Une histoire, deux nations…
Le samedi 31 janvier, lors du gala des prix O’Brien, l’invaincu phénomène de deux ans de 2025, Beau Jangles, a reçu le prix Somebeachsomewhere à titre de Cheval de l’année au Canada.
Le dimanche 22 février, au banquet des Dan Patch Awards, il est devenu le premier poulain de deux ans, toutes allures confondues, à être nommé Cheval de l’année à la fois au Canada et aux États-Unis au cours d’une même saison.
Vainqueur de 12 courses en 12 départs en carrière, avec des gains de 1 688 750 $, il est évidemment grandement apprécié dans les deux pays et, peu importe qu’on le considère davantage canadien ou américain, le moment ne pourrait être mieux choisi pour que les deux nations trouvent enfin un point d’entente.
Il faudrait vivre sous une pile de roches pour ignorer que, en raison des tarifs imposés au Canada par le gouvernement fédéral américain, de la rhétorique du « 51e État » et du « Jeu de coudes », ainsi que d’une multitude d’autres enjeux, ces amis et alliés de longue date — qui partagent la plus longue frontière non défendue au monde — ne se sont pas retrouvés en si grand désaccord depuis la guerre de 1812.
Le nombre de Canadiens voyageant aux États-Unis a chuté considérablement au cours de la dernière année; plusieurs produits, comme le vin américain, ont été retirés de nos tablettes; des dirigeants des deux côtés de la frontière se sont attaqués dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux; et les rapports faisant état d’une tension accrue entre citoyens des deux pays se sont multipliés.
Et qu’en est-il dans le monde du sport ?
La rivalité canado-américaine en hockey féminin a toujours été vive, mais tout de même empreinte d’un certain respect. La semaine dernière, toutefois, à la télévision sur NBC, j’ai entendu plusieurs joueuses américaines confier à l’acteur et fin gourmet américain Stanley Tucci qu’elles n’aimaient vraiment pas leurs rivales canadiennes.
Les gardiens de but des équipes nationales masculines — Jordan Binnington pour le Canada et Connor Hellebuyck pour les États-Unis — ont également admis éprouver une réelle antipathie l’un envers l’autre.
Et lors du Duel des 4 Nations au hockey masculin, tenu en février 2025, des partisans canadiens et américains ont carrément hué l’hymne national de l’équipe adverse. Puis, dès la mise au jeu entre les deux formations lors du tournoi à la ronde, trois bagarres ont éclaté dans les neuf premières secondes du match — un phénomène très rare en hockey international.
Même lors du récent match pour la médaille de bronze en curling féminin aux Jeux olympiques d’hiver de Milano-Cortina 2026, opposant le Canada aux États-Unis, les partisans des deux nations — bien que cordiaux dans une certaine mesure — se sont montrés beaucoup plus hostiles les uns envers les autres qu’ils ne l’auraient été par le passé.
Alors, où se situe Beau Jangles dans tout cela?
Justement — il ne se situe nulle part.
Élevé, engendré, entraîné et conduit par des Canadiens, mais de propriété entièrement Américaine, Beau est véritablement un « double citoyen » qui vit en Floride de novembre à avril et en Ontario de mai à octobre — et, comme mentionné, il a récemment été nommé Cheval de l’année dans les deux pays.
C’est d’ailleurs tout à fait approprié, car les courses de Standardbred en Amérique du Nord, comme plusieurs l’ont déjà dit, n’ont réellement pas de frontières. Et, surtout de nos jours, c’est quelque chose dont je suis particulièrement fier.
La plupart des gens de chevaux américains sont sincèrement heureux pour leurs voisins du Nord lorsque nous remportons les plus grandes courses, tout comme nous le sommes pour eux. Je l’ai vu et je l’ai vécu pendant des années — et cela existe encore aujourd’hui.
C’est aussi une réalité dont bien des Canadiens et des Américains à l’extérieur de notre industrie pourraient s’inspirer.
Nos gouvernements font ce qu’ils ont à faire, mais que des citoyens en viennent à huer les hymnes nationaux de l’autre lors du 4 Nations en février dernier représente, à mes yeux, un creux historique pour deux pays qui ont combattu côte à côte durant les deux guerres mondiales, et à maintes reprises depuis.
Peut-être que, dans une certaine mesure, une superstar équine à double citoyenneté comme Beau Jangles pourrait contribuer à apaiser les choses au-delà de notre industrie?
Dans l’espoir qu’il puisse devenir l’un des nombreux petits ponts à bâtir entre les deux pays, je lui ai écrit son propre petit hymne. Il est composé sur l’air de la célèbre chanson Mr. Bojangles, du Nitty Gritty Dirt Band, et ça donne ceci…
« J’ai connu un cheval Beau Jangles » :
I knew a horse Beau Jangles and he'd win for you,
In four steel shoes.
His trainer had silver hair, and baggy pants,
He was a vet, too.
He paced so fast - he paced so fast,
And then he'd leave them in his dust.
He said his name "Beau Jangles" and he paced a lick,
Across the wire.
He grabbed the bit and then he’d split, oh he’d almost fly,
And then he showed them his heels.
He let go a neigh - he let go a neigh,
Left jaws dropped all around.
Mr. Beau Jangles, Mr. Beau Jangles,
Mr. Beau Jangles, win.
He raced for those at harness shows not county fairs,
In the north and south.
They’d recall through tears throughout the year how his team and him,
Travelled about.
The team was so proud, they were so proud…
And for many years they’ll be… be…
Mr. Beau Jangles, Mr. Beau Jangles,
Mr. Beau Jangles, win.
P.S. On est quand même meilleurs au hockey.
Dan Fisher
[email protected]