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De Gaspé au sommet

Trot Feature - Dr. John Bradbury

Lorsque le Dr John Bradbury a acheté sa première poulinière, tout comme la plupart des éleveurs, il avait de grands espoirs.

Mais rien ne pouvait préparer ce Québécois de naissance à la sacrée aventure de sa vie, expérimentée en un temps record. Par Paul Delean // Traduction Louise Rioux

Il faudrait dire que John Bradbury connaît un départ plutôt enviable en sa qualité d’éleveur de standardbred.

Son premier poulain issu de son unique poulinière, a gagné la course la plus riche pour ambleurs de deux et trois ans d’élevage québécois, y ajoutant la finale de l’Ontario Sires Stakes Grassroots cette année, à trois ans. Bradbury est aussi propriétaire du cheval gagnant de plus de 120 000 S jusqu’à maintenant.

Son nom est Wildriverbumblebee, et a amené Bradbury, un vétérinaire de 37 ans, du village de Cookshire-Eaton, dans les Cantons de l’Est du Québec, à vivre toute une aventure qui dure depuis deux ans.

Le cheval est devenu une célébrité dans la région de Gaspé, lieu d’origine de Bradbury, et aussi là où la plupart de ses proches vivent encore, et où aussi il y a habituellement un grand nombre de supporteurs, partout où il course. « Ma sœur, Jane, directrice d’école, a conduit pendant 17 heures, de Gaspé avec son mari, pour le voir dans la finale Grassroots, » de dire Bradbury. « Sivous regardez ses photos prises dans le cercle du vainqueur, elles sont généralement bondées. Nous étions une trentaine à l’Hippodrome 3R pour la Coupe de l’Avenir. » De tels événements sont aussi significatifs pour moi que la bourse. On dirait une réunion familiale. »

Natif de Pabos, dans la région de Gaspé, il est parfaitement bilingue et fut initié aux courses sous harnais sur le circuit des foires alors qu’il n’était qu’un adolescent.

Son père, Denis, travaillait à la fabrique de pâtes et papiers et n’était aucunement impliqué dans les chevaux, mais un oncle, Harold Duguay, était propriétaire de chevaux standardbred et les faisait courir sur les pistes des foires dans tout l’est du Québec.

« Je nettoyais les stalles pour lui, joggais des chevaux, j’en possédais quelques-uns en partenariat avec lui, et j’ai même conduit un peu. J’ai gagné ma première course aux guides d’un cheval du nom de L Chanel. Le père d’Harold avait réclamé des chevaux, alors j’y suis impliqué depuis longtemps. J’ai tout appris, à partir de zéro, avec lui, » dit-il.

Avant ses étés avec Duguay, Bradbury n’avait aucune ambition de carrière, mais plus il passait de temps avec ses chevaux, plus il aimait cela. Alors après avoir complété son secondaire et ses études collégiales, il s’est inscrit à l’école vétérinaire de Saint-Hyacinthe, au Québec, avec en spécialisation : les chevaux. « L’été, je revenais à la maison, et je retravaillais avec Harold. »

À sa graduation en 2006, Bradbury a posé sa candidature sur un poste à la clinique vétérinaire desservant la ville de Sherbrooke ainsi que d’autres communautés des Cantons de l’Est.

Peu après, Harold et lui ont acheté un rejeton de Yankee Cam, âgé de deux ans, Orion Semalu, par un accord privé avec l’éminent éleveur québécois, le Dr Lucien Paiement, décédé en 2013. Le prix d’achat : 3 500 S.

« Nous coursions principalement à Québec et Rideau-Carleton. Nous avions pensé courir à Montréal, mais c’était du temps où l’hippodrome était en difficulté et a fermé abruptement. »

En 2012, avec le Jockey Club de Québec, institution sans but lucratif, qui s’efforçait de faire revivre le sport et rétablir un programme provincial d’élevage, Bradbury décida de se mouiller les pieds et de se lancer dans la reproduction.

Il a contacté le Dr Paiement, alors en période de réduction de son cheptel (dont la plupart portait le nom de Semalu), et s’informa des possibilités d’acquérir des poulinières.

Ce qui l’emmena à l’achat de sa première poulinière, Alcor Semalu, pour une somme de 10 000 $. La poulinière Mach Three avait déjà produit trois rejetons, dont l’un qui coursait, et elle était pleine de Sportswriter à ce moment-là.

La poulinière de Bradbury a donné naissance à une pouliche et il l’a appelée Wild River Swan, la Ferme Semalu de Paiement étant créditée comme éleveur de même que la Zoom And Fish Stable, propriété du fils de Paiement, Luc.

Pourquoi le nom de Wild River?

« Wild River, est le nom de mon chien, un chien de race, que j’ai acquis en 2009. C’est un chien pointeur berger allemand, un chien de chasse. Je voulais un nom qui convenait au plein air, et River m’est venu, mais son nom devait commencer par la lettre W à cause de l’année de naissance du chien, nous avons donc ajouté le nom River.

Wild River est plus qu’un animal de compagnie pour Bradbury. C’est une compagne de tous les instants.

« Elle est toujours avec moi. Elle m’accompagne sur la route, lorsque je réponds à un appel, et me suit aux courses. Même lorsque je reçois un appel la nuit… elle est la première arrivée à la porte. Je fais mieux de l’emmener avec moi parce qu’elle est terrible à la maison lorsque je ne l’emmène pas. »

Bradbury a lui-même cassé Wild River Swan et s’est occupé de son entraînement à la ferme Eastern Townships d’Yves Raymond.

Elle paraissait prometteuse à l’âge de deux ans, gagnant son deuxième départ à l’Hippodrome 3R; puis elle s’est fracturé un os sésamoïde. Elle est revenue à la compétition à 3 ans, et elle course encore, avec un modeste succès.

Il n’en est pas ainsi pour son frère, Wildriverbumblee, qui brûle la piste tant au Québec qu’en Ontario. Né en 2014, il est aussi issu de Sportswriter, mais cette fois, Bradbury a été crédité comme éleveur.

“ « J’ai décidé d’accoupler à nouveau à Sportswriter après avoir vu la pouliche, » explique-t-il. « Elle avait une bonne tête et paraissait bien. »

Bradbury met un peu plus la main à la pâte que l’éleveur moyen. Il a passé les ultrasons à sa poulinière et l’a aussi inséminée, en supervisant aussi le poulinage à sa petite ferme de Cookshire-Eaton.

Le poulain a hérité de son nom quand Bradbury s’est fait piquer par une abeille alors qu’il était en route pour les soigner. Tout comme avec Wild River Swan, il a pris en charge son entraînement développemental. Le talent du poulain n’était pas évident au tout début, mais son éthique de travail et sa joie de vivre l’étaient.

« À cause de mes heures, je le faisais courir à 17 h l’après-midi, et si j’étais en retard, il était debout près de la clôture, m’attendant. C’est une grande ferme. Il aurait pu aller n’importe où. Mais il m’attendait. Il aime son travail. Les gens à la ferme Raymond, disent n’avoir jamais vu une telle chose, » dit Bradbury.

Lors de sa première qualification à l’âge de deux ans, Wildriverbumblebee a inscrit un temps de 2 :07.3 à l’Hippodrome 3R. À sa sortie suivante, il l’améliora à 2 :04.1 aux guides de Louis-Philippe Roy.

« Louis-Philippe m’a dit qu’il allait plutôt bien. Je lui ai dit ‘tu vas le mener, montre-lui comment courser. Prépare-le pour la Coupe de L’Avenir comme si c’était le tien, » de dire Bradbury.

Wildriverbumblebee a terminé en deuxième place lors de son premier départ officiel à Trois-Rivières, offrant une course attrayante avec une victoire par quatre longueurs en 1 :57.4. « J’étais renversé. J’étais tellement heureux d’en être partie. Harold m’a envoyé un message alors que je me dirigeais vers le cercle du vainqueur. Il dit ‘ce fut un sacré mille’, » de se rappeller Bradbury.

Après avoir terminé deuxième et troisième lors de ses deux départs suivants, Wildriverbumblee explosa en finale de la Coupe de l’Avenir d’une valeur de 55 000 $, la course ‘stake’ la plus riche pour des chevaux d’élevage québécois, terminant par un triomphe en six longueurs d’avance et un record de piste en 1 :54.3 avec Roy dans le sulky. Cela a fait bondir ses gains à 35 990. $

« Il a absolument créé tout un émoi par ce mille, » dit Bradbury, qui jugea que le poulain en avait assez fait à deux ans, et le mettant au pâturage pour le reste de l’année.

« J’ai reçu quelques appels de la part d’acheteurs potentiels, mais je les ai tous déclinés. Il m’est trop spécial. »

Pour la saison 2017, Bradbury a fait quelques changements. Puisque le poulain avait démontré tellement de promesses, et ne pouvant plus l’entraîner lui-même à plein temps, Bradbury a confié le cheval à l’entraîneur et ami Francis Richard, pour sa saison de trois ans. Et comme Roy avait déménagé en Ontario, le vétéran conducteur Stéphane Brosseau a reçu l’appel pour les courses à l’Hippodrome 3R.

À son retour en piste, en juin, Wildriverbumblebee a repris là où il avait laissé en enregistrant deux victoires d’affilée au H3R. Puis arriva une surprenante défaite par six-positions, battu par 15 longueurs, alors qu’il était favori à 4-5. « Il n’allait pas bien… possiblement à cause d’ulcères d’estomac , » de dire Bradbury.

Le poulain a rebondi deux semaines plus tard, avec une fin de course en deuxième place, puis commença à déployer ses ailes. Après une victoire dans une course en soirée à Rideau-Carleton Raceway, il fut envoyé à Georgian Downs pour participer à une course ‘stake’ Grassroots en août, où il gagna en 1 :53 avec Sylvain Filion comme conducteur. Puis vint la finale de la Coupe de l’Avenir pour une bourse de 65 000 $ au H3R, alors qu’il a dû surmonter des conditions difficiles et un départ en septième position, mais il répéta son exploit de l’année précédente et conserva son titre de champion, tout comme il l’avait fait l’année précédente. Puis, il prit la direction de Mohawk pour participer à la course Grassroots obtenant le meilleur résultat de sa carrière en 1 :51.2. Le 30 septembre, il a prolongé sa séquence à cinq victoires lors du championnat OSS Grassroots doté d’une bourse de 50,000 $, à Mohawk, qu’il a gagnée par trois longueurs en 1 :52.1, avec Filion comme conducteur.

« Les gens nous ont demandé pourquoi nous n’avions pas tenté notre chance pour les OSS Golds avec lui. Cela faisait partie de nos plans originaux. Mais la course que nous envisagions en premier lieu se tenait à peu près au moment où il ne courait pas bien, alors nous avons passé. La suivante se déroulait la veille de la Coupe, qui représente pour nous un point culminant, alors cela ne nous convenait pas. Le Grassroots nous convenait mieux et à la fin, cela s’est bien terminé pour nous. Il ne faut pas être trop gourmand; c’est là où les choses ont tendance à s’effondrer. Notre expérience en Ontario s’est avérée très positive, et nous en avons remercié Marcel Barrieau, qui nous y a reçus, » dit Bradbury.

Wildriverbumblebee pourrait encore avoir une autre apparition dans des courses ‘stakes’ cette saison. Il a été invité au Matron à Dover Downs en novembre, mais il devrait consentir à une baisse sur les gains pour participer au départ.

Bradbury n’a aucun plan pour le cheval au-delà de cela, sauf de continuer à l’apprécier. Il voyage le poulain lui-même, se charge de son réchauffement d’avant-course, conduit durant deux heures de Sherbrooke à H3R les fins de semaine, seulement pour le jogger et, de toute évidence, c’est le plaisir de sa vie.

« Il semble toujours s’améliorer de course en course, mais j’essaie de ne pas me gonfler la tête ou de regarder trop loin dans l’avenir. On peut tomber si vite dans l’industrie des courses. Je suis tout simplement reconnaissant pour ce que nous avons accompli à ce jour. Francis a fait du très bon boulot pour le garder frais et dispos. Pour moi, c’est mon passe-temps pour relaxer, pour oublier les tracas de la journée, et je m’amuse tellement. Chaque course qu’il gagne fait notre fierté. De surcroît, c’est un cheval tellement heureux. Nous lui donnons des balles avec des poignées dans sa stalle, et il joue avec cela toute la journée, » dit-il.

Les liens familiaux rendent aussi l’histoire particulièrement douce pour Bradbury . « À Gaspé, un cousin âgé de 16 ans, Dylan Rehel, a commencé à courir sur les circuits de foires avec l’oncle Harold, tout comme Bradbury l’a fait il y a 20 ans. Il leur a d’ailleurs envoyé un cheval l’été dernier.

D’autres membres de la famille procurent une surveillance à longue distance pour Alcor Semalu. Bradbury a équipé sa stalle d’une caméra et les membres de la famille peuvent vérifier, en direct et à distance, comment elle et le cheval miniature qui l’accompagne à la ferme, vont. « Durant la saison de poulinage, j’ai reçu un appel d’un oncle à 5 h du matin, me disant qu’il pensait qu’elle agissait d’une drôle de façon. Il n’y avait rien qui clochait, mais je préfère recevoir un appel que de perdre un poulain, » dit Bradbury.

« Mon seul regret c’est que mon père n’ait jamais pu voir Wildriverbumblebee. Il était d’un si grand soutien. Il conduisait jusqu’à Gaspé pour donner un coup de main sur ma ferme. La dernière fois que je l’ai vu, je lui ai dit ‘Papa, je pense que j’en ai un bon.’ Il est décédé d’un cancer l’année dernière, à l’âge de 66 ans, avant que Bumblebee se qualifie. À chaque fois que le cheval gagne, j’ai l’impression qu’il y a deux conducteurs sur le sulky.


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