Occupe-toi des petites choses...

MacInnis Family

Leur ferme ne possède pas de piste d’entraînement. Ils font donc trotter leurs chevaux sur les routes de campagne et à travers les bois. L’étalon qu’ils avaient initialement choisi pour la reproduction était de nouveau en compétition au moment où leur jument était prête à être saillie. Ils en ont donc choisi un autre, loin de chez eux, à la dernière minute et sur un coup de tête.

La pouliche qui en est née était si anxieuse qu’elle voyage partout avec son propre poney Shetland. L’entraîneur est professeur d’anglais au secondaire, et la copropriétaire — sa fille de 11 ans, qui a son mot à dire dans toutes les décisions quotidiennes — est celle qui garde son calme et fait preuve de sang-froid.

C’est aussi l’histoire d’un père et de sa fille qui ont traversé une immense épreuve et qui ont trouvé du réconfort et un chemin vers la guérison grâce à leur amour des chevaux.

Cela ressemble peut-être à un film de Disney — et cela devrait probablement en être un —, mais c’est l’histoire vraie de Neil et Rory MacInnis, de Rhodena Blue et de Queenie. Au cours de la dernière année, ces quatre Canadiens intrépides ont laissé leur marque dans le monde des courses sous harnais de l’Ohio. By Keith McCalmont. Traduction Manon Gravel. 

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Queenie, une ponette Shetland qui tient compagnie à Rhodena Blue, une pouliche ambleuse de trois ans, trouverait tout à fait approprié que son nom apparaisse en premier dans cette histoire qui célèbre la résilience d’une équipe d’entraîneurs composée d’un père et de sa fille.

Appartenant à Rory MacInnis — qui la conduit elle-même, oui, vous avez bien lu —, la fille de l’entraîneur Neil MacInnis, âgée de 11 ans, la malicieuse Queenie fait partie intégrante des séances d’entrainement à la ferme familiale de Primrose, en Ontario.

Elle a également accompagné Rhodena Blue, autrefois très nerveuse et surnommée « Hazel », lors de longs voyages vers les États-Unis pour participer au programme des Ohio Sires Stakes (OHSS) au cours des deux dernières années.

« Elles sont amies, mais elles ne veulent pas l’admettre », explique Rory, qui avait insisté auprès de son père pour qu’il utilise Queenie comme compagne de voyage pour leur pouliche élevée à la maison.

« Sans Queenie, Hazel serait complètement paniquée. Hazel ne veut pas vraiment admettre qu’elle a besoin d’elle. Et lorsque Hazel quitte la propriété sans elle, Queenie n’est pas contente du tout.

« Queenie ne voit pas d’inconvénient à voyager jusqu’en Ohio, ajoute-t-elle. Elle aime rencontrer de nouveaux chevaux et découvrir de nouveaux endroits. »

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Rhodena Blue, issue de l’étalon Lather Up et de la jument par Camluck, Mc Taylor, avait gagné 18 937 $ en sept départs à l’âge de deux ans. Sa seule victoire était survenue lors d’une course de la Buckeye Stallion Series à Northfield Park, où elle avait montré son inexpérience en faisant le mille complet à l’extérieur.

Ça été un parcours difficile pour seulement sa deuxième course à vie, suivi de plusieurs autres sorties compliquées.

« Elle n’était pas prête pour un parcours aussi exigeant », raconte Neil MacInnis. « Elle a gagné la course, ce qui était merveilleux, mais pendant un certain temps, elle était difficile à maîtriser derrière la barrière mobile et faisait beaucoup de bris d’allure. Elle traversait également une poussée de croissance.

« Je me souviens que Brett Miller la conduisait à Urbana… Après un bris d’allure, elle avait réussi à rejoindre le peloton, mais elle s’était retrouvée derrière des chevaux fatigués et avait terminé quatrième, poursuit MacInnis. Il m’avait dit que nous avions une bonne pouliche. Je savais donc que nous tenions quelque chose et que, si je lui donnais du temps, elle pourrait devenir une très bonne jument de course. »

Avançons d’un an, au 12 septembre 2026. Rhodena Blue se trouve dans le paddock de Scioto Downs, en attendant de prendre le départ de la finale du championnat Scarlet de l’OHSS, dotée d’une bourse de 300 000 $ US.

MacInnis s’occupe du réchauffage, tandis que Rory, désormais une femme à chevaux expérimentée, est parfaitement à l’aise pour préparer seule la pouliche dans le paddock.

« À notre arrivée à l’hippodrome, Rory s’occupe toujours de la préparer. Je ne reviens que lorsque c’est le moment de l’échauffer. Ensuite, je repars », raconte MacInnis.

« Avant la finale, je suis revenu environ cinq minutes avant la parade des chevaux, et Hazel dormait profondément dans son box du paddock. Elle était complètement endormie. »

Rhodena Blue, qui pouvait perdre ses moyens lorsqu’elle avait deux ans, s’apprêtait à disputer la plus importante course de sa carrière jusqu’alors, après avoir fait une petite sieste, attachée sur les câbles comme on dit.

Son entraîneur, qui reconnaît lui-même être de nature nerveuse, était mort d’inquiétude : était-elle malade ? Souffrait-elle de coliques ? Avait-elle un problème musculaire ?

« Nous étions en train de lui mettre la bride et il se préparait à la mettre sur le sulky, se souvient Rory. Je me rappelle exactement ce qu’il m’a dit : “Rory, je pense qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez elle !”

« Je lui ai répondu : “Non, papa, elle dort. Elle se repose, c’est tout. Elle fait ça. Ne t’inquiète pas, elle se réveillera quand elle sera sur la piste.” »

« L’année précédente, nous avions fait de nombreux voyages en Ohio, mais elle n’était pas encore assez mature, poursuit Rory. Elle était agitée et imprévisible. Maintenant, c’est tout le contraire : elle se comporte très bien dans le paddock. Elle avait simplement besoin d’expérience. Et je pense qu’elle l’a acquise. Même Queenie s’y est habituée. Elles connaissent leur routine et savent maintenant comment se déroulent les voyages. »

Rhodena Blue s’est réveillée de la plus belle des façons lors de la finale. Partie de la septième position dans les premiers instants de la course, elle a terminé troisième, à seulement une longueur de la gagnante, Seaside Shuffle.

Elle a parcouru son mille en 1:51 et a empoché un chèque de 50 000 $, la plus importante somme gagnée dans sa carrière jusqu’à présent.

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Quant à Queenie, la fidèle petite ponette toujours présente, elle est devenue une véritable légende locale en Ohio. Un soir, elle a même apposé ses « autographes de sabots » dans un livre pour enfants créé par l’Ohio Harness Horse Association en l’honneur de ces surprenants visiteurs venus du Nord : Queenie, Hazel, Rory et Neil.

« Ils ont écrit un livre illustré sur nos voyages et ont organisé une séance de dédicaces avec les empreintes de sabots de Queenie dans le paddock, un soir. Ils nous ont même hébergés à l’hôtel du casino cette nuit-là pour faciliter l’événement », raconte MacInnis en riant. « Là-bas, c’est une véritable vedette. »

* * * * *

En 2020, alors que la pandémie de COVID-19 bouleversait le monde entier, la famille MacInnis a elle aussi vu sa vie complètement déchirée, pour une autre raison.

En décembre 2019, Sarah, l’épouse de Neil et la mère de Rory, avait reçu un diagnostic de cancer de l’ovaire. Elle est décédée quelques mois plus tard, en mars 2020.

« Nous ne l’avions pas vu venir. Rien ne laissait présager ce qui allait arriver. Tout s’est terminé aussi rapidement que cela avait commencé », raconte MacInnis. « Nous étions isolés à cause de la COVID et aucun membre de ma famille ne pouvait venir nous aider. C’était difficile de traverser tout cela seul. »

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Neil avait perdu tout intérêt pour le monde des chevaux. Quelques jours plus tard, alors qu’il rangeait son équipement dans l’écurie et se préparait à tourner le dos à une partie de sa vie qu’il avait tant aimée avec son épouse, il a découvert un mot que Sarah, passionnée du monde équestre, lui avait laissé dans un bac à nourriture pour chevaux.

« Le mot disait : “S’il te plaît, avec Rory, occupe-toi des petites choses et poursuis tes passions.”

« Aucune autre phrase de toute ma vie ne m’a autant marqué », confie MacInnis. « Les petites choses finissent par devenir les grandes choses, et c’est ainsi que j’ai choisi de vivre. »

Ces mots l’ont profondément touché. Neil et Rory ont alors commencé à passer leurs matinées et leurs soirées ensemble dans cette même écurie, à s’occuper de leurs chevaux et à les entraîner.

« Ma fille et moi partageons tellement de moments privilégiés entre 5 h et 7 h du matin, avant que je parte travailler. C’est à ce moment-là que nous discutons chaque jour de beaucoup de choses importantes », explique MacInnis.

« Rory a dû grandir très vite et, par nécessité, j’ai mis beaucoup de responsabilités sur ses épaules. Quand je préparais le souper et qu’elle pouvait sortir nourrir les chevaux ou les rentrer à l’écurie, cela m’aidait énormément.

« Mes amis remarquent les responsabilités que je lui confie et s’en étonnent, poursuit-il. S’il manque un clou à un fer et qu’il faut le réparer, elle sort et s’en occupe pour moi. Combien de filles de 10 ou 11 ans font ce genre de choses ? »

Cet été-là, Neil et Rory sont retournés dans l’Est du Canada avec un cheval nommé Yankee Osborne, dans l’espoir de retrouver un semblant de normalité.

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« Rory et moi avons chargé le chien, le chat, Yankee Osborne et notre poulain de deux ans, élevé à la maison, Rhodena Road — un cheval élevé par Sarah », raconte MacInnis. « C’était difficile, mais nous avons obtenu quelques bons résultats.

« Osborne a établi un record de piste à l’hippodrome de Truro Raceway, avec un temps de 1 :52. Lors de sa course de qualification pour la Gold Cup & Saucer, il a fait une erreur, mais a tout de même terminé deuxième dans la course de consolation.

« Les courses apportent leur lot de hauts et de bas, mais c’est à ce moment-là que Rory et moi avons commencé à travailler véritablement en équipe. »

MacInnis, qui travaille à temps plein comme professeur d’anglais au secondaire à Brampton, devait désormais élever seul sa jeune fille en deuil. Après son retour en Ontario, il a lutté contre la dépression et l’anxiété, tandis que le nombre de chevaux qu’il entraînait diminuait.

« Un jour de février, un an après la mort de Sarah, je conduisais à Mississauga et je traversais une période vraiment difficile. Je me suis arrêté sur Dundas. Je me disais que je n’en pouvais plus. Qu’il était temps de tout arrêter et de partir. »

« Je me trouvais devant un magasin de plongée et je suis simplement entré en disant : “J’ai besoin de quelque chose pour occuper mon esprit et mon temps”, se souvient Neil.

« Le gars m’a répondu : “Je vais t’apprendre à devenir plongeur de recherche et de sauvetage. Tu commences samedi.” »

« Cela m’a sauvé du désespoir. Je suis allé plonger le samedi, en me gelant complètement. Puis les chevaux ont recommencé à aller bien, je suis retourné à l’entraînement… et ma fille a continué à s’y intéresser. »

MacInnis demeure stoïque lorsqu’il évoque la profondeur de son chagrin et la douleur de n’avoir pu protéger son épouse contre ce terrible cancer.

« Au cours de la dernière année, j’ai décidé d’en parler plus ouvertement, dans l’espoir que les personnes qui traversent une épreuve puissent comprendre qu’il est important de garder espoir et que, si l’on continue d’avancer, on finit par traverser cette période.

« Il faut avancer vers quelque chose et accepter ce qui vient. Il y aura beaucoup de jours où vous n’aurez pas envie de sortir du lit, mais il faut le faire. »

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MacInnis est profondément attaché à ses origines celtiques. Il a grandi dans la communauté rurale de Creignish, dans le comté d’Inverness, sur l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.

« Mon père, Frank, était administrateur scolaire et ma mère était infirmière. Tous deux venaient de familles de travailleurs acharnés. Des gens simples, honnêtes et profondément enracinés dans leurs valeurs », raconte MacInnis.

« Mon père était un grand athlète et adorait la culture celtique. Il emmenait partout mes frères Ross, Allan et Donnie, ainsi que moi-même. Mes souvenirs sont très précis : nous étions constamment entourés d’agriculteurs, de bûcherons, de pêcheurs et de mineurs travaillant dans les mines de roche dure. Beaucoup étaient des anciens combattants qui avaient participé à certains des plus grands conflits de l’histoire. Nous avions beaucoup de respect pour les habitants de l’ile du Cap Breton.

« Tous, à des degrés divers, avaient des chevaux. Nous avons grandi au cœur du folklore et des traditions celtiques, poursuit MacInnis. Mon père adorait les chevaux et je suppose qu’il s’est naturellement tourné vers l’entraînement et les courses.

« Il avait environ 14 ans — il n’avait même pas encore son permis — lorsqu’il a commencé à reconduire les ainés du village aux courses, le dimanche, à Inverness. En hiver, il assistait souvent aux courses sur la glace. Sa passion n’a fait que grandir à partir de là. »

MacInnis explique que ses souvenirs d’enfance les plus marquants sont liés aux courses auxquelles il assistait avec sa famille à Inverness.

« Même si mon père adorait les courses, il aimait tout autant retrouver ses amis. Il connaissait beaucoup de gens dont les noms sont encore familiers aujourd’hui : les Walker, les Copley, les MacDonnell, les Gillis, les MacEachern et les MacDonald.

« Demandez à n’importe quelle personne du monde des courses pourquoi elle aime être entourée de ces animaux et elle vous dira que c’est biologique, que cela vous entre dans le sang et que vous ne pouvez plus imaginer votre vie sans eux. C’est tout simplement un mode de vie. »

En parlant de famille, c’est en fait grâce à Ross, le frère de Neil, que Rhodena Blue a vu le jour.

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L’étalon initialement prévu était Bulldog Hanover. Toutefois, lorsque l’on a découvert que Mc Taylor portait des jumeaux de Bulldog, une tentative visant à en réduire le nombre s’est soldée par la perte des deux poulains.

Au moment où la jument était prête à être saillie de nouveau, Bulldog Hanover, alors âgé de quatre ans, avait repris la compétition à l’hippodrome de Meadowlands. Tout semblait donc compromis.

Ce que Neil ignorait, cependant, c’est que son frère avait prévu une solution de rechange en choisissant l’étalon Lather Up, originaire de l’Ohio.

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Un jour, Sugar Valley Farms a appelé pour demander si le projet de faire saillir la jument par leur étalon était toujours d’actualité. Neil a accepté, même si ce projet n’avait, en réalité, jamais vraiment été le plan initial.

Parfois, le destin prend les rênes.

C’est ainsi que Rhodena Blue, une pouliche élevée en Ontario et appartenant à MacInnis et à sa fille, est entrée dans leur vie. Son nom a été choisi en hommage à leur patrimoine commun.

MacInnis donne à ses chevaux des noms qui rendent hommage à l’ancienne communauté de Rhodena, située juste au-dessus de Creignish, où vivait autrefois sa grand-mère, Cassie MacMaster.

Rhodena Blue tire son nom des montagnes d’épinettes bleues qui formaient le décor de cette localité. Son entraînement reflète les méthodes traditionnelles et les valeurs d’autrefois dans lesquelles MacInnis a grandi.

Neil et Rory entraînent leurs chevaux le matin ou le soir, selon leurs horaires chargés. Neil doit concilier son travail d’enseignant, tandis que Rory doit aller à l’école et consacrer du temps à son poney de sport, Bow, avec lequel elle participe régulièrement à des compétitions.

Leur ferme de 15 acres offre beaucoup d’espace, mais leurs séances d’entraînement ne se déroulent pas sur un ovale traditionnel, puisqu’ils n’en possèdent pas.

MacInnis FamilyÀ la place, ils parcourent les routes des environs : Neil conduit Hazel et Queenie attelées ensemble, tandis que Rory les accompagne.

« Hazel et Queenie partent ensemble et nous prenons la direction des collines. Nous sortons quand nous le pouvons. Certains matins, nous sommes partis avec nos lampes frontales, raconte Neil en riant. Le soir, nous apercevons souvent plusieurs cerfs en chemin.

« Rory m’accompagne pendant les trois ou quatre premiers milles, puis elle rentre. Ou alors, je peux faire demi-tour avec elle et repartir ensuite. Mon parcours habituel avec Hazel peut durer entre six et huit milles.

« C’est une excellente façon de garder un cheval en forme, et ils ne s’ennuient jamais. Nous passons souvent une heure et demie sur la route.

« Lorsqu’elle doit participer à une course, je suis une routine précise. Pendant la première demi-heure, je la laisse avancer à un rythme plutôt tranquille. Ensuite, j’accélère pendant la deuxième demi-heure, où elle trotte plus rapidement.

« Il y a un ruisseau où elle aime ralentir, s’arrêter, rester dans l’eau et boire. Après l’avoir traversé, elle doit reprendre son rythme.

« Je sais qu’ils sont vraiment en forme lorsque nous atteignons 11 milles. Si elle ne transpire pas beaucoup au retour, je sais qu’elle est prête à courir.

« Ils adorent ça et chaque journée est différente. Nos chevaux passent également la majeure partie de leur temps dehors, pratiquement 24 heures sur 24. Nous avons une écurie de cinq stalles, mais ils y passent rarement du temps. »

Quelle que soit leur méthode, elle semble fonctionner. Au moment de la publication de l’article, Hazel — de son vrai nom Rhodena Blue — affichait, à trois ans, un bilan de 10 départs, 3 victoires, 2 deuxièmes places et 1 troisième place. Elle avait réalisé un record de vitesse de 1:51,4 s et gagné 125 872 $ au cours de sa deuxième saison.

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Il existe un proverbe irlandais : « Níl cara ag cumha ach cuimhne », que l’on peut traduire par : « Le souvenir est le seul ami du chagrin. »

Cette expression reconnaît que le temps n’efface pas la douleur du deuil, mais que le souvenir de la personne aimée finit par devenir un compagnon de route.

Avec le soutien de ses amis et de sa famille, MacInnis a courageusement poursuivi sa vie et a retrouvé l’amour auprès de sa nouvelle compagne, Jacalyn, et de la fille de celle-ci, Phoebe, qui a le même âge que Rory.

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« Elles sont devenues un point d’ancrage pour Rory et pour moi. J’ai vraiment de la chance », confie Neil.

Toujours soucieux de préserver ses racines celtiques, MacInnis utilise volontiers l’ancienne langue dans sa ferme. Il désigne notamment les renards qu’ils aperçoivent parfois au cours de leurs promenades par le mot gaélique « sionnach ».

« Les renards entretiennent des liens culturels profonds avec notre héritage celtique. Ils sont considérés comme intuitifs et débrouillards, comme des guides spirituels capables de nous aider à emprunter des chemins invisibles », explique MacInnis.

« Après le décès de Sarah, un renard cuivré aux marques blanches bien distinctes venait nous rendre visite. Il entrait souvent dans les enclos, tournait autour de la poulinière, s’approchait à moins de dix pieds de nous, puis repartait en courant.

« C’est magnifique à observer. Je l’ai souvent aperçu lorsque nous montions dans les collines en faisant trotter les chevaux. Il nous regardait à travers une ouverture dans les broussailles.

« Un soir, Jacalyn était assise sur la terrasse et regardait l’enclos. Le sionnach s’est approché d’elle et est resté là un moment avant de repartir », poursuit Neil, visiblement ému.

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« C’était presque comme s’il s’agissait d’un signe qui disait : “Merci.” »

Neil raconte que Rory part parfois seule dans les collines avec Queenie. Il garde alors ses distances afin de lui laisser l’espace nécessaire pour vivre son propre deuil.

« Rory dit qu’elle ne voit pas le renard là-bas, mais le sionnach apparaît souvent dans les œuvres qu’elle crée, explique MacInnis. Je pense qu’elle voit davantage de choses qu’elle ne le laisse paraître.

« Ce n’est pas à moi de lui poser des questions, alors je ne dis rien. Je crois qu’il existe maintenant quelque chose que je n’ai pas besoin de connaître ni de comprendre. Je pense que cela l’aide à renouer avec un passé en partie mystérieux et à accepter la perte. »

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MacInnis reconnaît le soutien de la communauté des courses hippiques alors qu’il sort progressivement de l’une des périodes les plus difficiles de sa vie. Il se tourne également vers l’avenir, avec une campagne prévue à quatre ans pour Rhodena Blue.

Il souligne tout particulièrement l’aide et les conseils qu’il a reçus du vétérinaire à la retraite, le Dr Hue Llewelyn, du passionné de chevaux Roger Mayotte et de la vétérinaire praticienne, la Dre Liz Shiland, parmi bien d’autres personnes.

« Les succès que nous avons connus, particulièrement cette année, n’auraient jamais été possibles sans leur soutien et leurs conseils.

« J’appelais Roger sur le chemin du retour pour discuter de la préparation des grandes courses. Il était toujours de bon conseil. J’appelais le Dr Llewelyn pour parler de courses, et lui voulait parler de pêche au saumon », raconte MacInnis en riant.

MacInnis ne peut qu’offrir ses excuses sincères à la Dre Shiland pour ses demandes répétées de révision des listes de vérification d’urgence, parfois à n’importe quelle heure de la nuit.

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« Désolé, docteure », dit-il en riant. « Quand je repense à l’été que nous venons de vivre et à tout ce que nous avons traversé au cours des six dernières années, je me rends compte à quel point j’ai de la chance d’avoir mes amis du milieu des courses. »

C’est le Dr Llewelyn qui avait initialement mis MacInnis en contact avec la Dre Shiland. Il lui avait suggéré qu’elle pourrait aider à soigner Bow, le poney de sport de Rory, qui souffrait d’un problème respiratoire.

« D’une manière ou d’une autre, la famille MacInnis m’a ramenée à soigner des poneys ! J’ai dû ressortir mon petit spéculum et en enlever les toiles d’araignée, parce que cela faisait presque sept ans que je ne m’occupais que de chevaux de course », raconte la Dre Shiland en riant.

Elle explique que les moments partagés avec la famille MacInnis ont rendu son été encore plus agréable. Sa famille, notamment son mari Eric et leurs jeunes enfants Adrien et Ruby, attendent avec impatience les visites de Rhodena Blue et de Queenie.

« Neil devait concilier son travail de jour avec l’entraînement et les courses. Nous avons donc organisé les choses pour qu’il vienne à ma ferme à la fin de sa journée ou de la mienne, explique la Dre Shiland.

« C’était vraiment très agréable, parce que chaque fois qu’il arrivait avec Rhodena pour que je l’examine, que je vérifie son sang ou que je fasse ce qui était nécessaire, Queenie était toujours avec eux.

« Parfois, leurs deux chiens étaient dans le camion. Parfois, la fille de leur voisin venait, ou bien sa compagne Jacalyn et sa fille. Et parfois, ils étaient tous là.

« C’était simplement amusant. Mes enfants ont cinq et neuf ans et ils accouraient pour monter le poney dans le manège pendant que nous examinions Rhodena. Nous commandions de la pizza. C’était vraiment un bon moment. »

La Dre Shiland souligne également à quel point elle apprécie la façon dont MacInnis entraîne sa vedette d’écurie et prend soin d’elle.

« Il ne s’agit pas d’être dur avec le cheval, de vouloir qu’il soit toujours parfaitement prêt et de l’entraîner quoi qu’il arrive. Il s’agit de répondre à ses besoins. Je trouve cela formidable », explique-t-elle.

« Tout tourne autour du cheval et de ce qui est le mieux pour lui.

« Un jour, Neil m’a envoyé un texto après une course pour me dire qu’il envisageait de faire une prise de sang, poursuit la Dre Shiland. J’ai répondu : “Oui, bien sûr.”

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« Le lendemain matin, il m’a envoyé une vidéo filmée littéralement depuis la fenêtre de sa cuisine. On y voyait Rhodena courir dans le pâturage et lancer joyeusement ses postérieurs en l’air.

« Il m’a écrit : “Je ne pense pas que nous ayons besoin de faire cette prise de sang.”

« J’ai répondu : “Non, tu viens d’économiser une piastre et quarante-cinq !” »

La Dre Shiland affirme également avoir observé la naissance d’un lien très fort entre Neil et Rory grâce à leur amour commun des chevaux.

« Je pense que les chevaux offrent une façon d’être ensemble sans avoir besoin de parler, explique-t-elle. Parfois, c’est très important entre un parent et son enfant, particulièrement lorsque ce parent et cet enfant ont dû traverser des épreuves comme les leurs.

« Je pense qu’une grande partie de l’importance de Rhodena et du fait qu’ils la font courir ensemble vient du temps qu’ils passent ensemble. Ils font jogger leurs chevaux ensemble, ils voyagent ensemble. C’est une partie extraordinaire de leur parcours après la perte de Sarah.

« Rory est extrêmement capable, et je vois Neil lui laisser l’espace nécessaire pour faire toutes ces choses. Qu’il s’agisse de charger le cheval, d’atteler sur le sulky ou de monter à cheval, il lui donne la possibilité de grandir et de devenir une jeune femme à chevaux talentueuse. »

Il est admirable que MacInnis ait entouré sa fille d’autant de modèles positifs. Dans leurs interactions quotidiennes avec la communauté des courses, ces personnes lui montrent qu’il existe de nombreux chemins vers la réussite et le bonheur.

La Dre Shiland ne manque pas de remarquer que Rory fait preuve d’une maturité exceptionnelle pour son âge.

« Dès le début, je l’ai qualifiée de véritable femme à chevaux… mais elle reste une petite fille. C’est une enfant, même si elle se comporte avec une grande maturité et fait preuve d’un professionnalisme remarquable », explique la Dre Shiland.

« Lorsque j’ai terminé d’examiner Rhodena en passant mes mains sur son corps, Rory veut que je fasse la même chose avec Queenie. Elle veut s’assurer que la ponette est en bonne santé, parler de son œil qui coule un peu ou me demander de vérifier encore ses dents.

« Elle est très compétente avec les chevaux et on en oublie vraiment son jeune âge.

« J’ai énormément d’estime pour eux deux, poursuit la Dre Shiland. Cela a été un plaisir immense et un honneur de faire partie de leur équipe cet été, de soigner Rhodena, de trouver du temps pour elle, de faire en sorte que tout fonctionne et de la voir connaître autant de succès.

« Pour moi, en tant que vétérinaire, cela a été amusant. On n’entend pas toujours un vétérinaire dire que son travail a été amusant, mais cette fois, ça l’a vraiment été. »

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Neil MacInnis aborde la vie avec philosophie. Il est fier de voir sa fille s’épanouir et l’on espère qu’il sait que les personnes qui l’entourent admirent tout autant le chemin qu’il a lui-même parcouru.

« Le passé et le présent sont indissociables. Nous sommes le produit de quelque chose de catastrophique, mais nous avons réussi à le traverser », affirme MacInnis.

Et à travers toutes ces épreuves, c’est le lien entre le père, sa fille et leurs chevaux qui leur a permis de tenir bon.

Parfois, cela se manifeste dans l’insouciance de Rory, comme lorsque Neil est rongé par l’anxiété à l’idée de devoir affronter des entraîneurs aussi réputés que Ron Burke ou Virgil Morgan Jr.

« Elle me dit : “Papa, je ne sais même pas qui sont ces gens. Nous devons simplement aller courser, et je pense que notre cheval est meilleur que le leur.” »

« Un matin de l’année dernière, lorsque nous sommes tous les quatre — Rory, Queenie, Hazel et moi — embarqués sur la piste de la foire de Delaware pour faire entrainer les chevaux, Rory trouvait cela parfaitement normal. « Ron Burke était en train de travailler Louprint à ce moment-là. À l’expression de son visage lorsqu’il nous a vus, j’ai compris que, pour lui, la scène était loin d’être ordinaire », raconte MacInnis en riant.

« Elle a hérité du sang-froid de sa mère. Elle garde son calme sous pression. »

À d’autres moments, Neil s’appuie sur le côté plus sérieux de sa fille, celle qui a 11 ans mais semble parfois en avoir 35, particulièrement lorsqu’ils sont à l’hippodrome et qu’il n’arrive pas à regarder la course.

En réalité, Neil n’a jamais regardé de ses propres yeux l’une des courses de Hazel. Trop nerveux, il détourne le regard et compte sur sa jeune partenaire pour lui raconter ce qui se passe au moyen d’un commentaire oral, comme le ferait un véritable commentateur sportif.

« Il n’arrête pas de faire les cents pas. Je lui crie constamment de venir regarder », explique Rory.

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« Je comprends pourquoi il ne veut pas regarder… Moi aussi, je suis nerveuse, mais j’ai également peur de manquer la course. Alors, je la regarde toujours, et je ne m’inquiète pas vraiment de ce qui arrive ensuite.

« Je me sens simplement bien avant la course. Après, on peut toujours réfléchir à ce qu’on pourrait améliorer pour la prochaine fois.

« Même une quatrième place me convient, parce qu’elle a fait son travail et qu’elle a accompli quelque chose », poursuit Rory.

« Lorsqu’elle termine plus loin dans le classement ou qu’elle brise son allure, nous devons examiner son harnais, sa gestion, son alimentation et nous assurer qu’elle reçoit suffisamment d’attention — ce qu’elle réclame beaucoup ! »

Entendre une fillette de 11 ans utiliser des expressions que l’on s’attendrait à entendre chez un entraîneur chevronné pourrait amener certains à se demander si Rory a encore le temps de profiter de son enfance.

Rassurez-vous : l’enfant est toujours bien présente en elle.

Lorsqu’on lui demande ce qu’elle aimerait faire quand elle sera grande, sa réponse revient immédiatement à Queenie.

« J’aimerais vraiment élever de petits poneys. Je rêve de devenir éleveuse et de regarder les petits chevaux grandir jusqu’à devenir de magnifiques créatures tellement mignonnes », répond Rory.

Cet article a été publié dans le numéro de novembre de TROT Magazine. Abonnez-vous à TROT aujourd'hui en cliquant sur la bannière ci-dessous.

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