La plupart des gens ne voient jamais les conséquences d’une fermeture d’hippodrome. Ils lisent l’annonce, regardent la dernière course franchir le fil d’arrivée, puis voient éventuellement les portes se fermer sur un endroit qui, pendant de nombreuses années, a peut-être même été comme une deuxième maison pour eux. Les amateurs et les parieurs retournent rapidement à leur quotidien, puis portent simplement leur attention sur d’autres hippodromes ou d’autres options de jeu. Pour les chevaux et les gens de chevaux, toutefois, les répercussions de tels événements vont beaucoup plus loin.
Les ambleurs et les trotteurs ont besoin de nouveaux endroits où courir. Des gens perdent leur gagne-pain et doivent se remettre, sur les plans émotif, mental et financier, de la perte d’un hippodrome qui faisait parfois partie intégrante de leur identité depuis des générations. La plupart des gens ne connaissent jamais les détails de la vie de ceux qui sont changés à jamais par quelque chose d’aussi catastrophique que la fermeture d’un hippodrome.
Pour la famille Gagnon de Gatineau, au Québec, l’annonce faite au début d’avril selon laquelle l’hippodrome Rideau Carleton mettait fin à ses activités de courses signifiait beaucoup plus que simplement trouver un autre endroit où courir. Au fond, cela signifiait déraciner des habitudes profondément ancrées, mettre à l’épreuve les liens familiaux et se tourner vers l’inconnu, après des décennies de succès durement acquis sur l’ovale de Gloucester, en Ontario, aujourd’hui disparu. By Chris Lomon. Traduction Manon Gravel.

Au cours d’une carrière qui s’étend sur plusieurs décennies, Guy Gagnon a remporté près de 6 500 courses comme conducteur et plus de 2 000 victoires comme entraîneur, notamment grâce à des succès remarqués à ses débuts avec les chevaux québécois Rosane Ray et Agator Car. Il a remporté à deux reprises le prix « O’Brien Horsemanship Award », en 2018 et en 2024, et a dépassé les 31,6 millions de dollars de gains en bourses comme conducteur, ainsi que 11,2 millions de dollars comme entraîneur.
En 2025, en plus d’avoir, comme à son habitude, terminé au sommet du classement des conducteurs à Rideau Carleton, il a remporté 179 courses comme conducteur, avec un UDRS de ,478, et 99 autres comme entraîneur, avec un UTRS de ,487 — les deux moyennes étant de loin les meilleures au Canada à la fin de l’année.
Un peu plus de trois mois après avoir affiché ces chiffres célébratoires, cependant, cet homme de chevaux accompli et sa famille — son épouse Louise et leurs enfants Stéphanie, 28 ans, et Frédéric, 24 ans — se sont retrouvés à un carrefour qu’ils n’avaient pas prévu.
« Au début, nous nous sommes donnés 24 heures pour laisser retomber le choc », se souvient Louise. « Nous savions que nous étions dans le trouble. »
Louise est la première à reconnaître qu’elle et son mari n’étaient pas naïfs quant à l’incertitude entourant les courses à Rideau Carleton dans les mois précédant l’annonce qui allait changer leur vie. Ils avaient toutefois fait part de leurs inquiétudes à la « National Capital Region Harness Horse Association ». La réponse qu’ils avaient reçue était que les courses se poursuivraient au moins jusqu’en 2026.

« En décembre [2025], Guy avait dit qu’il n’avait pas beaucoup confiance dans le fait que les courses se poursuivraient à Rideau après 2025, puisque nous n’avions pas de contrat », raconte Louise. « Il savait qu’à la fin de décembre, aucun contrat n’avait encore été signé.
« Nous avons parlé au représentant de l’association des propriétaires et entraîneurs et nous voulions savoir quelles étaient les chances que les courses ne reviennent pas à Rideau en 2026, parce que nous étions dans une situation où nous devions prendre des décisions concernant la qualité des chevaux que nous avions. »
Le couple devait également réfléchir à la manière dont leur écurie de course fonctionnerait après le départ à la retraite de Louise, qui travaillait à temps plein pour une commission scolaire du Québec depuis 1993, retraite prévue pour décembre 2026.
« Nous savions qu’une transition nous attendait de toute façon à cause de ma retraite. Guy avait promis qu’il ferait les choses différemment une fois que je serais à la retraite. Cette année devait être la dernière année de la “Team Gagnon” telle que nous la connaissions depuis la dernière décennie.
« Mais le représentant nous avait assuré qu’il y aurait au moins une année de courses supplémentaire [à Rideau] — l’argent était garanti — même s’ils ne savaient pas à quoi ressemblerait le contrat au-delà de 2026. Guy m’a dit que cette année supplémentaire était ce que nous recherchions, parce qu’elle nous donnerait la possibilité de décider exactement ce que nous voulions faire une fois que je serais à la retraite. »
Le couple de Gatineau avait donc planifié en conséquence.
Mais au début d’avril, comme bien d’autres personnes qui couraient régulièrement sur l’ovale de cinq huitièmes de mille à Ottawa, les Gagnon ont été pris de court par la décision de Hard Rock Casino de fermer abruptement l’hippodrome, qui était en activité depuis 1962.

« Nous avons fait des choix en fonction de la présence d’au moins une année supplémentaire de courses à Rideau, notamment en ayant des poulains admissibles aux compétitions au Québec », explique Louise. « Nous avons gardé les chevaux qui avaient bien fait pour nous à Rideau et nous avons fondé nos plans sur ce que nous pensions être la situation à venir. »
Seulement, cela ne s’est pas produit.
« Si nous avions su que l’hippodrome allait fermer, ce n’est pas le plan que nous aurions établi en décembre dernier », affirme Louise.
L’annonce a provoqué une multitude d’émotions. Elle a également soulevé un nombre apparemment interminable de questions, avec très peu de temps pour trouver des réponses.
Presque du jour au lendemain, les Gagnon ont dû répondre à des questions difficiles : Où Guy allait-il vivre? Où allait-il héberger ses ambleurs et ses trotteurs? Certains membres de la famille allaient-ils partir avec lui? Comment allaient-ils préserver leur vie familiale tout en composant avec les exigences des courses?
« Quand nous l’avons appris, Guy savait qu’il n’avait pas le choix », dit Louise. « Nous savions que ce n’était pas la vie que nous avions choisie, mais il devait aller dans le Sud-Ouest de l’Ontario pour faire courir nos chevaux. »
La nouvelle a profondément touché chacun des membres de la famille Gagnon.
« Stéphanie a un emploi à temps plein à Gatineau », souligne Louise, « mais avant la fermeture de Rideau, elle jouait également un rôle important dans l’écurie de son père. Les soirs de courses, elle aidait à faire fonctionner l’opération à l’hippodrome, s’occupant des chevaux que Guy possédait et entraînait pendant qu’il conduisait dans plusieurs des autres courses. [Toujours basée à Gatineau après le départ de son père ce printemps], les chevaux lui manquaient énormément et elle a récemment parlé à son patron pour négocier la possibilité de travailler à distance à 100 %. »
Maintenant, au moins, elle peut passer du temps avec son père à Guelph, plutôt que d’être constamment à cinq heures de distance.
« C’est comme un sevrage : on passe de travailler avec les chevaux à plus rien du tout », note Louise. « Quand on coupe ça, c’est très difficile mentalement. »

« La fermeture de Rideau Carleton est l’une de ces choses qui nous ont vraiment obligés à nous arrêter et à réaliser à quel point les courses comptent pour notre famille », ajoute Stéphanie. « Les chevaux n’ont jamais simplement été un passe-temps pour nous. Ils sont notre mode de vie, notre passion et une grande partie de notre identité. Lorsque nous avons perdu notre hippodrome, nous avons eu l’impression qu’une énorme partie de notre vie nous était soudainement enlevée. »
Frédéric avait lui aussi développé, au cours des dernières années, un lien plus étroit avec le monde des courses, en s’intéressant davantage non seulement à l’écurie de son père, mais aussi à l’industrie elle-même.
« Guy lui a dit : “Tu devrais peut-être déménager avec moi en Ontario et travailler avec moi” », raconte Louise. « Nous n’avons pas l’aide que nous avions à Rideau. Nous n’avons pas une liste de personnes pour préparer les chevaux au paddock ni de gens que nous connaissons dans cette région. »
Frédéric n’a pas hésité lorsque la question lui a été posée et a décidé d’accompagner son père dans ce déménagement.
« Je pense que la première chose qui nous a aidés, c’est de faire tout cela en famille. Nous avons tous entrepris ce nouveau chapitre de notre vie sans nécessairement regarder en arrière », raconte Louise.
Louise a ensuite rapidement élaboré un plan d’action pour son mari, son fils et leurs chevaux.
Elle a commencé à chercher un logement près de Guelph, non loin de Woodbine Mohawk Park et de Grand River Raceway, où Guy pourrait vivre et exercer son métier.
« J’ai dit à Guy que j’allais être à ses côtés et que nous allions y arriver », raconte Louise. « Nous avons appris un jeudi que l’hippodrome fermait, et les chevaux étaient dans une remorque le lundi suivant. Il y en avait 18. Nous louions des Airbnb près du First Line Training Centre, jusqu’à ce que je trouve le temps, dans mon horaire, d’aller là-bas chercher un endroit que nous pourrions louer.
« J’ai communiqué avec une agente immobilière. La même semaine, elle m’a fait visiter de 12 à 15 maisons. Je devais prendre une décision cette semaine-là. J’avais la liste de Guy concernant ce qu’il voulait dans une maison, et l’une des choses importantes était que notre chien puisse y vivre. Il voulait aussi suffisamment d’espace pour notre famille, lorsque nous pourrions tous être ensemble à Guelph.
« Une vérification de crédit, une lettre d’emploi — ces choses prennent un peu de temps, et je n’en avais pas. J’ai appelé tellement de gens pour obtenir de l’aide afin de louer cette maison et, heureusement, nous avons finalement trouvé un logement. »
Cela signifiait que Guy et Frédéric seraient à cinq heures — 485 kilomètres — de la maison, loin de Louise et de Stéphanie. Cela signifiait aussi dire au revoir à des visages et à des endroits familiers.

Le déménagement des chevaux hors de la ferme Miramont a été particulièrement déchirant pour la famille.
Cette installation d’hébergement pour chevaux et attraction touristique nichée près des collines de la Gatineau, à seulement 12 minutes de la maison familiale des Gagnon, avait une signification qui allait bien au-delà du simple fait d’être l’endroit où ils gardaient leurs Standardbred.
« Je n’ai que rarement vu Guy aussi triste », se souvient Louise. « Je deviens émotive simplement en y pensant. C’était toute sa vie et toute sa carrière, une carrière très réussie à laquelle il s’était consacré. Nous étions les principaux clients là-bas. Nous connaissons tellement de gens qui utilisent ce centre d’entraînement. Nous sommes ensemble depuis tant d’années. Ce sont nos amis et notre famille. »

Guy savait toutefois qu’il n’avait pas d’autre choix que de déménager dans le Sud-Ouest de l’Ontario.
« Lorsque tout cela est arrivé, j’étais très triste et je ne savais pas ce qui allait se passer ensuite », dit-il. « On avait 18 chevaux dans l’écurie et on ne savait pas ce qui allait arriver. Nous savions que nous devions déménager, mais cela signifiait beaucoup de sacrifices pour ma famille. Pour l’instant, c’est toutefois ici que nous devons être. »
Louise voulait que le nouveau logement de son mari comporte au moins une partie du décor de leur maison de Gatineau.
« Ma fille et moi avons démonté la moitié des meubles de notre maison et nous les avons apportés en Ontario. Nous avons obtenu de l’aide pour charger un camion, puis je l’ai conduit jusqu’à Guelph pour rejoindre Guy et nous avons tout installé. Il fallait qu’il y ait quelque chose là-bas qui lui donne l’impression d’être chez lui. »
Depuis ce premier voyage, Louise a maintenant fait des dizaines d’allers-retours entre Guelph et Gatineau.
Au lieu de pouvoir profiter tranquillement de la dernière étape de sa vie professionnelle, avec son mari à proximité, Louise se retrouve maintenant à faire la navette entre deux provinces, essayant de faire fonctionner deux foyers et de maintenir la famille unie, pendant que son mari et son fils — et parfois sa fille — continuent de faire courir leurs chevaux.
« Nous sommes séparés », commence Louise. « Être séparés… nous essayons de ne pas laisser une personne seule à l’un ou l’autre endroit. Le plus difficile, c’est de ne pas être ensemble. Ma fille a sacrifié ses vacances d’été pour pouvoir aider à qualifier nos cinq chevaux pour les finales des stakes au Québec. L’Hippodrome 3R est à huit heures de l’endroit où nous sommes à Guelph. Nous avons des chevaux de deux ans et des trois ans, des trotteurs, des ambleurs — toutes sortes d’événements différents.
« Stéphanie est allée à l’Hippodrome [à Trois-Rivières] pendant les dix premiers jours, seule, et je l’ai rejointe pour les sept derniers jours consacrés aux courses de stakes. Nous avons gagné quelques courses. J’étais heureuse, mais en même temps j’étais triste parce que Guy n’était pas avec nous… il devait rester à Guelph.
« Les choses sont tellement différentes de tout ce que nous avons connu. »
Une constante demeure toutefois : l’unité de la famille Gagnon.
« Bien sûr, c’était un gros changement et il a fallu du temps pour s’adapter, mais le fait de traverser tout cela ensemble en famille, de nous soutenir les uns les autres, de rester forts et de pouvoir compter les uns sur les autres est, à mon avis, ce qui a rendu la transition plus facile et nous a permis de reconstruire nos vies ici », affirme Frédéric.
« Les choses n’ont pas toujours été faciles, mais voir mon père continuer à travailler fort chaque jour pour poursuivre sa carrière et voir ma mère le soutenir à chaque étape, c’est ce que je trouve de plus beau. »
Stéphanie est du même avis.

« Ce que j’ai appris grâce à cette expérience, c’est que lorsqu’une chose est vraiment importante pour nous, nous trouvons une façon d’y arriver. Cela n’a pas été facile. Il y a eu des sacrifices, de longues journées, l’éloignement de la maison et beaucoup d’incertitude. Mais chaque personne de notre famille a pris ses responsabilités à sa manière », dit-elle avec le sourire.
Lorsque Louise et Stéphanie viennent à Guelph pour les visiter, elles y restent généralement une semaine à dix jours avant de retourner à Gatineau.
Pendant ces visites, le temps passé en famille et les courses vont de pair.
« Stéphanie peut aller au paddock le soir, ce qu’elle adore », raconte Louise. « Nos deux enfants ont énormément aidé. »
« Pour moi, personnellement, être là avec ma famille était quelque chose que je ne pouvais pas imaginer ne pas faire », dit Stéphanie. « J’ai eu la chance que mon patron m’accorde le privilège de travailler à distance, et j’ai décidé de le demander parce que je voulais soutenir ma famille. Je voulais être présente pendant les moments importants, aider le soir aux courses et faire tout ce que je pouvais pour rendre cette transition un peu plus facile pour tout le monde. »
Frédéric a eu une sorte de révélation après seulement un mois à Guelph.
« J’ai toujours été entouré par le monde des courses de chevaux, mais j’ai vraiment commencé à y travailler et à m’y impliquer davantage lorsque nous avons déménagé à Guelph en avril. Mon objectif principal au départ était simplement d’aider mon père à traverser cette transition, mais depuis que je travaille à ses côtés, j’ai découvert une passion pour les chevaux sous un angle complètement différent. Mon objectif est d’en faire véritablement ma carrière et de suivre les traces de mon père. »
L’aide est également venue d’autres personnes.
L’entraîneur de longue date Benoit Baillargeon et son épouse Guylaine ont accueilli la famille Gagnon comme si elle était la leur.
« Ben est un très bon gars », affirme Guy. « Il m’a accueilli immédiatement et voulait m’aider de toutes les façons possibles. Son épouse Guylaine a fait la même chose pour moi et ma famille. Ils ont tout fait pour m’aider depuis mon arrivée ici. J’ai beaucoup de chance d’avoir ces deux personnes extraordinaires pour m’aider à chaque étape. »
« Je suis très reconnaissante envers Ben et sa femme », ajoute Louise. « Ils ont été là pour nous soutenir et nous donner de l’espoir. Ils sont là pour aider de toutes les façons possibles et nous leur en sommes très reconnaissants. Ils sont allés bien au-delà de ce qu’on pouvait espérer. Et il ne s’agit pas seulement d’aider avec les chevaux — ils sont bons avec nous tous. Ils sont une oreille attentive et une épaule sur laquelle pleurer. Ce sont des gens remarquables. »
Les larmes dont parle Louise ont été nombreuses — particulièrement durant les premiers jours. Mais beaucoup d’autres personnes ont également soutenu la famille et ont rendu les choses un peu plus faciles.
Jean-François Maguire, un autre homme de chevaux né au Québec et maintenant établi en Ontario, leur a lui aussi offert encouragement et soutien.
« J’apprécie tous ceux qui nous ont aidés », dit Guy. « Jean-François m’a dit que je pourrais conduire certains de ses chevaux lorsque je serai de nouveau en mesure de le faire, et cela signifie beaucoup pour moi. Je lui en suis très reconnaissant.
« Mais c’est encore difficile de bien des façons. J’avais une routine à Gatineau. Je jouais au hockey trois fois par semaine avec mes amis, je coursais deux fois par semaine et j’avais une vie familiale. Maintenant, tout a changé. Je suis loin de chez moi et nous devons courser cinq ou six fois par semaine dans des hippodromes partout… il faut s’adapter à une toute nouvelle façon de faire les choses », explique le conducteur de 57 ans.
Les résultats sur la piste en 2026 n’ont pas non plus été très positifs jusqu’à présent et, même si la famille continue d’espérer que le chapitre ontarien de la carrière de Guy puisse être une réussite, une série de malchances a mis ces espoirs en péril au cours des derniers mois.

The Light Speed, un fils de Moon Beam, était un habitué du cercle des vainqueurs à Rideau Carleton pour la Team Gagnon, remportant entre 11 et 17 courses par année au cours des cinq dernières années et gagnant plus de 100 000 $ par année au cours de chacune des quatre dernières années.
Guy avait évidemment amené ce hongre de huit ans en Ontario avec de grandes attentes. Toutefois, à son quatrième départ à Woodbine Mohawk Park, le 16 mai, Guy, son conducteur, a dû l’arrêter au milieu de la course. Bien qu’il ait maintenant recommencé à jogger, il n’a pas couru depuis.
« Il a été extraordinaire pour nous », souligne Louise, « mais Rideau est sa maison à lui aussi. L’hiver dernier, les propriétaires nous ont proposé de l’acheter, ce que nous avons accepté, pensant que Rideau allait continuer à présenter des courses. Nous l’avons amené à Guelph et il s’est blessé après seulement quelques départs à Mohawk. Je savais que s’il y avait un cheval capable de nous redonner espoir, c’était lui. Il est le pilier de notre écurie depuis longtemps. »
Puis est arrivée la matinée du 5 août, lorsque Guy a été impliqué dans un accident d’entraînement aussi soudain qu’inattendu au First Line Training Centre, qui lui a laissé des fractures aux os du cou.
« Je n’aurais jamais pensé que cela arriverait », raconte Louise. « Depuis la naissance de mes enfants, Guy n’était jamais tombé en piste, mais c’est arrivé un matin cet été. Les gens disaient que quelqu’un était tombé sur la piste alors je me suis retournée pour voir où étaient Guy et mon fils. Je me suis dit que ce n’était absolument pas Guy, avec toute l’expérience qu’il a pour jogger des chevaux. Puis mon fils est arrivé en courant et m’a dit : “Maman! Viens, c’est papa. Il est à terre et il est très gravement blessé.” C’était une journée calme, sans agitation, sans précipitation. Tout était normal, puis nous nous sommes retrouvés dans une ambulance. »
Guy n’a pas conduit en course depuis cette journée. Au début d’octobre, il passera des radiographies de son cou afin de déterminer les prochaines étapes de son rétablissement.

« J’espère que quelque chose de positif va arriver », dit Guy. « Mes chevaux n’avaient pas couru depuis des mois lorsque je suis arrivé ici et, lorsqu’ils ont commencé à courir, c’était difficile parce que la compétition est très forte ici. Nous avons récemment vendu certains de nos chevaux [qui n’étaient pas capables de performer] et dépensé 160 000 $ pour en acheter trois nouveaux — afin d’avoir de meilleurs chevaux capables de rivaliser ici. »
L’impact financier global a été considérable.
En date du 20 septembre, après quatre années consécutives avec plus d’un million de dollars en bourses comme conducteur et six années consécutives avec plus de 500 000 $ comme entraîneur, Gagnon n’avait gagné que 212 618 $ comme conducteur depuis le début de l’année, et 194 864 $ comme entraîneur. De même, ses UTRS et UDRS pour 2026 avaient tous deux chuté sous la barre des ,210.
« Guy est une personne positive et il est très résilient », affirme Louise avec confiance, « et nous avons eu la chance d’avoir le soutien de nos propriétaires, qui comprennent ce que nous devons faire pour que le soleil brille à nouveau. Cela nous a aidés. »
L’histoire des Gagnon parle toutefois, au bout du compte, de beaucoup plus que de journées de courses perdues, de bourses perdues et d’occasions de gagner leur vie de perdues.
Ensemble, ils ont passé des années à façonner minutieusement et à bâtir leur monde autour des chevaux, de la famille, des amis et d’un hippodrome situé près de chez eux.
Même si la possibilité de voir Rideau Carleton fermer figurait déjà parmi leurs préoccupations, ils n’avaient jamais imaginé que cela se produirait aussi brusquement.
« Je n’ai jamais pris de vacances », dit Guy. « Ça fait des années que je travaille sept jours sur sept, mais cela me convient. On comprend les exigences de ce sport. À un moment donné, nous pensions qu’après cette année, nous irions peut-être en Floride pendant quelques mois l’hiver pour dompter quelques poulains… puis revenir au printemps pour courir à Rideau. Maintenant, tous les plans ont changé.
« En ce moment, je dois réfléchir à ce qui s’en vient ensuite. On veut bien penser aux bons moments et aux heureux souvenirs, mais pour l’instant, le passé est le passé. Je dois penser à l’avenir. »
Un avenir plus incertain que jamais.
La question la plus pressante à laquelle les Gagnon doivent actuellement répondre est peut-être la suivante : où vont-ils à partir de maintenant?
Louise reconnaît que la réponse prend la forme d’un cliché bien connu dans le monde du sport, mais dans les circonstances, celui-ci semble particulièrement approprié.
« Pour l’instant, c’est simplement un jour à la fois. Nous avons eu beaucoup de malchance. Nous devons beaucoup aux chevaux, mais je ne sais pas ce qu’il nous reste dans cette industrie.
« On se souvient souvent le plus des derniers moments d’une carrière, alors pour tout le travail acharné que Guy a consacré aux chevaux et à l’entreprise, on espère que lorsqu’il regardera en arrière un jour, ce ne sera pas ce à quoi il pensera en premier. »
Au milieu de toute cette tourmente, il reste toutefois une consolation.
« Au bout du compte, j’ai encore ma famille », dit Louise. « C’est ce qui compte le plus. J’ai l’amour de Guy et l’amour de mes enfants… et personne ne peut m’enlever cela. »
Stéphanie fait écho à ces paroles.

« Je pense que cette expérience m’a montré que la résilience ne consiste pas à faire semblant que les choses ne font pas mal. Nous avons vécu des moments où la douleur était très forte. Ça veut parfois dire d’être désappointé, puis, de prendre une respiration et de choisir de continuer — ensemble. Au bout du compte, nous sommes une famille, mais nous sommes aussi une équipe — et lorsqu’une personne éprouve des difficultés, les autres sont là pour porter un peu plus de poids.
« Nous n’avons pas tous le même rôle », poursuit-elle, « mais nous avons tous le même objectif. Nous avons pris la difficile décision de déménager afin de pouvoir continuer à faire courir nos chevaux, et nous l’avons fait ensemble. »
Il fut un temps, estime Louise, il y a environ 20 ans, où Guy aurait pu tenter de s’établir dans le Sud-Ouest de l’Ontario, si les courses et l’argent avaient été ce qui comptait le plus pour lui.
Mais il a choisi de rester au Québec et a fait d’être un bon père et un bon mari sa priorité absolue. Cela n’a jamais changé.
« Je peux vous promettre une chose en toute honnêteté », affirme Louise avec fierté. « Aussi bon homme de chevaux que Guy soit, il est encore meilleur comme père. »
Aujourd’hui, des décennies plus tard, Guy se retrouve tout de même en Ontario, non pas par choix ou par projet, mais par nécessité.
Mais il ne le fait pas seul.
« Les choses sont difficiles pour nous en ce moment, mais nous allons trouver une solution et nous la trouverons ensemble », affirme Louise avec détermination. « La fermeture de Rideau a tout changé pour nous, mais elle nous a rendus encore plus forts en tant que famille — et cela signifie tout. »
Cet article a été publié dans le numéro d'octobre de TROT Magazine. Abonnez-vous à TROT aujourd'hui en cliquant sur la bannière ci-dessous.
