Tamara Vandewiel: Une fille de campagne endurcie

Tamara Vandewiel

Lorsque le poulain ambleur de deux ans Gogo Gadget a été inscrit dans une épreuve OSS Gold de 100 000 $ à seulement son deuxième départ en carrière, le 3 juillet 2026, sa fière propriétaire, Tamara Vandewiel, se moquait bien du fait qu’elle venait tout juste de subir une appendicectomie quelques jours auparavant. Elle allait être présente, et c’est elle qui allait préparer son poulain dans le paddock. Son médecin venait peut-être de lui interdire de soulever quoi que ce soit pendant quatre semaines, mais comparativement à l’épreuve terrifiante – et potentiellement mortelle – qu’elle avait traversée environ un an et demi plus tôt, une appendicectomie lui semblait presque banale. C’est tout le caractère de cette robuste fille de la campagne, qui a consacré sa vie entière à une seule passion : les chevaux. Par Dan Fisher. Traduction Manon Gravel.

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À 36 ans, il n’y a aucun endroit où Tamara Vandewiel préfère être qu’une écurie, entourée de chevaux… à moins que ce ne soit dehors, assise – ou même debout – sur le dos de l’un d’eux.

« J’ai littéralement grandi là-dedans, raconte-t-elle en souriant en repensant à son enfance. Ma mère, Darlene Hayes, élevait surtout des Pur-sang au départ. Ensuite, on s’est mis à faire la remise en condition de chevaux retraités des courses, autant des Standardbreds que des Pur-sang. C’est comme ça que j’ai commencé. J’ai travaillé avec ma mère depuis aussi loin que je me souvienne. J’avais toujours ma petite fourche et ma brouette (rires), et j’étais constamment à ses côtés. »

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« Tamara n’a jamais eu peur des chevaux… presque trop, même », raconte Darlene en riant lorsqu’on lui demande comment sa fille était avec eux.

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« J’ai toujours eu des chevaux alentour et je ne pouvais pas attendre… alors quand elle avait seulement dix-huit mois – oui, à peine dix-huit mois – je lui ai acheté son premier poney. C’était un vieux poney Shetland Pinto noir et blanc d’une vingtaine d’années, d’une douceur incroyable. Tamara faisait ses petits tours en laisse… à cet âge-là, évidemment, tout devait être fait très prudemment.  « Plus tard, j’ai entrainé le poney avec l’attelage. Tamara et moi parcourions les chemins de campagne dans une toute petite voiture, avec le chien qui trottait à côté de nous. Elle adorait ça. Le poney s’appelait Taffy, et Tamara riait tout le long de la promenade. Elle était aux anges.

« Puis, lorsqu’elle a eu sept ans, je lui ai acheté un magnifique poney Welsh Mountain gris enregistré. Il s’appelait Nicodemus, mais on l’appelait “Nicky”. C’est avec lui qu’elle a énormément appris. Elle le montait partout sur la ferme.

« À cette époque, je présentais des Quarter Horses et des Paint dans des concours, mais elle voulait toujours monter ma jument Western. Elle a commencé à participer aux classes « Walk-Jog » … Je crois que le premier cheval avec lequel elle a compétitionné s’appelait Jacks Triple Mistress, et elle gagnait constamment. Elle devait avoir huit ou neuf ans.

« Ensuite, j’ai acheté Stinger. C’était mon cheval de concours, mais elle voulait absolument le monter. Dès qu’elle s’est mise à le présenter, elle remportait tout. C’est à ce moment-là que tout a changé. Mon mari Derek et moi sommes devenus des parents de cavalière.

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« Derek en était bien heureux, parce qu’avant, il fallait transporter trois ou quatre chevaux à chaque concours. Il fallait un cheval pour le Halter, un autre pour le Showmanship, un pour la selle anglaise, un pour le western… Avec Stinger, Tamara faisait toutes les disciplines et elle a remporté une foule de championnats.

« À l’origine, Stinger n’était qu’un cheval western. Mais elle voulait aussi le présenter en « Hunt Seat » (Selle Anglaise / Hunter Under Saddle). Je me souviens des Championnats canadiens : c’était la toute première fois qu’on mettait une selle anglaise sur ce cheval… et elle a gagné sous les quatre juges! C’était complètement fou. « Elle portait mes vêtements d’équitation, qui étaient beaucoup trop grands pour elle. Elle devait avoir environ treize ans. Cette journée-là, elle a même battu son propre entraîneur », raconte Darlene en éclatant de rire.

« Elle a toujours eu un don naturel avec les chevaux », ajoute cette mère visiblement très fière.

« C’est Brad Watt qui m’a appris à atteler un Standardbred pour la première fois, se souvient Tamara. Ma mère possédait une jument qu’il entraînait, Tuahiwi Trick N. Je me rappelle la première fois que je suis allée la préparer au paddock de l’hippodrome. Je me suis dit : “C’est ça que j’aime!” (rires).

« Peu de temps après, j’ai commencé à travailler pour Casie Coleman, et je peux dire que j’y ai travaillé, par intermittence, pendant environ cinq ans. À cette époque, Betterthancheddar, qu’on appelait simplement Cheddar, était la vedette de l’écurie.

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« J’ai aussi travaillé pour des entraîneurs comme Ian Downey, Nick Gallucci et Corey Giles, mais quand j’étais petite, je rêvais d’être comme Casie. C’était mon modèle. Je l’admirais énormément.

« Elle me faisait travailler extrêmement fort (rires), mais j’y ai tellement appris. C’est elle qui m’a donné l’ambition de poursuivre dans ce milieu. J’ai toujours trouvé que c’était une femme d’affaires exceptionnelle. Je l’admire encore aujourd’hui et il m’arrive de lui écrire pour lui demander conseil ou simplement profiter de son expérience, pour être honnête. »

« J’ai essayé d’avoir une “vraie job” une fois… Je fréquentais un gars [qui n’était pas dans le milieu des courses] et on avait acheté une maison à Mount Forest. J’avais loué ma jument, Trixie, et vendu les poulains que j’avais. Je suis restée loin des chevaux pendant environ un an et demi, mais je n’étais tout simplement pas capable (rires). J’ai travaillé comme barmaid et dans une boucherie, mais ça ne me convenait pas. J’avais besoin d’être dans une écurie.

« Finalement, j’ai déménagé mes chevaux près de Mount Forest, à Arthur, et c’est là que Kyle Bossence, mon conjoint, et moi nous sommes rencontrés. Au début, on a simplement été de bons amis pendant quatre ou cinq ans. En fait, on s’est connus dans le paddock à Hanover, le jour du tout premier départ en carrière de Trixie (Trickshooter), le 17 août 2013. Kyle courait un cheval dont je m’étais occupée lorsque je travaillais chez Casie, Four Lane Fast. Je me suis dit : “C’est qui, ce beau gars-là?” (rires). Alors j’ai regardé le programme et j’ai vu que je connaissais son cheval. C’était le prétexte parfait pour aller lui parler (rires). Je suis simplement descendue le voir et je me suis présentée », raconte-t-elle en riant.

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Quant à Trixie, tout comme Kyle, elle occupe toujours une place importante dans la vie de Tamara.

Aujourd’hui, Kyle et Tamara sont les heureux parents d’un garçon de quatre ans et demi, Lloyd, et d’une petite fille, Charlotte, qui aura trois ans en août. Ils possèdent également une trentaine de chevaux de course, quelques chèvres, deux poneys et trois « vieux grincheux » – ou plutôt trois retraités : Trickshooter (16 ans), Willyorwonthe (13 ans) et Stir And Serve (20 ans).

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« Je la regarde en ce moment même, dit Tamara en souriant au sujet de Trixie. Elle est dans le pâturage avec Willy et Stanley [Stir And Serve]. Kyle m’a offert Stir And Serve comme cadeau de Noël. Patrick Shepherd nous l’avait réclamé à London, et j’avais pleuré toutes les larmes de mon corps (rires). Il n’a pas eu beaucoup de succès avec lui, alors Kyle l’a racheté. Le matin de Noël, il m’a montré les papiers de transfert à mon nom… alors lui non plus ne quittera jamais la ferme. Les trois profitent maintenant d’une retraite bien méritée.

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« Je monte encore les trois. Nous avons un étang au milieu de la propriété, alors les journées chaudes je les y emmène. Trixie adore entrer dans l’eau jusqu’au ventre.

« Même quand Willy était encore en course, je le montais régulièrement pour revenir du paddock. C’est un cheval tellement cool. Lloyd a un petit tracteur électrique et, un jour, je suis montée sur Willy pour le suivre partout. Willy était d’une patience incroyable. Il s’arrêtait chaque fois que Lloyd arrêtait et attendait tranquillement. C’est vraiment un bon garçon.

« Les Standardbreds sont les meilleurs. Je ne sais vraiment pas à quoi je pensais en ramenant cet autre monstre à la maison… »

Le « monstre » auquel Tamara faisait référence était un croisé Lusitanien–Warmblood, un cheval qu’elle avait tenté de sauver durant l’hiver 2025. Malheureusement, c’est finalement Tamara qui a dû être sauvée de cet animal incontrôlable, lors d’une froide journée venteuse de février de la même année. Comme personne n’était là pour lui venir en aide, cette fille de la campagne au caractère bien trempé a dû se débrouiller seule.

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« Un jour, mon frère m’a appelée pour me dire : “Il y a un cheval enfermé dans un enclos pitoyable… il faut que tu viennes l’aider.” Je lui ai répondu que j’avais déjà assez de chevaux, mais il m’a envoyé une photo… et j’avais toujours rêvé d’avoir un cheval isabelle.

« Apparemment, le propriétaire était un ancien torero de rodéo, mais il élevait maintenant des chèvres. Je lui ai donc proposé d’échanger une chèvre contre le cheval, et il a accepté.

« On est allés le chercher, et le propriétaire m’avait dit de ne surtout pas le toucher avant qu’il arrive. Avec le recul, ça aurait dû être un sérieux avertissement. Il l’a embarqué lui-même dans notre remorque et nous l’avons ramené à la maison.

« Les premiers jours, tout allait très bien. Puis je l’ai installé dans un enclos où il pouvait sentir les crottins des juments, et il s’est mis à charger les hommes qui passaient simplement à côté. Il a même défoncé la clôture à deux reprises en fonçant sur Kyle alors que celui-ci ne faisait que passer.

« Quand j’étais seule avec lui, je pouvais très bien travailler. Mais dès qu’un ami ou un employé approchait, il devenait extrêmement nerveux et explosait. Je le faisais travailler à la longe et tout allait parfaitement. Mais après l’avoir déplacé dans cet enclos où il y avait l’odeur des juments, quelque chose a changé en seulement deux jours.

« On voyait bien que ce cheval avait vécu quelque chose de profondément traumatisant. Mais à un moment donné, je me suis dit : “Je ne peux plus continuer comme ça… ce n’est plus le même fichu cheval.” J’ai réalisé que j’avais réellement peur de lui. Et je n’avais jamais ressenti ça envers un cheval de toute ma vie », avoue-t-elle.

Ces paroles ont immédiatement fait sonner l’alarme chez sa mère, Darlene.

« Tout ce qu’elle me racontait sur ce cheval me donnait un mauvais pressentiment. Au fond de moi, j’étais convaincue qu’il finirait par blesser Tamara, un des enfants ou quelqu’un d’autre. Je lui ai dit : “Il faut que tu t’en débarrasses immédiatement. Je sais que tu veux sauver tout le monde… mais ce cheval-là n’est PAS fait pour toi.” »

Darlene, que plusieurs dans le milieu connaissent sous le surnom de Mama D, n’avait aucun doute.

« Un soir, j’ai demandé à Kirk, un de nos employés, s’il pouvait venir m’aider à déplacer le cheval, raconte Tamara. Je voulais que quelqu’un soit là pour surveiller, parce que je sentais que quelque chose avait changé. J’attendais simplement l’arrivée de Kirk et je venais de déplacer un seau qui se trouvait devant la barrière de l’enclos lorsque le cheval a bondi par-dessus la clôture, m’a attrapée par le poignet avec les dents et a essayé de me soulever pour m’entraîner avec lui dans l’enclos. »

« J’ai eu la chance de réussir à agripper la barrière. J’ai réussi à y passer mes jambes pour m’y accrocher. Elles étaient toutes couvertes de bleus et d’égratignures par la suite, simplement parce que je m’y retenais de toutes mes forces. Lui essayait de m’attirer dans l’enclos avec lui. Il me tenait par le poignet, et le bruit que faisaient ses dents en écrasant mes os était absolument horrible.

« Je ne sais pas de quelle façon, mais j’ai réussi à me dégager toute seule », raconte Tamara avec beaucoup d’humilité.

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Sa mère a toutefois ajouté quelques détails sur le combat héroïque de sa fille.

« Tamara s’est rappelé que Laverne Turnbull lui avait toujours dit que si on tirait la langue d’un cheval, il ne pouvait plus mordre correctement. C’est exactement ce qu’elle a fait. Pendant que son poignet était littéralement déchiqueté, elle a glissé sa main libre dans sa bouche et lui a tiré la langue. Il a ouvert la gueule juste assez pour qu’elle puisse retirer son bras.

« Elle saignait abondamment. Elle a ensuite réussi à retourner jusqu’à la grande écurie, où elle s’est fabriqué un garrot de fortune avec une serviette. Un des ambulanciers lui a même dit que ce geste lui avait probablement sauvé la vie », raconte Mama D, encore émue. « C’était terrifiant! »

« J’ai passé un peu plus d’une semaine à l’hôpital, poursuit Tamara. Les médecins ont d’abord réparé les os fracturés à l’aide de plaques et de vis. Ensuite, ils ont procédé à une autre intervention pour reconstruire les tendons et faire une greffe de peau. Je crois qu’on m’a dit que cette deuxième opération avait duré environ sept heures.

« Heureusement que Megan Downey a organisé une campagne GoFundMe et plusieurs tirages pour nous venir en aide, parce que j’ai dû suivre des mois et des mois de physiothérapie et de réadaptation. Il a fallu payer une gardienne pour les enfants pendant tout ce temps, en plus d’embaucher un employé afin de me remplacer à l’écurie.

« Charlotte était encore dans sa phase “maman, maman, maman”, alors ça a été une période extrêmement difficile pour toute la famille », raconte Tamara avec une sobriété admirable. « Nous avons énormément de chance de faire partie d’un milieu où les gens prennent vraiment soin les uns des autres dans les moments difficiles. Nous ne pourrons jamais assez remercier Megan et toutes les personnes qui nous ont aidés.

« Je ne peux toujours pas plier mon poignet à 90 degrés comme l’autre, et je n’ai plus tout à fait la même force qu’avant. Je suis même capable de vous dire quand il va pleuvoir! Je pensais que c’était un vieux mythe, mais je sens réellement plus de raideur lorsqu’une pluie s’en vient. Il y a d’ailleurs un os qui présente encore une fissure. Les médecins m’ont dit qu’ils pourraient réopérer, enlever les plaques, nettoyer l’os et tout recommencer, mais je n’ai vraiment pas envie de revivre ça. Tant que je suis capable de transporter un seau d’eau et une balle de foin, ça me va », dit-elle en riant.

En parlant de transporter un seau d’eau, cela nous ramène justement au paddock que Tamara a tenu à faire le 3 juillet, malgré les recommandations de son médecin et les protestations de sa mère. Cette journée-là, il semble bien que les seuls objets qu’elle n’ait pas transportés aient été les seaux d’eau, ceux pour faire boire le cheval et ceux pour le laver.

Avons-nous précisé que ce paddock s’est tout de même soldé par une victoire?

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Le nouveau cheval dont Tamara est immensément fière, et qui est arrivé dans sa vie au moment parfait — environ sept mois après cette terrible épreuve — est le poulain ambleur de deux ans Gogo Gadget, un fils de Betting Line, qui a remporté cette épreuve OSS Gold le 3 juillet à Woodbine Mohawk Park, en 1:52,2, au grand bonheur de sa propriétaire.

Mais comment Gogo Gadget est-il arrivé dans la vie de Tamara et Kyle?

Parmi les huit poulains élevés à l’écurie Bossence l’automne dernier, sept étaient des trotteurs — la spécialité de Kyle — et un seul était un ambleur. Comment cela s’est-il produit?

Eh bien, il semble que Mama D ait encore joué un rôle déterminant.

« C’est ma mère qui l’a trouvé, explique Tamara. Une de ses clientes possédait autrefois la mère de Gogo. C’était une jument âgée dont ils voulaient se départir parce qu’ils n’avaient pas eu beaucoup de succès avec elle. Ma mère l’a vendue à Jessica Kulcher, qui avait déjà travaillé pour elle comme employée. Plus tard, Jessica a publié une courte vidéo du poulain sur Facebook, et ma mère est tombée sous son charme.

« Une de mes clientes de Terre-Neuve possédait cette jument, JK Getupngo, confirme Darlene. Je leur avais souvent conseillé de la faire saillir par Betting Line, parce que le croisement serait très proche de celui qui a produit Abuckabett Hanover, mais ils ne l’ont jamais fait. Lorsque Jessica leur a acheté la jument, je lui ai donné le même conseil… et cette fois, quelqu’un m’a écoutée! », raconte-t-elle en riant.

« J’avais étudié attentivement ce croisement et j’en étais arrivée à la conclusion que le poulain serait génétiquement l’équivalent d’environ 87,5 % d’un frère ou d’une sœur d’Abuckabett. Un an plus tard, Jessica, qui est maintenant gestionnaire de la ferme Glenview Livestock, était tellement occupée qu’elle a complètement oublié d’inscrire Gogo au programme OSS, oublié de l’inscrire à l’encan de yearlings… bref, elle a tout oublié. »

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« J’ai vu une vidéo d’à peine cinq secondes qu’elle avait publiée sur Facebook. On le voyait simplement trotter dans le clos… et il semblait flotter. Je suis donc allée le voir immédiatement, et il me faisait penser à une version plus petite de Betting Line. Avant même de quitter son entrée de cour, j’ai appelé Kyle pour lui dire de « piner » la remorque! » raconte-t-elle en riant.

« Ils ont dû payer des frais de retard pour qu’il soit admissible au programme OSS, mais ils l’ont acheté à un très bon prix. Heureusement, Jess avait au moins inscrit la mère au Mare Residency Program, ce qui lui permet aujourd’hui d’en récolter les bénéfices », ajoute Darlene en souriant.

Ce nouveau poulain n’aurait pas pu arriver à un meilleur moment dans la vie de Tamara. L’automne dernier, alors que ses longues séances de physiothérapie tiraient enfin à leur fin, les jeunes chevaux commençaient à arriver à l’écurie.

« J’ai toujours participé au débourrage des poulains, et c’est pratiquement la première chose que j’ai recommencé à faire lorsque j’ai pu retourner travailler à l’écurie, l’automne dernier. Mais cette fois, j’étais tellement nerveuse. Mon bras venait à peine de guérir, et je n’avais jamais eu autant d’appréhension.

« Kyle m’a dit : “Cette année, c’est toi qui les drives.” Je lui ai répondu : “Quoi?” (rires). C’est toujours moi qui tiens la première guide… celle de gauche. C’est notre façon de faire. Je lui suis vraiment reconnaissante de m’avoir poussée à le faire, parce que je me demandais constamment si je serais encore capable de les retenir. C’est mon poignet droit qui avait été blessé. Kyle et Nolan, un de nos employés, tenaient les longues guides pendant que j’étais sur le sulky. Je suis contente qu’ils m’aient replongée tout de suite dans le travail, sans me laisser développer de peur. Ça m’a énormément aidée à retrouver ma confiance », raconte-t-elle avec un sourire.

Quelques mois plus tard, après deux impressionnantes victoires en courses-écoles avec Jonathan Drury sur le sulky, à la mi-juin, puis un convaincant premier départ officiel remporté en 1:52,3 à la fin du mois de juin, tout était en place pour que Gogo Gadget affronte les meilleurs poulains de l’OSS Gold à Mohawk, le 3 juillet.

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Mais avant cette grande soirée, sa propriétaire a dû relever une autre épreuve totalement inattendue.

« Je travaillais toute la journée le dimanche 28 juin, et j’avais d’énormes crampes. Nous avions deux chevaux en course ce soir-là. J’ai conduit jusqu’à l’hippodrome et je suis ensuite revenue à la maison avec celui qui partait le plus tôt. Je crois que le siège chauffant de mon camion me soulageait un peu, parce que dès que je suis descendue du véhicule, la douleur est revenue de plus belle.

« Je me suis donc rendue moi-même à l’hôpital. Les médecins m’ont dit que mon taux de globules blancs était élevé et que je ne devais surtout pas repartir. Ils ont ensuite fait une échographie, ont constaté que je faisais une appendicite… et ils m’ont opérée pour enlever l’appendice.

« Mais il était hors de question que je manque cette course-là », affirme Tamara avec un petit rire qui rappelle sans doute celui de la fillette qu’elle était autrefois, lorsqu’elle parcourait les chemins de campagne avec sa mère dans la petite voiture attelée derrière Taffy.

« Nous avons aussi maintenant un garçon de 15 ans, Jacob, que nous avons pratiquement accueilli comme un membre de la famille. Il nous donne un coup de main à l’écurie pour la première fois cet été. C’est vraiment un bon jeune homme, et c’est lui qui a transporté les seaux de Gogo pour moi le soir où nous avons remporté la finale du OSS Gold », conclut Tamara.

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« Elle est revenue à la maison le lundi ou le mardi après s’être fait enlever l’appendice… et elle préparait déjà son cheval au paddock le vendredi. Ma fille n’est pas toujours très brillante », lance Darlene en riant.

« J’avais dit à Kyle de ne surtout pas la laisser y aller ce soir-là. Il m’a répondu : “As-tu déjà rencontré ta fille?” »

« J’imagine que c’est entièrement de ma faute », admet Darlene avec un sourire lorsqu’on lui rappelle que c’est elle qui a élevé cette fille au tempérament de feu.

« Quand elle était petite, même si un cheval lui marchait sur le pied et qu’elle pleurait, ma réaction était toujours : “Allez, relève-toi et continue.” Alors oui, je sais que c’est de ma faute (rires). C’est moi qui ai façonné cette fille.

« Aujourd’hui, avec mes petits-enfants, je suis complètement terrifiée. Charlotte, ma petite-fille, c’est une vraie mini-Tamara. Elle est tellement courageuse que ça en devient inquiétant. Lloyd, lui, c’est un petit fermier. Il est toujours après les tracteurs et les équipements. Mais Charlotte, elle veut monter les chevaux, faire toutes sortes de choses avec eux, passer sous leur ventre, embrasser chacun des chevaux en traversant l’écurie… C’est terrifiant! (rires).

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« Honnêtement, j’aimerais presque qu’ils ne mettent jamais les pieds dans l’écurie, mais ce train-là est parti depuis longtemps! » ajoute-t-elle en riant.

« Je vois très bien l’ironie de la situation. C’est moi qui ai mis tout ça en marche au départ, c’est certain. Mais ça ne m’empêche pas de m’inquiéter énormément », insiste cette mère et grand-mère immensément fière.

Lorsqu’on demande à Tamara de nous parler davantage de Gogo Gadget, le cheval que sa mère lui a trouvé, son visage s’illumine immédiatement.

« Il est tellement professionnel depuis le premier jour. Il reste parfaitement calme dans le trou jusqu’à ce qu’on tire la guide à droite… et là, fidèle à son nom, il décolle.

« Il est très fier de lui-même. Chaque matin, une fois qu’il est attelé et qu’on ajuste les guides, il fait une petite danse : il saute, bondit, dandine et se tortille. Il se sent tellement bien que ça me rend heureuse simplement de le regarder.

« Je n’avais jamais été propriétaire d’un gagnant dans une course de stakes auparavant. L’autre soir, quand il a gagné… normalement, je me mets à pleurer dès que je parle de lui. C’est tout simplement incroyable. Il m’impressionne tellement… il me fait pleurer. »

Et c’est bien correct, Tamara.

Même les femmes les plus fortes et les plus courageuses ont le droit de verser quelques larmes… surtout lorsqu’il est question des chevaux qu’elles aiment tant.

Tamara Vandewiel

Cet article a été publié dans le numéro d'août de TROT Magazine. Abonnez-vous à TROT aujourd'hui en cliquant sur la bannière ci-dessous.

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