'aspire à du contenu, et non à des superflus, de la part des présentateurs. Méfiez-vous des propos excessifs. Les personnes en coulisses, en régie, jouent également un rôle essentiel dans la diffusion d'une émission de qualité. Ces équipes diffusent énormément d'informations tout au long d'une émission, et il est essentiel qu'elles les fournissent avec précision et en temps opportun... De nombreux esprits brillants travaillent dans ces salles pour améliorer les retransmissions des courses.

Jessica Otten : Informations de qualité, préparation et divertissement. On le sent quand on regarde une émission (quelle qu'elle soit) et que les intervenants ne sont pas préparés. Je pense aussi qu'il faut intégrer un peu d’humour à son émission et avoir une bonne communication avec son interlocuteur. Cela rend le visionnement plus agréable.

John Rallis : La préparation et une bonne alchimie avec ses co-animateurs sont deux éléments essentiels. Impossible de faire un travail de haut niveau sans préparation, point final. Il faut être méticuleux et attentif aux détails lorsqu’on couvre ce sport… Que ce soit de regarder les reprises jusqu’aux qualifications en passant par les courses-écoles, il y a tellement de choses à analyser, et on ne peut en tirer que quelques leçons si l’on prend le temps de s’investir. Voir deux personnes sur le plateau avec une excellente complicité rend une diffusion 100 fois meilleure. Quand j’ai commencé à m’intéresser sérieusement aux courses de chevaux, j’ai débuté en observant Chad Rozema et Jason Portuondo ; non seulement ils étaient perspicaces, mais leur chimie était impeccable.

Q. Lorsque vous analysez les chevaux d’une certaine course, pensez-vous que vous ne devez pas toujours être 100 % honnête concernant un cheval qui, selon vous, a peu de chances ? Si non, pourquoi ?

Greg Blanchard : Je n’ai jamais ressenti ça. C’est la nature du métier, et il y a toujours des courses où l’on réalise que certains chevaux ont peu, voire aucune chance de gagner. Cependant, à mon avis, il existe des moyens de le dire sans dénigrer le cheval ou son entourage.

Jessica Otten : Chacun a droit à son opinion. Il existe une manière polie de dire qu’on n’aime pas le cheval. On ne peut pas être d’accord avec quelqu’un simplement pour ne pas blesser la personne. On peut simplement dire : « Pas pour moi, je passe » ou quelque chose du genre. En réalité, nous sommes payés pour avoir notre opinion et notre propre point de vue sur la façon dont nous handicapons les courses.

Gabe Prewitt : Oui. Cela dit, je suis toujours conscient que l’entourage de chaque cheval a consacré énormément de temps, d’argent et d’efforts pour l’amener en piste et derrière la barrière mobile. J’essaie toujours d’être respectueux tout en étant réaliste.

John Rallis : Je pense vraiment que je dois être conscient de ce que je dis à l’antenne à ce sujet. Je ne m’en prendrai jamais personnellement aux gens, ni aux chevaux, car, pour dire les choses simplement, ce serait juste inapproprié. Cependant, mon travail consiste à évaluer et à analyser chaque course, ce qui implique parfois de minimiser non seulement les chances de victoire d’un cheval, mais aussi la façon dont je le perçois en fonction de ce qu’indique le tableau indicateur. Alors, oui, j’ai parfois l’impression d’avoir les mains liées, mais j’essaie d’exprimer mes opinions avec respect ; je n’ai pas peur de me tromper.

Q. Comment faites-vous la distinction entre d’éventuelles amitiés et votre travail lorsque vous analysez un cheval en direct ou que vous interviewez quelqu’un ? Avez-vous l’impression d’avoir les mains liées à un certain niveau dans cette industrie à cause de ces relations ?

Greg Blanchard : Naturellement, on noue des amitiés et des relations avec les acteurs de l’industrie au fil du temps, mais je n’ai jamais eu l’impression que cela me liait les mains. Les participants doivent comprendre que les animateurs ont un travail qui consiste notamment à analyser les performances et à donner leur avis. Il ne s'agit pas d'une démarche personnelle, mais simplement d'un avis professionnel.

Dave Little : Pour moi, il n’est jamais nécessaire de faire l’un ou l’autre. J’entretiens des relations amicales avec presque tous les conducteurs et entraîneurs, mais elles sont loin d’être des amitiés proprement dites, à de rares exceptions près. Ai-je déjà pris un verre avec des conducteurs, des entraîneurs et des propriétaires après un événement ? Oui. Mais est-ce que cela me lie les mains ? Non.

Ken Middleton : J’imagine que certains pourraient trouver cela difficile, mais je n’ai jamais trouvé cela problématique. Nous avons tous un travail à faire : les conducteurs conduisent, les entraîneurs entraînent et les handicapeurs handicapent. Si vous êtes payé pour être une personnalité à l’antenne ou un intervieweur, vous devez vous demander à qui vous essayez de plaire. Même si nous travaillons pour l’hippodrome, nous devons tous comprendre que nous travaillons aussi pour le client. C’est pourquoi, lorsque j’analysais une course, je faisais de mon mieux pour partager des idées et des opinions visant à aider les clients.

Jessica Otten : Il y a la vie professionnelle et la vie personnelle. Je n’ai pas encore rencontré de situation où les deux soient indissociables. Nous sommes tous des professionnels.

Gabe Prewitt : J’ai toujours été parfaitement à l’aise pour donner mon avis, d’une manière ou d’une autre. Wally Hennessey est l’un de mes meilleurs amis, et il regardait toujours l’émission d’avant-programme de Pompano ; il adorait ces moments où je le consultais « hors contexte » pour qu’il puisse ruiner mes choix. Je ne peux pas vous dire combien de courses il a gagné et où il s’est glissé sous mon perchoir dans la tribune et a crié : « Pis, Gaber ! » alors qu’il savait qu’il m’avait eu. J’ai l’impression que la plupart des gens comprennent que c’est votre opinion et que ce n’est pas si grave, même si j’avoue avoir rencontré d’autres personnes qui ont pris plaisir à souligner mes erreurs lors des courses qu’ils ont gagnées.

John Rallis : J’ai eu le luxe de développer des relations personnelles avec quelques personnes du monde des courses. Parfois, il peut être difficile de savoir ce qui mérite d’être demandé en interview… mais j’ai tendance à leur rappeler que rien de ce que je dis n’est personnel… En réalité, il y a parfois des questions qui méritent d’être posées.

Q. Ceci dit, avez-vous déjà rencontré un participant irrité à cause de vos propos en ondes ? Pouvez-vous nous en dire plus ? (Vous n'êtes pas obligé de donner un nom précis si vous préférez ne pas le faire).

Greg Blanchard : J’ai été interpellé à maintes reprises, en personne et en ligne, parfois à juste titre, parfois à tort. Mais il faut comprendre que c’est la nature d’un travail comme celui-ci : donner son avis est essentiel et il y aura souvent des désaccords. Tant que cela ne devient pas trop personnel ou désobligeant, tout est permis. Je me souviens d’une fois où mes collègues ont attiré les foudres d’un participant connu qui leur en voulait pour l’avoir critiqué pour son comportement peu agressif lors d’une course éliminatoire. La situation s’est envenimée et j’ai compris les deux camps… À mon avis, mes collègues n’ont certainement pas exagéré en soulignant l’évidence, tandis que le participant était contrarié parce qu’il pensait que sa réputation était remise en question. Cela arrive de temps en temps, mais le calme revient souvent une fois la poussière retombée.

Ken Middleton : Je pense qu’on peut dire sans se tromper que nous avons tous rencontré ce genre de situations. Nous sommes tous fiers de ce que nous faisons, et lorsqu’on nous questionne sur nos décisions, on s’offusque naturellement. Que vous soyez… Dexter Dunn, James MacDonald, Anthony Beaton ou Ron Burke, il y aura toujours des questions difficiles à se poser concernant leurs décisions. J'ai vu des propriétaires, des entraîneurs, des conducteurs et même des palefreniers s'agiter ou s'énerver suite à mes propos, mais au final, j'aime à penser que tout s'est arrangé avec le temps.

Jessica Otten : Pas directement, à ma connaissance. J'ai reçu des messages d'amis disant : « Tu as encore choisi mon cheval ?! » Comme si j'étais un porte-malheur (MDR). Ou bien ils disent : « Mon cheval sera meilleur cette semaine, je ne peux pas croire que tu ne m'aies pas choisi. » Mais j'ai l'impression que c'est pour plaisanter… Aussi, ceux qui aiment se cacher derrière leur écran d’ordinateur avec de faux noms… C'est une tout autre histoire (MDR).

Gabe Prewitt : Oui, c’est arrivé… Je pense que les participants, dans n'importe quelle course, prennent ça très au sérieux, donc si on minimise leurs chances, ils adorent prouver que les présentateurs ont tort. J'ai beaucoup plus souvent tort que raison, alors je leur donne plein d'opportunités.

John Rallis : J’ai travaillé lors des éliminatoires de la Breeders Crown à Meadowlands et… Dave Little m’a interrogé sur les chances de victoire de Grace Hill. J’ai répondu : « Elle n’est pas au niveau de Joe Fresh pour le moment. » Je n’ai pas trouvé mes propos particulièrement erronés, mais Grace Hill a finalement réussi à créer la surprise. Son entraîneur, Virgil Morgan Jr., était vraiment allumé après mes commentaires… Alors que je me préparais pour l’interview d’après-course, Virgil n’a pas manqué de me rappeler ce que j’avais dit quelques instants plus tôt (rires), mais en tant que professionnels, nous avons quand même mené l’interview sans problème. Je me suis un peu senti mal après coup, car je sais que les gens ont des sentiments et une certaine fierté pour ce qu’ils font ; je suis simplement du genre à prendre position. Encore une fois, je ne dis jamais rien par méchanceté… Nous sommes payés pour donner notre avis, alors c’est ce que je vais faire.

Q. Si les conducteurs étaient impliqués, pensez-vous que des interviews d'après-course avec une personne autre que le vainqueur (un favori battu, par exemple) rendrait les émissions sur les courses plus intéressantes ? Pourquoi ?

Dave Little : Sans aucun doute, oui, et nous, à The Meadowlands, l’avons déjà fait, et nous devrions probablement le faire plus souvent. Il y a quelques mois, un de nous était malade, et mon patron, Jason Settlemoir, a pris la relève comme intervieweur ce soir-là. Il a interviewé deux ou trois conducteurs qui avaient perdu avec des favoris. C’est bien de rendre des comptes. Je pense que le public veut savoir ce qui s’est passé.

Ken Middleton : Si les questions portent sur la décision du conducteur pendant la course et sur ce qui a conduit à cette décision, alors je dirais « oui ». Une question comme : « Pourquoi as-tu choisi de rester stationnaire avec le favori à 3/5 au demi mille plutôt que de tirer la guide et monter en tête à ce moment-là ? » est une question que je considère comme pertinente. Cependant, lorsqu’un favori à 3/5 course mal et que vous demandez au conducteur : « Pourquoi le cheval a-t-il mal coursé ? », il y a de fortes chances qu’il n’en ait pas la moindre idée. Vous êtes voué à l’échec. Mais c'est une très bonne question à poser à l'entraîneur lors d'un interview d'avant-course, avant le prochain départ du cheval. De nombreuses questions ne trouvent pas de réponse immédiate sans une recherche exploratoire, mais ces réponses ultérieures seraient certainement précieuses pour le client.

Jessica Otten : À mon avis… il faudrait voir les choses au cas par cas. Je pense que c'est mon côté « femme à chevaux ».  Ce n'est pas une course de chevaux pour rien. Ceci dit, je pense que la semaine suivante, lors d'un interview d'avant-course, AVANT les paris, serait le meilleur moment pour demander : « Pourquoi n’as-tu pas fait de « move » avec ce cheval ? » Si la course se déroule bien sans erreur du conducteur mais que le cheval ne s'en sort pas bien… en tant qu'intervieweurs, sommes-nous censés demander : « Que s'est-il passé ? » Si le conducteur dit : « Je ne sais pas, « je n’avais juste pas de stock », ça ne me sert à rien. Je dois dire que lorsque j'étais en Australie, à la fin du programme de courses, il y avait des notes sur les chevaux de la semaine précédente. Il y avait des informations comme si le cheval avait été examiné, s'il avait subi une prise de sang, s'il avait frappé le sulky, s'il y avait eu une infraction d’un conducteur, toute sorte d’informations comme ça.

Gabe Prewitt : Je crois que oui. À part leur offrir leur « moment de gloire », interviewer les gagnants après une course ne présente pas beaucoup d’intérêt pour les téléspectateurs/parieurs. Il y a d'innombrables fois, après une course, que les parieurs se demandent ce qui s'est passé. Ce genre d'interviews rendrait les choses plus intéressantes.

John Rallis : Cela rendrait certainement les choses plus intéressantes, car c'est quelque chose qu'on n'est pas habitués de voir sur les retransmissions de courses. Je pense que si les conducteurs étaient ouverts et disposés à le faire, il faudrait simplement faire preuve de bon sens en intégrant ce genre d'informations.

Q. Dans cette optique, pensez-vous que les conducteurs et les entraîneurs, comme les athlètes et les entraîneurs professionnels, devraient être obligés de donner des interviews d'après-course lorsqu'on leur en fait la demande ? Veuillez expliquer.

Dave Little : Sans aucun doute. C'est eux qui font l'émission. Pas moi. Pas mon co-animateur. C'est eux et comment ils font face aux défis qui se présentent à eux chaque soir.  Ils courent sous les projecteurs à The Meadowlands. L'intérêt est grand. Ils doivent accepter de donner des interviews d'après-course, et à de très rares exceptions près, ils le font.

Ken Middleton : Je ne pense pas qu'ils devraient les faire, mais en même temps, je ne comprends pas pourquoi ils hésiteraient à le faire. À mon avis, la plupart des interviews d'après-course [actuelles] [avec le vainqueur] sont simplement des moments de félicitations, agrémentés de quelques réactions sur le déroulement de la course.

Jessica Otten : Oui. 1) Les gens se plaignent constamment des temps morts. 2) Tout le monde devrait vouloir contribuer à l’amélioration de notre sport, et si cela signifie faire une interview, alors faites-le.

Gabe Prewitt : Honnêtement. Nous devons être aussi transparents que possible. J’ai un grand respect pour les conducteurs qui sont toujours prêts à répondre à quelques questions.

John Rallis : Absolument, mais je pense que nous le ferions seulement s’il y a une question particulière à poser, concernant leur prise de décision ou la performance d’un cheval. Je pense que cela permettrait aux gens de mieux comprendre. Comprendre pourquoi un cheval a fait telle ou telle performance, ou pourquoi un conducteur a pris telle ou telle décision, pourrait aider tous les spectateurs à mieux comprendre.

Q. Quel est l’aspect le plus frustrant de votre travail ?

Dave Little : Quand je suis sur le plateau, que je tourne une séquence « live », et que dans le dernier droit d’une course diffusée en « simulcast », les cris de la foule sont telles que je n’entends plus ce que dit Jessica. (Notre plateau est juste là.) MAIS… Il y a aussi beaucoup d’énergie avec ces fans si proches !

Ken Middleton : La réponse la plus évidente est de vivre avec des « post-time » trop long entre les courses.  Cela affecte tout le monde : la direction de l'hippodrome, ses employés, les gens de chevaux et nos clients. C'est un véritable frein à l'engouement et l’action. Mais après y avoir réfléchi, je peux honnêtement dire que le plus frustrant dans mon travail, c'est de voir tant de gens aimer ce sport, mais de le voir décliner à plusieurs niveaux.

Jessica Otten : Quand une technologie tombe en panne. Je sais qu'on ne peut pas faire grand-chose, ni même savoir quand ça va mal tourner, mais c'est frustrant d'être en direct à la télévision et de devoir manquer un segment ou une interview pendant qu'il se passe quelque chose d'excitant.

John Rallis : Être traité de « prophète-de-malheur » si le cheval d'un entraîneur est battu ou réalise une mauvaise performance après une interview d'avant-course que j'ai menée avec lui ce jour-là. Je sais que les gens sont superstitieux, mais il y a des moments, en tant qu'intervieweurs de paddock, où cela nous limite dans notre capacité à faire notre travail au mieux de nos capacités.

Q. Quel est l'aspect que vous préférez dans votre travail ?

Greg Blanchard : C'est facile, et ça n'a jamais changé pour moi : j'adore les chevaux, qu'il s'agisse d'un vieux cheval à réclamer régulier ou d'un champion du monde. J'éprouve toujours un plaisir fou à être au bord de la piste et à les observer en personne. C'est pourquoi pouvoir suivre ces athlètes équins et contribuer à raconter leur histoire aux fans du monde entier est toujours quelque chose que j'apprécie vraiment.

Dave Little : Que les gens me disent qu'ils apprécient ce que nous faisons. Ce serait bien de choisir sept gagnants à The Meadowlands chaque soir, mais ce n'est pas la réalité. Honnêtement, je ne sais pas si c’est si important. Bien sûr, nous pouvons donner des gagnants, mais je préfère enseigner aux spectateurs comment nous parvenons à nos conclusions, afin qu'ils puissent faire de même plus tard.

Ken Middleton : J'adore l'été, quand les jeunes chevaux entrent en piste pour les qualifications et commencent ensuite à courser. C'est sans aucun doute la période la plus excitante de l'année pour moi.

Jessica Otten : Raconter les coulisses. Tout le monde voit les chevaux et les conducteurs, mais j’aime raconter celles des palefreniers ou des propriétaires, et même des éleveurs. Chaque cheval a une histoire et j’adore la raconter. J’adore aussi immortaliser les moments heureux. Derrière ces athlètes équins, il y a beaucoup de travail, et il y a aussi beaucoup de chagrin. Pour l’avoir vécu de près, je ne peux m’empêcher de sourire en voyant le travail acharné se concrétiser sur la piste.

Gabe Prewitt : Avoir l’opportunité de voyager dans de nombreux endroits lors de leurs grands jours et de rencontrer les hommes de chevaux et les parieurs. Mon moment préféré, c’est quand quelqu’un me rappelle une course méconnue sur laquelle il a parié à Pompano, au Red Mile, etc., où il a réalisé un beau score, et me rappelle ensuite les détails de la course que j’ai annoncée.

John Rallis : J’adore participer aux grandes courses de la saison du Grand Circuit, et être pigiste me donne cette opportunité. Entre travailler lors des soirées de gros stakes à Mohawk, l’Hambletonian à Th Meadowlands et au Kentucky Futurity au Red Mile… C’est surréaliste que je doive appeler ça du travail.

Q. Parlez-nous de votre moment le plus mémorable à la télévision.

Greg Blanchard : Spécifiquement, concernant le côté « diffusion », je dirais que rejoindre l’équipe de CBS pour l’émission Hambletonian 2018 est un souvenir mémorable. C’était l’occasion de travailler avec une de mes idoles de longue date, Gary Seibel, ainsi qu’avec Dave Brower, sur la plus grande scène du sport. Et la victoire d’Atlanta contre les mâles était le dénouement parfait.

Dave Little : Chaque fois que je repense à un moment spécial, ma mémoire me ramène toujours à Rod Allen. Il avait C R Kay Suzie, la bonne pouliche qui était censée battre les mâles à l’Hambletonian 1995. C’était une journée typique, une chaleur infernale, et j’interviewais Rod avant la première éliminatoire. J’étais tellement désolé pour lui. Il était tellement malade. Je me souviens avoir eu du mal à croire qu’il soit venu à la piste comme ça, mais il était plus que disposé à continuer avec moi. J'étais novice en télévision en direct, alors cette interview m'a vraiment marqué, car j'étais nerveux et je savais que Rod était malade. Waouh ! C'était il y a 30 ans !

Ken Middleton : Celle qui me reste en mémoire encore aujourd'hui, c'est la couverture des interviews d’avant et d’après course à Woodbine pour la « North America Cup » de 1998. Je travaillais encore à Flamboro Downs à l'époque, mais j'ai eu l'autorisation de donner un coup de main pour couvrir Woodbine lorsqu'il leur manquait un présentateur. J'ai eu la chance d'interviewer des personnalités comme John Campbell, Michel Lachance et Ron Pierce ce jour-là. C'est un après-midi que je n'oublierai jamais.

Jessica Otten : Je ne suis pas sûre de pouvoir en citer un seul, donc je dirais chaque fois que j’ai eu l’occasion de couvrir les courses sur Fox Sports. J’adore les courses sous harnais depuis toujours, et jamais je n’aurais imaginé arriver là où je suis aujourd’hui. Je me sens très privilégiée de pouvoir couvrir notre sport au niveau national. Pour couronner le tout, c’était vraiment génial de me rendre à Brisbane cette année et de couvrir le tout premier « Ultimate Driver Championship ». C’était une expérience incroyable. J’ai beaucoup appris et rencontré des gens formidables.

Gabe Prewitt : Je dirais chaque fois que j’ai eu la chance de travailler avec Dave Brower. Nous avons fait des analyses d’après-course ensemble, plusieurs émissions de télévision nationales en direct et, bien sûr, de nombreuses retransmissions de Big M. C’était comme mon frère, et il me manque terriblement.

John Rallis : J’ai eu la chance de travailler sur mon tout premier Hambletonian. Je ne fais pas ça depuis très longtemps, alors que l'équipe de The Meadowlands m'ait proposé de participer à cette journée était incroyable. L'excitation qui a précédé était indescriptible, et travailler sur le plateau avec Dave Little pour toute cette carte a été une expérience inoubliable. Cette journée était incroyable.

Q. Y a-t-il eu un moment vraiment embarrassant ou une chose vraiment drôle lors d'une interview qui vous a marqué ?

Greg Blanchard : Beaucoup de petits moments embarrassants, mais heureusement rien de trop extrême. Je dirais que l'un de mes moments les plus drôles et mémorables a été une interview avec Ron Pierce dans le cercle des vainqueurs. Il a fait une pause au milieu de sa réponse pour me demander si j’avais vu cette moufette courir derrière le tableau central. Il était toujours agréable, car on ne savait jamais ce qu'il allait nous sortir.

Dave Little : J'interviewe Yannick Gingras dans le cercle des vainqueurs après qu'il ait conduit le vainqueur d'une course dans un stake, et au milieu de l'interview, j'ai appuyé par erreur sur le bouton qui libère le micro du fil auquel il est connecté. Donc, c'était moi, Yannick, et un micro hors service. J'ai dû demander à Yannick de tenir le micro, alors il le tient avec un sourire ironique tandis que je me penche pour ramasser le fil. J'ai rebranché le fil et le micro, et Yannick et moi avons repris là où nous nous étions arrêtés. J'adore la télévision en direct !

Ken Middleton : Eh bien, mon collègue actuel, Randy Waples, a failli me faire perdre ma job le soir où je l'ai interviewé à Woodbine après sa victoire dans une course à l'émission The Score. Pendant l'interview, il m'a demandé s'il pouvait saluer « quelqu'un » et j'ai dit « Bien sûr ». J'ignorais que cette personne était « Alotta Fagina ». Il a failli nous faire peinturer des clôtures tous les deux (rires).

Gabe Prewitt : Oh là là, j’en ai une vraiment mauvaise. Je n’entrerai pas dans les détails, mais quand j’ai commencé à l’antenne de The Red Mile, j’ai essentiellement interrogé Ron Pierce sur un cheval conduit par George Brennan.

John Rallis : Un jour, alors que je faisais une interview d’après-course, j’ai eu un trou de mémoire et j’ai oublié le nom du cheval qui venait de gagner. C’était un moment très embarrassant, et Trevor Henry [le conducteur gagnant] a pris soin de me le raconter jusqu’au paddock. C’est drôle d’y repenser maintenant (rires).

Q. Quelle a été la course la plus belle ou la plus passionnante que vous ayez jamais couverte ? Pouvez-vous nous en dire plus ?

Greg Blanchard : Sans aucun doute la Pepsi N.A. Cup 2008 remportée par Somebeachsomewhere. Il y avait quelques points d’interrogation après son retrait à son premier départ à deux ans, il n’avait donc qu’une seule course à son actif avant les éliminatoires. Mais après avoir remporté sa division avec brio, l'excitation était montée d'un cran le soir de la finale, et une foule immense s'est déplacée à Mohawk pour assister à ce spectacle grandiose. L'excitation avant la course était palpable, et je n'oublierai jamais les acclamations de la foule lors de sa montée dans la longue ligne droite menant au fil. C'était assourdissant, et ça me donne encore des frissons dans le dos aujourd'hui.

Dave Little : En tant que journaliste-écrit, je dirais le Hambletonian de Muscle Hill. Il est rare que le plus grand de tous les temps est présent. En tant que présentateur à la télévision, j'ai été submergé par l'émotion lorsque Bulldog Hanover a réalisé un temps de 1 :45.4.  Difficile d'exprimer ce que j'ai ressenti lorsque le cheval s’approchait du fil d'arrivée… c'était vraiment excitant.

Ken Middleton : Pour des raisons personnelles, je dois évoquer la victoire de Bob Loblaw dans la Super Finale OSS lors de sa saison de deux ans. C'était, au sens propre comme au figuré, la fin de course la plus palpitante que j'aie jamais eu le privilège d'annoncer. Ajoutez à cela le fait qu'il s'agissait d'un cheval de mon élevage, dont j'étais copropriétaire et que j'ai entraîné, et cela devient vite un chef-d'œuvre hollywoodien. Les choses semblaient sombres avant la course, car il avait connu une baisse de régime importante en fin de saison, mais ce fut une fin de course mémorable, que mes partenaires et moi n'oublierons JAMAIS.

Jessica Otten : C’était vraiment excitant de couvrir et d’assister au mile le plus rapide jamais réalisé par un Standardbred… l’histoire de Bulldog Hanover… Un autre exemple serait la victoire de Louprint lors de la Breeders Crown en 2024 à Meadowlands. Il était le favori battu lors de son éliminatoire et a tiré la position extérieure en finale. Cela dit, je connais Ronnie Wrenn depuis toujours et nos familles sont de très bons amis depuis aussi longtemps que je me souvienne. Alors, le voir conduire des chevaux dans les foires du Michigan, puis déménager dans l’Ohio et devenir un conducteur de premier plan à The Meadows et Northfield ces dernières années, pour enfin le voir dans le cercle des vainqueurs à Meadowlands pour une victoire dans la Breeders Crown, c’était vraiment génial. Couvrir l’événement sur Fox était aussi spécial… Deux jeunes du Michigan qui se retrouvent sur la plus grande scène des courses sous harnais, c’était un peu surréaliste, on peut dire.

Gabe Prewitt : Je n’oublierai jamais la dernière course pour laquelle j’ai été associé à The Red Mile ; c’était avec Sam McKee, et c’est là qu’Always B Miki a gagné en 1 :46. Sa description de la course était incroyable et j'étais complètement submergé en retrouvant l’équipe après la course. Un moment véritablement historique.

John Rallis : C’était sans aucun doute la couverture de l’Hambletonian 2024. Il y avait quelques histoires intéressantes menant à cette course ; de Yannick Gingras qui cherchait à remporter l’événement pour la première fois – ce qu’il a finalement fait – à un espoir canadien, Highland Kismet, qui a grimpé au classement et est venu terminer deuxième. Le groupe était compétitif et la course a été à la hauteur des attentes.

Q. Dans un monde idéal, quels sont les éléments que vous aimeriez ajouter ou supprimer à votre diffusion pour l’améliorer ?

Greg Blanchard : Nous devrions toujours chercher des moyens d’intégrer les nouvelles technologies à nos diffusions afin d’offrir une meilleure couverture, un meilleur accès à l’information et une meilleure interaction avec nos clients. Par exemple, j’aimerais voir des concours « en direct » se dérouler pendant les émissions de courses, avec des parieurs, face à face, jouant sur les courses et la possibilité pour les animateurs d’interagir et de fournir des mises à jour en temps réel… ce genre de choses.

Ken Middleton : Je pense vraiment que le monde des courses sous harnais a raté sa façon de traiter les enquêtes. Le panneau d'enquête est affiché, les juges commencent à visionner les reprises et à parler aux conducteurs impliqués dans l'incident, et les parieurs sont laissés dans l'ignorance bien trop longtemps… Imaginez-vous regarder un match de hockey de la LNH et être contraint de regarder un graphique indiquant « Jeu en cours de révision » en silence complet, au lieu de voir immédiatement les reprises sous six angles différents pour déterminer si la rondelle a franchi la ligne de but ou non, et d'entendre le commentateur et l'analyste en discuter ? C'est comme ça que fonctionnent tous les grands sports. De plus, lorsque la décision est finalement prise, ce ne sont même pas les juges qui l'expliquent. Il s'agit bien souvent d'une simple… mention de l'annonceur. Si vous voulez vraiment faire mieux, diffusez la conversation téléphonique entre les juges et les conducteurs, afin que le public puisse en prendre connaissance… Nous sommes le seul sport professionnel où les officiels discutent avec les participants avant de rendre une décision. Quel mal y a-t-il à partager les détails de cette conversation ? Pourquoi laisser dans l'ignorance celui ou celle qui a misé son 100 $ ? Laissez vos commentateurs s'exprimer sur le terrain tout en diffusant les images de l'enquête, un peu comme Joe Buck et Troy Aikman discutent d'une possible pénalité lors d'un match de la NFL. Une fois le verdict rendu, demandez à l'un des officiels d'expliquer en détails… sa décision.  D'autres choses, comme davantage d'interviews d'avant-course pour dénicher des informations avant la course… Dans le monde des paris multi-courses, même une interview avant la quatrième course sur un cheval ayant mal couru lors de sa précédente sortie ne fait aucun bien au client qui a dépensé 500 $ pour son billet Pick-6 qui a débuté lors de la deuxième course. Il faudrait peut-être investir plus de temps pour contacter les gens avant la présentation des programmes de courses… Dans un monde idéal, j'aimerais aussi pouvoir voir plus les réchauffements diffusés aux clients. La plupart du temps, environ 99 % des revenus… sont générés en dehors de la piste hôte, et les seuls à pouvoir regarder les chevaux se réchauffer sont les spectateurs présents. Peut-être devriez-vous mettre de côté la diffusion du replay de la course qui s'est déroulée cinq minutes plus tôt et consacrer ce temps à la diffusion des réchauffements des chevaux qui courront plus tard durant le programme. Les replays sont de toute façon facilement disponibles sur la plupart des plateformes de paris… Avons-nous vraiment besoin de les voir en simultané ?

Jessica Otten : J’aurais aimé que nous soyons plus près des gens de chevaux, au Big M, on est tellement loin de tout le monde. En Australie et à Mohawk, je crois, on peut aussi parler aux conducteurs pendant la parade, c’est vraiment génial. Et en Australie, comme le chemin vers la grille de départ est un peu différent d’ici, la personne qui réalisait les interviews pouvait parler aux conducteurs pendant qu’ils se dirigeaient vers la barrière mobile. C’est un sujet sur lequel je travaille… j’essaie de l’intégrer aux émissions de Fox.

Gabe Prewitt : Je cherche toujours à parler aux parieurs ; tout ce que nous pouvons apporter pour les aider me concerne toujours en priorité.

John Rallis : Je pense vraiment que nous devons trouver davantage de moyens de transmettre l’information… et d’essayer d’obtenir des informations précieuses de nos participants. Il n’y a rien de pire que de découvrir quelque chose d’important, après-coup, dans une interview d’après-course, alors que c’est quelque chose que nous aurions pu divulguer en tant que diffuseur et relayer cette information à l’auditoire au préalable… Je ne sais pas quelle est la solution parfaite, mais nous pouvons probablement toujours faire un peu plus à cet égard.

Q. Un dernier mot ?

Dave Little : J’en suis à ma huitième année de présence sur Big M TV, après cinq ans à la fin des années 90. Mon rêve était de devenir handicapeur public et de réaliser occasionnellement des spots télévisés. Ça été le cas au début. Maintenant que l’industrie de la presse écrite est morte - surtout en ce qui concerne la couverture des courses sous harnais- j’ai réussi pour la deuxième fois de ma vie à décrocher le poste de mes rêves. J’adore aller travailler. Je vous vois tous vendredi soir.

Ken Middleton : Ce que j’aimerais voir dans les prochaines éditions de TROT, ce sont des retours et des échanges approfondis sur les sujets abordés. Je ne prétends pas avoir toutes les réponses, mais j’ai des idées. Proposer des idées permet d’améliorer ou de peaufiner la façon de présenter les choses à nos clients.

John Rallis : J’adore ce sport ; c’est pour ça que je le couvre. J'ai eu la chance de travailler avec tant de personnes talentueuses au cours de ma jeune carrière de présentateur. Elles ont toutes fait preuve d'une grande patience dès le premier jour et ont toutes contribué à mon développement. Ce n'est pas facile de débuter comme présentateur sans aucune expérience télévisuelle, sans compter que je n'ai aucune expérience en tant qu’homme à chevaux, mais chaque personne, y compris les conducteurs et les entraîneurs, a fait preuve d'une grande disponibilité et m'a aidé à m'adapter à ce sport.

Cet article a été publié dans le numéro d'avril de TROT Magazine.
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