Le Meilleur 2 Ans Avec Lequel J'ai Jamais Été Impliqué Était...

Best 2YO

Best 2YO

Pour une septième année consécutive, dans ce qui est devenu une section très populaire de notre édition « Twos In Training », nous avons demandé à quelques professionnels expérimentés du milieu des courses de nous nommer le ou les meilleurs chevaux de deux ans avec lesquels ils ont été impliqués — et de partager une histoire ou un souvenir de leur passage avec ce cheval.

Encore une fois cette année, les personnes que nous avons interviewées nous ont offert de belles anecdotes à partager, et nous les remercions tous de leur participation. Par Dan Fisher & John Rallis. Traduction Manon Gravel.

 

AnthonyBeaton

Anthony Beaton | Entraîneur
Par John Rallis

J’ai eu la chance de côtoyer plusieurs chevaux de deux ans de grande qualité, mais si je devais donner un léger avantage, ce serait à Betting Line devant Betterthancheddar. Dès le moment où nous avons commencé le débourrage de Betting Line, il était un naturel accompli. On voyait très tôt qu’il comprenait son travail. Une fois que nous avons commencé à les jogger en groupe, chaque fois qu’il se déplaçait à l’extérieur, il accélérait de lui-même. Tout venait naturellement chez lui.

Cela dit, il a eu une petite période de bouderie pendant l’entraînement, mais nous l’avons mis de côté un moment et il est rapidement revenu à démontrer tout son talent — ce qui s’est ensuite reflété en course.

Betterthancheddar, lui, n’a jamais eu la chance de courir à deux ans, mais c’était un poulain extrêmement talentueux dont les problèmes de santé lui ont coûté sa saison de recrue. À l’époque, beaucoup de gens ne me croyaient pas quand je disais que c’était une machine. Je me souviens d’une séance d’entraînement à Classy Lane [Training Centre], où Mark MacDonald a bouclé un dernier demi en environ :53 avec lui. En revenant de la piste, tout ce qu’il a dit, c’est : « Wow. » Cheddar était vraiment destiné à être un grand deux ans, mais les circonstances en ont décidé autrement.

Souvent, moi et [Steve] Condren nous occupions de l’entraînement de Betting Line en Floride, mais une fois de retour au Canada, c’est surtout moi qui travaillais avec lui. Il ne prenait pas toujours les choses très au sérieux et aimait s’amuser — comme les jeunes garçons. Vous savez comment c’est, parfois on ne porte pas autant attention qu’on le devrait (rires). J’ai entraîné beaucoup de bons chevaux par moi-même, mais je ne pense pas qu’aucun d’eux puisse se comparer à Cheddar ou à Betting Line à deux ans.

Avec Betting Line, Condren et moi disions toujours que tant que vous étiez à moins de cinq longueurs au poteau du trois quarts, vous aviez encore une chance de gagner. Il suffisait d’être dans le coup. Je sais qu’il avait trois ans à ce moment-là, mais si vous regardez sa victoire dans la North America Cup, Racing Hill semblait parti pour la gloire, puis Dave [Miller] a sollicité Betting Line et il est littéralement parti à sa poursuite.

Je sais que j’aurai toujours un faible pour Cheddar, mais je crois sincèrement qu’il aurait été du même calibre — sinon supérieur — à Betting Line à deux ans, s’il avait couru. Au final, ce sont deux talents exceptionnels, et j’ai eu la chance de les côtoyer — tout comme bien d’autres grands chevaux.

 

RonWaples

Ron Waples | Conducteur, co-propriétaire
Par Dan Fisher

Est-ce que je peux choisir un deux ans dont j’ai seulement rêvé d’être propriétaire (rires) ?

J’ai joggé Beau Jangles cet hiver, et je pensais même le conduire en course — mais il aurait fallu que je congédie Bobby McClure d’abord (rires).

Le mien serait probablement Ralph Hanover.

Ce cheval me ressemblait — il était très, très paresseux à l’entraînement. Je l’ai qualifié et il n’avait rien d’extraordinaire. C’était un petit cheval avec une belle allure, bien élevé et tout, mais plutôt paresseux. Nous l’avons envoyé à Montréal pour son premier départ — je ne me souviens plus du nom de la course qu’il y avait là-bas. Je ne pouvais pas y aller. Stew Firlotte l’entraînait évidemment, alors nous avons demandé à Doug Brown de le conduire. On l’appelait « Downtown Dougie Brown » pour une bonne raison. Il est allé « en ville » avec lui et il a gagné par 15 longueurs, je crois. Je me suis toujours dit, à l’époque, que Dougie avait vraiment « débourré » ce maudit cheval pour nous.

Le seul mauvais côté de l’histoire — du moins pour Doug — c’est qu’après la course, il m’a demandé : « Quand est-ce que je le conduis de nouveau ? » et je lui ai répondu : « Jamais ! » (rires). Et j’ai passé les deux années suivantes à essayer de gagner par une demi-longueur avec lui (rires).

J’ai eu la chance d’avoir Armbro Dallas et Sportsmaster… j’ai été chanceux. Vous savez, à cette époque, ils ne gagnaient pas un million de dollars ; s’ils en gagnaient 100 000, on considérait déjà que c’était un très bon poulain. Il y en a eu plusieurs, mais c’est lui qui ressort le plus.

Voici comment tout ça s’est passé : nous étions à Harrisburg et je voulais acheter un autre poulain ambleur, mais je n’en avais pas vu d’autre qui me plaisait. Je me promenais à l’arrière du ring quand j’en ai vu un venir vers moi. Je me suis dit : « Mon Dieu, voilà un beau petit cheval. » Je l’ai examiné : il avait un bel œil, de grandes narines et des oreilles de bonne taille — des choses que j’aimais.

Il entre ensuite dans le ring et je commence à miser… ça monte jusqu’à environ 50 000 $, et là je commence à m’éloigner. Stew était juste derrière moi — sans que je m’en rende compte — et il m’a demandé à quel point je l’aimais. Je lui ai répondu : « Pour être honnête, je l’ai seulement vu à l’arrière, mais il y a des choses que j’aime vraiment chez lui. » Il m’a dit : « Alors retourne là-bas et mise dessus, je vais prendre une part. » J’y suis retourné et nous l’avons acheté pour environ 58 000 $.

Il a dit qu’il prendrait les deux tiers si je prenais le tiers, alors je me suis dit que tant qu’à faire, il pouvait bien l’emmener en Floride et l’entraîner lui-même. La seule condition, c’est que s’il était bon, c’est moi qui le conduirais. Je ne conduisais même pas vraiment les chevaux de Stew — peut-être un ou deux à l’occasion, mais pas plus.

Le cheval est donc parti en Floride avec Stew, et environ un mois plus tard, il m’appelle pour me dire qu’il ne pouvait finalement pas garder les deux tiers. Il m’a demandé si je pouvais prendre ce tiers supplémentaire. J’ai dit : « Bien sûr, ça ne me dérange pas, mais est-ce qu’il est complètement boiteux ou quoi ? » (rires). Il m’a assuré qu’il était simplement un peu paresseux, mais en bonne santé, et que c’était seulement une question financière.

Peu de temps après, je parlais avec Bobby Stewart de la CSHS, et je lui ai offert un tiers, mais il m’a dit qu’il venait de prêter beaucoup d’argent à Don Amos pour l’aider à acheter une maison, donc il n’avait pas les fonds.

Un peu plus tard, j’étais à un dîner avec Norm [Keyes] et Richard [Dinner, de Grants Direct Stable]. Ils me parlaient des yearlings qu’ils avaient achetés et disaient qu’ils auraient aimé investir dans un autre poulain ambleur. Je leur ai alors parlé du petit fils de Meadow Skipper que j’avais acheté avec Stew, et du tiers encore disponible. Je leur ai précisé que je leur vendais sur la parole de Stew : « Je ne l’ai pas vu depuis un moment ; il pourrait être boiteux à cause d’un os cassé ou, avoir un tendon endommagé, je n’en sais rien. »

Norm est rentré chez lui, a vérifié son pedigree, puis m’a appelé le lendemain matin pour dire que si Stew disait qu’il était sain, ils le croyaient — et qu’ils embarquaient. C’est ainsi que le partenariat est né.

C’était un très bon deux ans… il a remporté son dernier départ à deux ans en 1:54 au Kentucky, puis il a gagné la Triple Couronne à trois ans et a amassé près de 2 millions de dollars.

Mais au final, la meilleure chose avec Ralph Hanover, c’est qu’il me faisait toujours paraître très bon ! (rires)

 

JimmyTatker

Jimmy Takter | Entraîneur
Par John Rallis

Ce fut une décision très difficile pour moi, car j’ai eu la chance d’entraîner de nombreux deux ans exceptionnels au fil des années, mais pour moi, le meilleur était Malabar Man.

Quand on considère ce qu’il a accompli avec un conducteur amateur de 56 et 57 ans derrière lui, son histoire devient encore plus remarquable. Malvern Burroughs l’a élevé, possédé et conduit pendant la majeure partie de sa carrière. À deux ans, Malvern était aux guides lors de ses 15 départs, et ils n’ont été battus que deux fois.

Je n’oublierai jamais la Breeders Crown cette année-là [1996]. J’ai reçu un appel avant d’arriver au Canada, car le cheval avait un abcès rempli de pus. Je suis donc monté la veille, mais mon forgeron attendait encore sa carte verte et ne pouvait pas voyager. J’ai trouvé un forgeron au Canada, nous avons travaillé sur le cheval en espérant pouvoir en tirer quelque chose. Nous avons réussi à drainer un peu l’abcès, mais il a ensuite plu énormément à Mohawk et la piste est devenue dure comme de la roche. Malgré tout, il est allé gagner la Breeders Crown.

Qu’il ait ensuite remporté le Hambletonian et connu la carrière qu’il a finalement eue, c’est vraiment quelque chose de spécial. Malvern l’a conduit dans tous ses départs sauf un. La seule fois où j’ai eu la chance d’être aux guides [en course] avec lui, c’était à Lexington, lors de l’avant-dernier départ de sa carrière, et j’ai réussi à gagner avec lui.

Je me souviens aussi de l’époque où il n’était encore qu’un projet d’accouplement. Mal possédait la jument, qui était plutôt ordinaire, et voulait la faire saillir par Armbro Goal. Je lui ai dit : « Je ne sais pas, Mal, tu devrais peut-être la croiser avec Supergill pour ajouter du sang de Stars Pride. » Il m’a écouté, l’a accouplée avec Supergill, et cette décision a tout changé.

Quand j’ai vu Malabar Man pour la première fois en Floride, il avait toutes sortes de problèmes : un abcès pulmonaire, une forte fièvre, et plus encore. Mais il a surmonté tout cela. Il avait une allure magnifique et se déplaçait avec une telle facilité que j’ai toujours eu le sentiment qu’il s’en sortirait. Et ensuite, il est allé tout gagner.

Bien sûr, il n’avait peut-être pas la vitesse brute de certains autres trotteurs que j’ai entraînés, comme Manchego ou Father Patrick — des chevaux avec une vitesse de type Ferrari. Mais c’est justement ce qui le rendait unique.

On a tendance à accorder le plus de valeur aux chevaux les plus naturellement doués, mais je crois qu’il est tout aussi important d’apprécier les chevaux du passé qui ont eu un impact majeur sur le sport. Malabar Man faisait partie de ceux-là — et son talent en était la preuve.

 

JohnKopas

John Kopas | Entraîneur–conducteur
Par Dan Fisher

Une pouliche que j’avais en 1990, du nom de Laugh Line, est la première qui me vient à l’esprit. À ce moment-là, j’étais à mon compte depuis quelques années, et à deux ans, elle a vraiment été une excellente petite pouliche pour moi.

Malheureusement, elle a fait une colique très grave à trois ans… nous avons dû lui retirer une grande partie de l’intestin, et elle n’a plus jamais été la même par la suite. Je crois que nous l’avons retirée après trois ou quatre départs à trois ans, mais il me semble qu’elle a terminé dans les trois premiers environ 18 fois en 22 départs en carrière. Elle a gagné en 1:56 à deux ans, ce qui voulait vraiment dire quelque chose à l’époque.

Je me souviens qu’elle a remporté le Robert Stewart et le Champlain ici… elle a complètement dominé Shady Daisy dans le Champlain. Ensuite, elle a terminé deuxième derrière Miss Easy dans le Sweetheart au Meadowlands, elle a gagné la Countess Adios là-bas, et une autre grande course à Rosecroft — c’était une pouliche exceptionnelle.

La seule que nous n’arrivions pas à battre dans ce groupe, c’était Miss Easy, et je crois qu’elle a été la première pouliche à gagner un million de dollars à deux ans.

Ce n’est pas moi qui l’ai choisie… Glen Brown l’a sélectionnée pour les frères Armstrong, et ils me l’ont confiée à entraîner. Cette année-là, ils avaient trois très bonnes pouliches de deux ans… j’en avais une, Doug McIntosh avait Jollie Dame, et Larry Walker avait Falcons Secret.

Laugh Line n’a pas été facile à débourrer (rires) — comme la plupart des grandes pouliches que j’ai connues… Le premier jour où on lui a mis l’attelage, elle s’est laissée tomber dans son box (rires). J’ai dit : « Laissez-la. Éloignez-vous. Elle va finir par se relever. » Et c’est ce qu’elle a fait. Une heure plus tard, elle avait simplement la tête par-dessus la porte et tout allait bien. Par la suite, elle ne nous a plus causé trop de problèmes.

À son deuxième départ en carrière, à Greenwood, elle a battu le record de la piste — un record que j’avais moi-même établi l’année précédente avec Delinquent Account. C’est d’ailleurs un autre cheval que j’ai envisagé comme réponse ici. Mais j’ai été assez chanceux au fil des ans d’être entouré de nombreux excellents deux ans. Quelques années plus tôt, mon père avait Keystone Wallis, et du côté des trotteurs, j’ai eu The Game Plan… et Raising Rachel ne se débrouillait pas mal non plus. Pas plus que Keystone Horatio… il a simplement eu la malchance d’arriver la même année que Somebeachsomewhere et Shadow Play.

Horatio a remporté son éliminatoire du Battle Of Waterloo à Grand River, et mon père ainsi que George Hempt étaient présents ce soir-là. Mais « Beach » a fait le tour en 1:54 dans son éliminatoire, et mon père nous a regardés, George et moi, en disant : « Je pense que c’est le meilleur cheval que j’aie jamais vu de ma vie. » Et il n’avait pas tort.

 

Rob Fellows

Rob Fellows | Entraîneur, co-propriétaire
Par John Rallis

Au cours de ma carrière d’entraîneur, j’ai eu quelques chevaux de deux ans qui n’étaient pas seulement bons, mais aussi très spéciaux pour nous. Mais si je remonte au début des années 1980, celui qui ressort le plus est Lord Snow.

C’était un poulain par Abercrombie que j’ai acheté en privé et entraîné moi-même. Il a débuté à Greenwood et, lors de son premier départ à deux ans, il ne voulait tout simplement pas avancer. Après ça, je l’ai entraîné très intensément un jour à Mohawk, puis je l’ai expédié au Red Mile pour les Kentucky Sires Stakes. J’ai confié les guides à Don Irvine Jr., et il a gagné en 1:55 — c’était même un record de piste à l’époque.

Malheureusement, il s’est ensuite blessé, ce qui est toute une autre histoire. Mais voir son premier deux ans sortir et accomplir quelque chose comme ça — c’était incroyablement spécial. C’était notre cheval. J’avais travaillé pour d’autres et côtoyé de bons deux ans en développement, mais pour [ma femme] Yolanda et moi, en acheter un nous-mêmes et le voir devenir un bon cheval, ça signifiait énormément. Ça nous a aussi donné la confiance de savoir que nous pouvions rivaliser en entraînant de jeunes chevaux, ce que je pense que nous avons continué à démontrer au fil des ans.

Bien sûr, plus récemment, des chevaux comme A Clean Deal — le deux ans le plus riche que nous ayons eu (454 464 $) — et Willys Home Run, qui a connu beaucoup de succès et qui est le frère de notre trotteur du « free-for-all » [Logan Park], sont probablement les meilleurs que nous ayons eus. Mais Lord Snow, du moins à mes yeux, avait un talent immense. Il n’a simplement jamais eu la chance de le démontrer pleinement après s’être blessé dans un accident dans son box.

Nous avions reçu des offres très sérieuses pour lui après cette victoire à Lexington, mais nous ne voulions pas le vendre. À ce moment-là, je venais de quitter mon emploi chez Tony Kerwood, et je me souviens à quel point c’était significatif d’aller au Kentucky et de courser avec un cheval à nous — et non pour quelqu’un d’autre. C’était un moment vraiment marquant. On a toujours l’impression que ce genre de chevaux n’arrive qu’aux autres — jusqu’à ce qu’on ait sa propre chance.

Nous avons continué à bâtir à partir de là. Nous sommes une écurie de travailleurs, rien ne vient du jour au lendemain, mais aujourd’hui encore, quand je marche dans l’allée de l’écurie et que je regarde les chevaux que nous avons, il m’arrive de me pincer. Et une grande partie de cette confiance a commencé avec Lord Snow.

 

LPR

Louis-Philippe Roy | Conducteur
Par Dan Fisher

Il y en a eu plusieurs qui se rapprochaient beaucoup en termes de talent, mais je dirais probablement que Drawn Impression est celle qui m’a le plus marqué — en partie parce que j’ai été impliqué avec elle dès le début de sa saison à deux ans.

Elle a été vraiment impressionnante lors de ses premiers départs… elle n’a pas couru tant de fois que ça à deux ans [quatre victoires en six sorties], mais je dirais quand même que c’était la plus impressionnante, et la meilleure pouliche de deux ans que j’ai conduite.

Je ne vais pas à la ferme de Luc [l’entraîneur Blais] pour aider à l’entraînement, mais lorsqu’il commence à les amener à Mohawk, il m’appelle parfois pour aller en conduire quelques-uns. Je ne me souviens pas exactement de la première fois où je me suis assis derrière elle, mais je me rappelle quand elle a commencé à partir derrière la barrière… Elle était un peu limite, elle pouvait devenir hot parfois, alors on a pris notre temps et on s’est assurés de ne pas partir trop vite avec elle. Elle finissait toujours très fort et dépassait tout le monde avec une facilité déconcertante.

Elle était tellement mature et professionnelle — on aurait dit une quatre ans courant contre des deux ans, surtout lors de ses premières qualifications et courses.

C’est ce qui la rendait si spéciale : elle était déjà très professionnelle dès le départ.

Même lorsqu’elle a remporté la finale du Peaceful Way [par 4 ¾ longueurs à son troisième départ en carrière], ce n’était pas seulement la victoire en soi, mais la façon incroyablement facile avec laquelle elle l’a fait. Chaque fois que j’étais derrière elle, je me demandais jusqu’où elle pourrait aller.

Elle faisait tout avec une telle facilité — même dans la finale du Peaceful Way — c’était le genre de départ où je me disais : « Mon Dieu, elle pourrait bien être le meilleur cheval que je conduirai de ma vie ! » C’est pour ça que, dans mon esprit, c’est la meilleure deux ans que j’aie jamais conduite.

J’ai aussi conduit Gaines Hanover et j’ai remporté une Breeders Crown avec lui à deux ans, mais j’ai commencé avec lui un peu plus tard dans la saison, donc je n’ai pas créé le même lien avec lui depuis la première qualification comme avec elle. Cela dit, il fait certainement partie des meilleurs deux ans que j’ai conduit, et peut-être que si je l’avais eu dès le début, ma réponse serait différente. C’est particulier comme ça, mais quand on commence avec eux tôt, on se sent plus impliqué dans leur développement, donc c’est probablement en partie pour ça que je considère Drawn Impression comme le deux ans le plus impressionnant que j’aie conduit.

 

John Bax

John Bax | Entraîneur
Par John Rallis

Il y a plusieurs façons de voir les choses, et c’est difficile de comparer des chevaux de différentes générations, alors j’ai quelques réponses.

Si je remonte un peu dans le temps, Pepi Lavec a peut-être été le premier grand deux ans que j’ai entraîné, vers 2001. Elle a bien performé tôt dans la saison, puis a connu un passage à vide au milieu de l’année, avant de redevenir la meilleure vers la fin de la saison. En fait, elle traversait simplement une poussée de croissance, et c’est ce qui l’a affectée. Une fois cette étape passée, elle est redevenue excellente, et cela s’est poursuivi à trois ans. Malheureusement, elle a contracté une maladie grave à London, autour du moment de l’encan, ce qui lui a coûté très cher. Sinon, elle aurait facilement dépassé le million de dollars à trois ans.

Elle était par Mr Lavec, d’une jument par Balanced Image, et elle avait ce même désir propre aux Balanced Image. Elle a terminé troisième dans les Hambletonian Oaks [derrière Windylane Hanover et Cameron Hall]. Elle était vraiment de ce calibre.

La plupart du temps, cependant, on ne sait pas vraiment ce qu’on a entre les mains avant qu’ils arrivent en course, affrontent d’autres chevaux et démontrent leur volonté de se battre.

En parlant des Hambletonian Oaks, une autre pouliche qui était peut-être tout aussi bonne que Pepi Lavec est Righteous Resolve [également troisième dans les Oaks, derrière Heaven Hanover et Bond]. Elle est revenue de Floride comme une bonne pouliche, mais la première fois que Paul MacDonell l’a conduite, lors de son tout premier départ en carrière, elle est revenue en :27.1 après avoir été loin du peloton pour gagner. Tout ce qu’on a pu dire, c’est : « Wow, d’où ça sort ça ? »

Autant Righteous Resolve que Pepi Lavec savaient qu’elles étaient bonnes. Quand elles entraient sur la piste, elles avaient cette présence, cette allure — elles avaient l’air de la partie. Elles prenaient aussi soin d’elles-mêmes, et c’est drôle comme les très bons chevaux ont tendance à faire ça.

Righteous Resolve a d’ailleurs fait une colique en Floride entre ses saisons de deux et trois ans, mais elle s’en est remise. Nous n’en avons pas beaucoup parlé à l’époque, mais quand on pense à ce qu’elle a traversé et à la façon dont elle est revenue, c’est encore plus révélateur de son talent.

Je savais que j’allais recevoir du crédit pour son succès puisque j’étais l’entraîneur, mais pour être honnête, c’est elle qui me faisait bien paraître (rires).

Honnêtement, à l’époque moderne, je dirais que Righteous Resolve est probablement la plus impressionnante des deux. Elle ne l’a pas fait seulement pendant une ou deux courses : elle a maintenu ce niveau de brillance tout au long de sa saison de deux ans.

 

Brian Sears

Brian Sears | Conducteur
Par John Rallis

Sans aucun doute, la réponse est Muscle Hill. Je me souviens quand il avait deux ans et qu’il se qualifiait à Gaitway Farm. J’étais derrière Salutation Hanover [pour Mickey Burke], et juste après le fil d’arrivée, j’ai pu voir à quel point il trottait bien. J’ai dit à Greg Peck [qui conduisait Muscle Hill et avait terminé deuxième derrière Salutation Hanover dans cette qualification] : « Tu devrais vraiment me le confier la semaine prochaine. » J’avais tout simplement l’impression qu’il avait l’étoffe de quelque chose de spécial.

Et voilà qu’une semaine plus tard, j’étais inscrit derrière lui pour une qualification au Meadowlands — et la suite appartient à l’histoire. Je me souviens qu’il a gagné cette qualification en 1:59, mais avec une telle facilité [par 11 ¼ longueurs]. Parfois, les gens se fixent sur la vitesse, pensant qu’il faut aller vite dès le départ pour prouver sa valeur, mais je n’ai jamais vraiment adhéré à cette idée.

On ne veut jamais s’emballer trop tôt avec un cheval, mais lui était de ceux qui vous donnent la confiance nécessaire pour en parler avec certitude. Je savais qu’il avait le talent pour devenir l’un de ces chevaux générationnels, et c’est exactement ce qui s’est produit.

Sa seule défaite en carrière est survenue lors de son tout premier départ [où il accusait 11 ½ longueurs de retard au quart de mille et a été battu par un nez], mais il avait tout de même été très impressionnant ce soir-là malgré la défaite. Par la suite, il a tout gagné — et aucun cheval n’a même réussi à le rejoindre au fil d’arrivée. Il a poursuivi sur sa lancée après sa saison de deux ans et est demeuré invaincu à trois ans, incluant une victoire dominante [par six longueurs] dans le Hambletonian.

Je n’avais jamais remporté cette course auparavant dans ma carrière, alors le fait qu’il m’ait permis d’y parvenir a rendu ce moment encore plus spécial. J’ai eu la chance de conduire de nombreux deux ans talentueux, mais aucun ne se compare à Muscle Hill.

Cet article a été publié dans le numéro de mai de TROT Magazine. Abonnez-vous à TROT aujourd'hui en cliquant sur la bannière ci-dessous.

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