Trevor Henry: Pas à la retraite simplement un pas de recul

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Vers la fin d’un reportage que TROT lui consacrait dans notre numéro de janvier 2017, Trevor Henry évoquait la possibilité de lever le pied un jour comme conducteur, pour se consacrer plutôt à l’entraînement de quelques jeunes chevaux. Il avait alors confié au journaliste Keith McCalmont : « Qui sait, peut-être qu’un jour je ferai ça au lieu de driver. Je ne pense pas que je vais conduire après 55 ans. » Pure coïncidence : après avoir récemment entendu des rumeurs selon lesquelles le gagnant de 7 869 courses et de plus de 86,8 millions de dollars en bourses envisageait une semi-retraite, nous nous sommes assis avec Trevor, à sept semaines de son 55e anniversaire, pour lui demander de nous en parler. Les rumeurs étaient fondées : à compter de l’automne 2026, Trevor Henry ne conduira plus à l’année à Mohawk Park. Lui et son épouse Shannon prendront plutôt la direction de la Floride avec une écurie de jeunes chevaux, laissant derrière eux les hivers rigoureux d’Arthur, en Ontario. Un rêve devenu réalité pour ce couple qui s’est rencontré à l’adolescence et qui adorait passer les hivers en Floride, il y a des années, avant que leurs enfants soient d’âge scolaire. Cela ne signifie toutefois pas qu’ils voient l’avenir de notre sport en rose. Comme bien d’autres, Trevor nourrit de sérieuses inquiétudes quant à la direction que prend l’industrie, et il a profité de l’occasion pour exprimer son point de vue sur cet enjeu crucial. Par Dan Fisher. Traduction Manon Gravel.

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« Vous savez, on a arrêté d’aller en Floride il y a longtemps à cause des enfants, a lancé Trevor en plaisantant. Et maintenant qu’on en est débarrassés, on peut enfin y retourner », a-t-il ajouté en riant.

Un père profondément attaché à ses enfants, Trevor plaisante — du moins en partie — en parlant d’en être « débarrassé ». Mais lui et Shannon sont effectivement devenus des parents dont les enfants ont quitté le nid.

« Ty a maintenant 29 ans et Tess en a 25. Elle se marie en mai et ils ont tous les deux leur propre chez-soi, alors j’imagine que ça nous donne la liberté de retourner vers le sud. »

« Mon père, Ross, avait une ferme à Okeechobee… on y travaillait pour lui tous les hivers. J’ai même conduit quelques chevaux à Pompano pour lui dans les années 90 », raconte Trevor.

« Ty est né en 1996 et on a continué à descendre jusqu’à ce qu’il soit assez vieux pour commencer l’école. Après ça, on est restés à la maison. »

« C’est d’ailleurs comme ça que Trevor et moi avons commencé à entraîner ensemble, explique Shannon. Son père était vraiment fâché quand on a dit qu’on ne descendrait plus en Floride l’hiver. Ils voulaient que je retire Ty de l’école ici en cours d’année pour l’inscrire là-bas — j’ai refusé. Ça a causé toute une dispute… Ross et moi ne nous sommes même pas parlés pendant un certain temps », se souvient-elle.

« Puis un jour, quand il a compris que j’étais très sérieuse, il s’est présenté chez nous et a dit : “Combien de chevaux dois-je laisser ici pour que vous les entraîniez ?” C’est comme ça qu’on a lancé notre écurie ensemble », ajoute Shannon en souriant.

Trevor Henry est effectivement issu d’une famille de courses sous harnais. Ses parents, Ross et Joyce, ses frères Wayne, Paul et George — tous actifs dans l’industrie — ainsi que sa sœur Sharon, qui a choisi l’immobilier, composaient un clan profondément enraciné dans le milieu. Grandir dans cet univers, souvent derrière des chevaux au tempérament difficile ou aux allures imparfaites, a contribué à le mener au sommet de son sport.

« On élevait beaucoup de chevaux pour les OSS à l’époque et mon père m’a énormément appris sur les trotteurs », raconte ce professionnel solide et parfois discret. « C’est Bill Cass qui a convaincu mon père d’acheter sa première part dans un cheval — c’est de là que viennent nos couleurs familiales, le jaune et le brun. L’écurie et l’hippodrome étaient les deux seuls endroits que je fréquentais quand j’étais jeune… c’est tout ce que j’ai toujours voulu faire. »

« J’ai toujours adoré Orangeville. C’était une piste formidable pour moi quand j’étais jeune… on y allait tous les dimanches après-midi et les jeudis. J’adorais cet endroit. »

« À part mon père, ceux que j’admirais le plus étaient Ray McLean et Bud Fritz. On allait souvent à Elmira et ils y étaient aussi. J’ai fini par courir contre eux, ce qui était assez spécial. Ray était un excellent conducteur, mais je vous le dis, Bud était coriace à affronter. Disons qu’il utilisait toute la largeur de la piste », lance Trevor en riant. « Si vous vouliez le dépasser, il fallait vraiment sortir un tour de magie. »

« À un moment donné, on avait jusqu’à 70 chevaux à la ferme », dit-il fièrement. « Tous des trotteurs. Et ils n’étaient pas toujours beaux à voir », ajoute-t-il en riant. « Mais ça fait de vous un meilleur conducteur, c’est certain… être derrière des chevaux à l’allure instable qui se mettent au galop partout sur la piste… j’ai connu ça. Je les entraînais le matin et je les conduisais le soir. J’ai eu beaucoup de pratique. »

Toute cette expérience a porté fruit. Si, au cours des 15 à 20 dernières années, la majorité des chevaux qu’il a conduits avaient de meilleures manières que ceux de ses débuts, il y a quelques années à peine, une trotteuse au caractère bien trempé lui a permis de mettre à profit tout ce qu’il avait appris — comme conducteur, mais aussi comme propriétaire. En fait, c’est grâce à son habileté avec les trotteurs « à sang chaud » que son nom s’est retrouvé sur les papiers de propriété de l’un des meilleurs chevaux auxquels il ait été associé.

À l’automne 2018, l’entraîneur Jeff Gillis s’est vu confier une pouliche trotteuse de trois ans par Donato Hanover nommée Hey Livvy. Elle avait énormément de vitesse, mais peu de manières — sauf lorsque Trevor Henry était aux guides.

« Elle n’était pas facile. Très difficile à conduire, mais c’est comme ça que j’ai obtenu les drives avec elle », raconte-t-il.

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Et, comme il s’est avéré, c’est aussi comme ça qu’il est devenu copropriétaire.

« Personne ne voulait vraiment la conduire, mais moi, je m’entendais assez bien avec elle », dit Trevor, minimisant son rôle. « Finalement, Blue Chip m’a donné une part. Alors je devais la conduire… quand ton nom est sur les papiers, tu ne peux pas te désister. Ça a plutôt bien fonctionné pour tout le monde », sourit-il.

Un autre euphémisme : la jument a amassé 864 743 $ en carrière, remportant plusieurs épreuves dans le Preferred et l’Open à Mohawk Park et à Yonkers, ainsi que les Armbro Flight Stakes (220 000 $) à Mohawk, avec le copropriétaire Henry aux commandes, lors de la soirée de la « North America Cup » 2020.

Un an plus tard, toujours lors de la soirée de la N.A. Cup, Trevor remportait la plus grande victoire de sa carrière — cette fois avec Desperate Man, le cheval familial de leurs proches amis John et Kathy Cecchin, ainsi que Paul et Nikki Davies.

« C’était un de ces moments où tout s’aligne, vous savez ? Les étoiles se sont enlignées. C’était l’année de la COVID, plus tard en saison. Il a eu un parcours parfait… ça ne pouvait pas mieux tomber. Dougie McNair m’a laissé passer devant lui (avec Jimmy Connor B) et j’ai simplement suivi David Miller et Perfect Sting tout le mille… C’était juste un de ces soirs où tout fonctionne. Et ça ne pouvait pas arriver à un meilleur groupe de personnes. »

Au cours de la dernière décennie, Trevor Henry s’est surtout fait connaître pour ses participations aux grandes finales et pour avoir remporté la plus prestigieuse course du Canada. Pourtant, contrairement à plusieurs figures dominantes du circuit, il n’est devenu un régulier du circuit A canadien qu’à l’âge relativement tardif de 43 ans — ce n’est pas faute de succès auparavant, mais plutôt parce qu’il en avait trop sur le circuit B pour le quitter.

Multiples titres de conducteur à Western Fair, Grand River et Clinton, il accumulait les victoires.

« Je gagnais beaucoup de courses année après année, alors on ne pense pas à partir. Pourquoi changer une formule gagnante ? À un moment donné, j’allais à la fois à Western Fair et à Flamboro parce qu’on me le demandait… mais ça devenait trop. »

En octobre 2014, Trevor a décidé de courir à temps plein sur le circuit de Woodbine Entertainment Group. Il en avait assez de passer d’une piste à l’autre et de courir tous les soirs de la semaine. L’abolition du programme des machines à sous aux hippodromes a également joué un rôle dans sa décision.

« Quand le gouvernement est intervenu, je me suis dit que si je voulais gagner ma vie dans ce sport, il fallait que je fasse un changement, que j’aille conduire à Woodbine et à Mohawk pour courir pour de meilleures bourses », explique-t-il.

La transition s’est faite presque sans heurt pour ce talent naturel, dont les gains annuels en bourses sont passés d’un sommet de 3,4 millions de dollars (en 2012 et 2014) à 4,3 millions en 2015, puis à 5,1 millions l’année suivante. La saison 2015 a marqué le début d’une séquence de neuf années consécutives durant lesquelles les gains de Trevor ne sont jamais descendus sous la barre des 4,2 millions de dollars.

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Son succès sur le grand circuit n’a surpris personne. Dans le reportage de TROT en 2017, il expliquait ainsi à McCalmont : « Honnêtement, c’est parfois plus difficile sur les petites pistes. Ici [WEG], tout le monde est un très bon driver et on sait à quoi s’attendre… alors que sur les petites pistes, ça peut être plus compliqué quand on n’a aucune idée de ce que les autres vont tenter de faire ! »

Trevor n’a jamais oublié ceux qui l’ont aidé à réussir sa transition vers le circuit WEG.

« Richard [Moreau] me faisait beaucoup confiance à ce moment-là, puis après ma première année là-bas, Mike Weller était en feu et j’ai commencé à conduire pour lui et pour Victor Puddy. »

« Mike était un sacré bon gars. On était de très bons amis. Il a eu un cancer… je crois que c’était aux intestins. Il a suivi tous les traitements de chimio et tout le reste, mais finalement la maladie l’a emporté », raconte Trevor, la voix légèrement voilée.

« Puis, éventuellement, j’ai récupéré l’écurie de Bob », ajoute-t-il, le ton retrouvant un peu de légèreté en évoquant le moment où il est devenu le conducteur principal du double intronisé au Temple de la renommée, Bob McIntosh.

« C’était un bon client à décrocher », dit-il en souriant. « Un soir, il m’a inscrit sur L A Delight. Randy [Waples] la conduisait habituellement… je ne sais pas trop ce qui s’est passé, mais Bob m’a donné la drive. Je pense que j’ai gagné avec elle ce soir-là, et il a commencé à m’inscrire sur d’autres de ses chevaux. »

Lauréat de la Coupe Lampman en 2019, à titre de meneur chez les conducteurs du programme Ontario Sires Stakes, et régulièrement parmi les cinq meilleurs du circuit, Henry prévoit continuer à être un habitué des OSS et de Mohawk — juste pas l’hiver.

« Je vais continuer à conduire nos chevaux, et pour tous ceux qui voudront m’inscrire quand on sera ici », précise-t-il.

Avec des gains annuels toujours tout près de 4 millions de dollars ces dernières années, on ne peut certainement pas dire que le sport l’a dépassé.

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« Je sais que je suis encore capable de conduire », lance Trevor en souriant. « Mais bon, on vieillit un peu… et comme l’autre soir avec le Grec, on réalise qu’on ne rebondit plus comme avant », dit-il en référence à l’accident du 11 janvier à Mohawk qui a vu le conducteur Chris Christoforou subir plusieurs fractures à la jambe et à la cheville.

Tout bien considéré — l’âge de leurs enfants, leur attachement à la Floride, leur passion pour les jeunes chevaux et l’endroit où Trevor se situe dans sa carrière — le timing était parfait lorsque lui et Shannon ont récemment reçu un appel d’un vieil ami, Robert Schlegel de Glenview Livestock.

« Robbie et moi, ça remonte à loin », souligne Trevor. « Il y a des années, quand je connaissais beaucoup de succès sur les petites pistes pour l’entraîneur Paul Taylor, la plupart des chevaux appartenaient à Glenview Livestock. Ils investissaient et achetaient de bons chevaux, et c’est ce qui nous donnait les moyens de réussir. »

« Il nous a récemment contactés pour savoir si on serait intéressés à entraîner des poulains pour lui en Floride durant l’hiver. On va donc y descendre avec quatre des nôtres, et probablement une dizaine pour lui… il a plusieurs produits de son élevage, mais je pense qu’on ira aussi aux encans pour regarder quelques trotteurs. »

« Honnêtement, on a été un peu surpris qu’il nous le propose, mais le moment semblait juste », ajoute Trevor.

Shannon Henry, la meilleure amie et partenaire de Trevor depuis l’adolescence, partage son enthousiasme.

« Je suis heureuse pour nous, mais je suis surtout heureuse pour Trevor », confie Shannon, qui a rencontré son mari alors qu’ils avaient 16 ou 17 ans. Elle fréquentait Flamboro Downs avec son amie Patty Budd (aujourd’hui Pereira), tandis que Trevor travaillait pour le père de Patty, Billy, et vivait dans une roulotte à la ferme des Budd.

« Il a vécu cette vie à haute intensité, toujours à la course, pendant si longtemps. Il a besoin de ça pour son bien-être à lui. Je suis contente qu’il le fasse, parce qu’il va enfin avoir un peu plus de vie en dehors des courses. Il va pouvoir profiter davantage des bonnes choses », explique-t-elle.

À la question de savoir si Trevor est du type fort et silencieux, peu démonstratif, et si ce tempérament peut peser lourd pour un catch-driver, Shannon acquiesce.

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« C’est pour ça que je dois être la “méchante” de la famille », dit-elle en riant. « Mais je le pense vraiment. Parfois, je dois défendre mon homme », ajoute-t-elle avec sincérité.

« Il encaisse parfois les défaites plus durement qu’il ne le laisse paraître, et il devient silencieux à la maison… il peut être très exigeant envers lui-même. Par contre, quand il gagne une grande course, on va encore regarder la reprise trois mois plus tard », dit-elle en riant. « Mais il ne manque jamais rien. Il voit tout ce qui se passe dans chaque course, parce qu’il les analyse constamment. Et je sais quand ça ne va pas. Alors, à un moment donné, je lui demande : “Qu’est-ce qu’il y a ?” »

« Il va dire : “J’aurais pu mieux conduire celui-là”, et ainsi de suite. Moins maintenant qu’il est plus âgé, mais il fut un temps où ça l’affectait vraiment. Ou encore, quand quelqu’un lui retirait une « drive », ça le dérangeait beaucoup… aujourd’hui, moins. Il ne disait jamais rien, mais moi, je le savais. »

« Alors oui, c’est le temps pour lui de vivre moins de stress. Et il va probablement encore plus apprécier de conduire seulement au printemps, à l’été et à l’automne. »

« Vous savez, c’est aussi notre forgeron… peu de gens le savent. Il ferre tous nos chevaux lui-même. Donc sa journée ne se termine pas quand l’entrainement est fini. Il doit encore en ferrer un ou deux, puis aller conduire toute la soirée. Et avant même de s’en rendre compte, c’est déjà le lendemain. La plupart des autres drivers ont un jour ou deux de congé quand Mohawk est fermé… pas Trevor », déplore Shannon.

Prendre un peu de recul, passer les hivers dans le sud et entraîner des jeunes chevaux avec sa femme semble être une décision judicieuse pour garder Trevor Henry frais et motivé dans le sport qu’il aime — et qu’il aime profondément. À tel point qu’il s’inquiète sérieusement de l’avenir des courses et de ce qui est fait — ou non — pour en assurer la pérennité.

« Il n’y a aucun changement dans notre sport. Regardez les autres ligues — le football, le baseball — elles évoluent avec leur époque. Nous, on ne change rien pour attirer les gens à l’hippodrome. On dirait presque qu’on ne veut pas de spectateurs. On entend tellement d’histoires de gens qui y vont et qui sont mal reçus — le service à la clientèle est épouvantable. »

« En fait, si quelque chose a changé, c’est pour le pire. La façon dont on traite nos clients a régressé. Des gens m’ont raconté que l’hospitalité sur certaines pistes est tellement mauvaise que c’en est ridicule. »

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« Personne ne semble travailler ensemble pour améliorer les choses non plus. À Grand River, il y a la “Journée de l’industrie”, n’est-ce pas ? Avant, aucune autre piste ne courait ce jour-là, alors tout le monde pouvait s’y rendre pour célébrer et regarder les courses — les palefreniers, les entraîneurs, tout le monde. Pourquoi ne pas faire ça un dimanche ? Quand Mohawk ne course pas. Personne d’autre ne courrait non plus. On pourrait commencer à 16 h, terminer à 20 h, puis offrir des feux d’artifice et un groupe de musique. En faire une vraie fête. Ou même, si on veut la garder le lundi… eh bien que Mohawk soit fermé ce soir-là. Travaillons ensemble. De toute façon, l’argent va maintenant dans le même pot, alors pourquoi ne pas unir nos efforts ? »

« Je ne blâme aucune piste ou groupe en particulier. Je dis simplement qu’on doit travailler ensemble comme industrie. »

« C’est la même chose pour la soirée de la North America Cup. Pourquoi d’autres pistes doivent-elles courir ce soir-là ? Il n’y a aucune raison que Georgian, Hanover ou qui que ce soit d’autre présente un programme cette soirée-là. L’argent va dans la même poche de toute façon… Qu’est-ce que ça leur rapporte vraiment à Hanover ce samedi-là ? Presque rien. Et ceux qui sont à ces pistes ce soir-là, ils regardent Mohawk à la télé de toute façon. S’ils n’avaient pas de courses locales, ils viendraient peut-être à Mohawk en personne, et on aurait une foule plus importante. Plus de monde, plus d’action, plus d’ambiance, plus d’excitation. Et peut-être que ces gens reviendraient avec des amis — si la bière ne coûtait pas 15 $ la bouteille. Vous voyez ce que je veux dire ? »

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« On se pose tous ces questions, mais personne n’en parle vraiment ni ne fait quoi que ce soit. On peut aller à Clinton un dimanche après-midi et boire une bière à 5 $, alors pourquoi est-ce si cher ailleurs ? »

« Le problème, c’est que trop de décideurs n’ont rien à perdre personnellement. On dirait que plusieurs se contentent d’encaisser leur chèque et de rentrer à la maison. Mais où en sera-t-on dans 10 ou 20 ans si ça continue ainsi ? »

« Je me souviens d’une Journée de l’industrie à Grand River, il y a des années — on ne pouvait même pas circuler tellement il y avait de monde. J’étais à Greenwood quand Apaches Fame a gagné la N.A. Cup, et on restait pris dans le trafic pendant 30 minutes juste pour entrer sur le site. »

« Regardez la « Confederation Cup ». Je me rappelle les fêtes dans le « back stretch » à cette époque. On disait que Charlie [Juravinski] était « cheap » avec l’argent. Eh bien, je vous garantis qu’on aimerait qu’il soit encore là aujourd’hui. Le jour de la Confederation Cup, on recevait un coupon pour une caisse de bière gratuite si on avait notre écurie sur place. Tout le monde en recevait une. Ils voulaient créer une grande fête — c’est la pure vérité. »

« J’ai gagné cette course deux fois [avec Western Fame en 2017 et Fourever Boy en 2023], et quand on regarde vers le tarmac aujourd’hui, c’est presque gênant. Je me souviens quand les gens étaient alignés tout le long de la clôture extérieure et qu’il y avait une immense fête après les courses. Maintenant, il n’y a plus personne. On finit la course, on monte dans le camion et on rentre à la maison. Il n’y a aucune bonne excuse pour ça — c’est vraiment triste. »

« Je sais que ça ne redeviendra jamais exactement comme avant, mais avec les paris sportifs et toute la concurrence, c’est encore plus une raison de remplir les estrades — au moins lors des grandes soirées. Il n’y a aucune raison pour que ce soit impossible. »

« C’est pareil pour la soirée des Prix O’Brien — Mohawk ne devrait pas courir ce soir-là. On annonce maintenant trois finalistes par catégorie. Si on ne courait pas le soir du gala national, on n’aurait pas à s’inquiéter de remplir les tables. »

« C’est censé être une soirée pour les gens de chevaux. Alors pourquoi ces gens-là travaillent-ils ce soir-là ? C’est une seule soirée par année — une soirée de remise de prix. Regardez quelqu’un comme Travis Cullen — sa mère et l’un de ses chevaux étaient finalistes, et lui était à Mohawk. Parce qu’il doit y être, n’est-ce pas ? Ils manquaient de chevaux pour compléter le programme, alors ils l’ont appelé. Encore une fois, on ne réussit pas à s’entendre. Pourquoi Woodbine et Standardbred Canada ne pourraient-ils pas collaborer une seule soirée par année ? On peut bien prendre un samedi soir de congé par année ? »

« Imaginez si la LNH présentait des matchs le soir de la remise du trophée Hart et des autres grands honneurs. Ce serait la chose la plus ridicule qu’on puisse imaginer », affirme-t-il avec conviction.

Trevor Henry se soucie profondément de son industrie. S’il n’y tenait pas autant, cet homme plutôt discret ne se serait pas exprimé avec autant de passion sur ces préoccupations — et plusieurs autres — qu’il juge bien réelles pour l’avenir des courses.

Pour l’instant, lui et Shannon se concentrent sur leur nouveau partenariat avec Glenview Livestock et sur leur retour en Floride l’hiver prochain — une première en 25 ans — pour entraîner des jeunes chevaux.

Pour Shannon, cette association avec Robbie Schlegel est tout simplement écrite dans le ciel.

« Le grand-père de Robbie, Waz (Bill Weitzel), adorait Trevor, et sa course de rêve était le Battle of Waterloo. Quelques années après son décès, Trevor l’a gagné avec Bronx Seelster, et la mère de Robbie est venue dans le cercle des vainqueurs en pleurant à chaudes larmes — je ne l’oublierai jamais. »

« Trevor est un homme de trotteurs, et sa course de rêve, c’est le Hambletonian. Peut-être que ce n’est qu’un rêve qu’il puisse le gagner un jour avec le petit-fils de Waz, mais Trevor ne pensait pas non plus qu’il gagnerait la N.A. Cup… alors on ne sait jamais », conclut-elle.

Cet automne, le couple complice prendra donc la route vers une nouvelle écurie en Floride, prêt à amorcer un nouveau chapitre avec une douzaine de jeunes chevaux. Et avec leurs échanges taquins habituels, il y a fort à parier que l’ambiance y sera animée.

À la question de savoir qui est le patron à l’écurie, ils répondent en même temps :

Shannon : « Moi. »

Trevor : « Je la laisse croire que c’est elle. »

Et à l’extérieur de l’écurie ?

Trevor répond : « Pareil. Je suis comme… un taureau qu’on pousse — je vais là où on me mène. »

Shannon roule des yeux et conclut : « Quel idiot. »

 

Cet article a été publié dans le numéro de mars de TROT Magazine. Abonnez-vous à TROT aujourd'hui en cliquant sur la bannière ci-dessous.

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