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La merveilleuse histoire de Jade Prince

Trot Feature - Jade Prince

Lorsque Jade Prince devint le cheval le plus rapide de l’histoire du sport, le monde des courses sous harnais s’est arrêté. Après tout, il n’avait que deux ans quand il a réalisé cela.

Mais l’histoire de Jade Prince est beaucoup plus intéressante et complexe que cela. By Dean A. Hoffman // Traduction Louise Rioux

La vieille garde du Grand Circuit hochait la tête d’émerveillement. Ils avaient été témoins de bien des milles remarquables sur la légendaire piste de terre rouge du Kentucky Red Mile, mais jamais ils n’auraient pensé en voir un comme cela.

Un après-midi d’octobre 1976, Jade Prince, propriété de Charles Armstrong, entraîné et mené par la légende canadienne, Jack Kopas, arrêta le chronomètre à 1:54.1.

C’était le mille le plus rapide jamais couru par un Standardbred dans une course.

Ce qui faisait de ce mille d’autant plus remarquable, c’était le fait que Jade Prince n’avait que deux ans. Traditionnellement, les records de tous âges en course sous harnais étaient enregistrés par des étoiles plus expérimentées. Au début de la saison de 1976, le mille le plus rapide avait été couru par Albatross, à quatre ans. Qui aurait pu imaginer que cette marque serait fracassée par un juvénile?

Mais pendant que des milliers de personnes applaudissaient cet exploit remarquable, très peu réalisaient que Jade Prince était un poulain de 1973.

Mais attendez! Comment était-ce possible? Un poulain de 1973 aurait trois ans en 1976, non?

Faux. Et la raison en est que l’US Trotting Association avait adopté le règlement permettant aux poulains nés en novembre et décembre de l’année précédente, d’être considérés comme des poulains de l’année suivante. Et Jade Prince est né le 25 novembre 1973.

Le règlement appelé « reproduction précoce » fut en application durant à peine quelques années avant qu’il ne soit abrogé. Le but en était de déplacer la date traditionnelle du 1er janvier pour les Standardbred au 1er novembre, pour donner plus de temps aux poulains d’acquérir de la maturité avant d’être soumis aux rigueurs de la course. ( Référez à l’encadré. )

Jade Prince a été développé par Jack Kopas, natif de la Saskatchewan et qui est venu à l’est dans l’espoir de faire sa marque en course sous harnais, et devenant l’un des entraîneurs les plus respectés du sport. Il ne lui a pas fallu beaucoup de temps avant que sa réputation s’étende de l’Ontario à travers toute l’Amérique du Nord.

L’ambleur fulgurant Super Wave a propulsé Kopas vers la proéminence au cours des années 1960, mais ce champion fut suivi par une longue liste d’ambleurs ayant atteint de remarquables succès. En 1976, Kopas fait venir une troïka de poulains de deux ans, avec en tête, le précoce Nat Lobell. Ses compagnons d’écurie, Jade Prince et Super Clint, étant considérés comme l’équipe ‘B’.

Kopas a acquis le poulain Jade Prince à l’automne de 1975. Il apprit que Ted Armstrong avait impulsivement acheté un poulain de Meadow Skipper et payé 28 000 $ à l’encan de Tattersalls Yearling Sale. Kopas n’avait pas inspecté le poulain avant de l’acheter, et quand l’entraîneur vit le poulain, il fut consterné. Jade Prince avait une bosse au genou de la grosseur d’une balle de tennis et souffrait d’importantes enflures à la patte arrière ainsi qu’aux jointures.

Le fils de John Kopas, Jack, se rappelle très bien de la situation.

« Je ne crois pas que Ted ait vu Jade Prince avant qu’il soit dans l’arène de vente et a tout simplement misé sur lui parce qu’il était un rejeton de Meadow Skipper qui allait se vendre à bon marché, » dit-il.

« Mon père et Glen Brown (le vétérinaire qui supervisait l’opération de reproduction des Armstrong Bros.) ont voulu le remettre en ventee, » dit John. « Mais cela ne s’est pas produit. »

Alors Jade Prince a rejoint le groupe de Kopas, a rapidement appris ses leçons, et a prouvé qu’il avait bonne allure. La bosse sur son genou ne l’a jamais ennuyé.

« Nous drainions le liquide de ce genou une fois par mois, » dit John. « Il était bien. Nous utilisions du DMSO (Dimethyl-Sulfoxide) pour peindre ses mollets, et ni les ……… et …….ne lui causaient problème. »

Jade Prince a rejoint une classe remplie de talents qui comprenait Governor Skipper, Striking Image, Crash, Racy Goods, et Fulla Strikes, mais le poulain de tête du groupe au début de 1976, n’était nul autre que son compagnon d’écurie, Nat Lobell.

« Nat a probablement été le plus gentil cheval que j’aie eu à côtoyer, » dit John. Le poulain abattait ses rivaux comme une faux au début de 1976, avant que sa carrière soit compromise par la pneumonie.

Un autre poulain du contingent de Kopas cette saison-là, était Super Clint, un fils à l’allure trapue de Super Wave.

Jade Prince a connu du succès au cours de l’été mais il était distinctement un étranger au moment où le trio Kopas s’est trouvé parmi les 11 étoiles de première année au Fayette Pace au Red Mile pour une bourse de 62 755 $ au début d’octobre. Détenant la 11e position, Jade Prince est parti favori à 14-1 dans la première course. Racy Goods de la ferme Castleton Farm était favori et le conducteur à la pige, Joe O’Brien, l’a lancé en tête tandis que Governor Skipper mettait de la pression dans la ligne droite du fond. La première demie a été amblée en 55 étonnantes secondes.

Jack Kopas, aux guides de Jade Prince, avait rapidement ramené son poulain dans le groupe mais, a graduellement commencé à le retenir. Lorsque les meneurs capitulèrent, Jade Prince a surgi pour passer les chevaux fatigués et il a passé le fil en 1:55.1. Son compagnon d’écurie Super Clint, a remonté Crash pour la deuxième position.

La foule a collectivement repris son souffle, et a assumé que la seconde épreuve ne serait pas disputée en de telles fractions si frénétiques.

Dans cette seconde épreuve, Racy Goods, mis sous pression par Crash, mena en 28.1, 55.2 et l :24.3. Cette fois encore il s’agissait d’un tempo absolument insensé pour ce temps.

Jack Kopas encore une fois, restait bien assis avec Jade Prince, et surveillait les meneurs se faire hara-kiri. Puis Kopas et son poulain ont pris le contrôle et passé les meneurs pour compléter la course en 1 :54.1.

Il s’agissait du mille le plus rapide de tous les temps.

Le légendaire membre du Temple de la renommée Delvin Miller, s’est senti justifié puisqu’il prédisait depuis des années que la vitesse des Standardbred résulterait en l’obtention du record mondial par un deux ans.

Un autre ancien du monde des chevaux qui croyait la même chose était le vétéran Ontarien en chevaux, Morrie MacDonald, un ami proche de la famille Kopas. MacDonald, au grand sens de l’humour, répétait sa prédiction quant à la vitesse juvénile qui, en fin de compte, régnerait en reine, au point où Kopas et d’autres membres de son équipe, étaient fatigués de l’entendre. Tout le monde aimait le sens de l’humour de Morrie MacDonald et respectait son amour du cheval, mais ils avaient l’impression que ses commentaires farfelus concernant un juvénile détenant le record de vitesse du sport n’étaient que pure fantaisie.

C’est précisément ce que pensait Kopas en ramenant le nouveau champion à l’écurie après le mille épique.

« Bon sang!» dit Jack à son fils John, « Nous devrons maintenant prêter attention aux propos de Morrie tout l’hiver. »

Jade Prince est revenu gagner le Cane Pace à Yonkers la saison suivante et a fait campagne à lâge de quatre et cinq ans. Il n’a jamais abaissé sa marque en tant que juvénile, mais il a été rmis à la retraite à la ferme Armstrong Bros. comptant 569 247 $ à son actif. Il a été accueilli par un essaim de poulinières de bonne qualité, provenant tant des exploitations Armstrong que de l’extérieur.

Et Jade Prince a misérablement échoué.

« Il n’a jamais engendré quelque chose de valeur, » dit John. « Il était un reproducteur terrible. Nous avons entraîné une foule de ses rejetons provenant de sa première récolte, et ils n’étaient tout simplement pas bons. Plus tard, il est parti à l’ïle-du-Prince-Édouard et même là, il n’a pas connu pas le succès. »

( L’auteur peut en témoigner puisque j’ai accouplé une poulinière au record rapide d’Albatross à Jade Prince et le poulain s’est révélé – tout comme plusieurs autres issus de Jade Prince – tout simplement comme un zéro. )

Jade Prince peut servir de leçon à ceux qui liront cet article dans l’édition spéciale ‘Stallion’ de Trot. Un étalon peut tout avoir en sa faveur et encore échouer lamentablement. Il a reçu un essaim de beautés poulinières des Armstrong ainsi que d’autres poulinières attrayantes d’éleveurs de l’extérieur. Les poulains de sa première récolte ont été confiés à des entraîneurs parmi les meilleurs.

Et encore, sur toute la ligne, les poulains de Jade Prince furent décevants.

Contre nature

Au début des années 1970, l’U.S. Trotting Association a adopé un règlement qui permettait aux poulains nés en novembre et décembre d’être considérés comme des poulains nés l’année suivante. Ostensiblement, l’objectif était de permettre aux poulains d’acquérir plus de maturité lorsque passés à l’entraînement.

Murray Brown de la ferme Hanover Shoe Farms se souvient très bien de ce règlement.

« Delvin Miller, membre du Temple de la renommée, et John Simpson, président de Hanover Shoe Farms, étaitent les plus grands défenseurs de ce règlement, » se rappelle-t-il. « Hanover Shoe Farms était un ardent promoteur. L’idée, bien que jamais vraiment exprimée haut et fort, visait à reculer d’un mois ou deux afin que la saison d’accouplement puisse débuter en avril ou aux environs, et que Hanover puisse vendre des deux-ans plutôt que des yearlings. »

Tous les éleveurs n’étaient pas aussi enthousiastes. Albert Adams, natif d’Ontario et l’un des plus respectés et actifs gérants de ferme, supervisa le cheptel de la resplendissante ferme Almahurst Farm du Kentucky.

« Vous travaillez contre Mère Nature, » fait-il remarquer, soulignant que le cycle des poulinières est plus naturel au printemps avec l’arrivée des plus nombreuses heures de soleil.

« Puis, quand une ferme a des poulains nés en novembre et décembre, puis en a aussi en mai et juin, c’est comme si vous aviez deux groupes d’âge différent de yearlings. Cela perturbe la routine de la ferme. »

Ironiquement, Sherry Almahurst, une exceptionnelle ambleuse nommée selon le prénom de l’épouse d’Albert, fut l’un des poulains d’Almahurst qui a connu de grands succès.

Le vétéran et icône de l’élevage ontarien, Jack McNiven, se souvient que la Canadian Standardbred Horse Society, alors l’organe d’enregistrement des chevaux de course sous harnais, a suivi l’exemple de l’USTA pendant quelques années, mais n’a pas poursuivi l’expérience aussi longtemps que l’USTA.

« Je n’étais certainement pas un grand fan de cet élevage précoce en Ontario, » dit McNiven.

En plus de Jade Prince, le gagnant de l’Hambletonian Green Speed est aussi tombé dans cette catégorie puisque né le 18 décembre. Le champion ambleur juvénile, Misty Misty, était un autre poulain précoce.

D’autres étant entrés de façon précoce sont Nat Lobell, le poulain prodige que John Kopas a tellement louangé, Rowdy Yankee et Pats Gypsy.

L’opposition au règlement a ultimement prévalu. L’USTA abrogea le règlement sur l’élevage précoce sans jamais n’avoir fait d’étude pour évaluer si les poulains précoces connaissaient plus de succès. Il y a eu presque 4 000 poulains précoces enregistrés par l’USTA.

Parlez-vous Francais?

Je travaillais à Stoner Creed Stud quand Jade Prince a été engendré par Meadow Skipper, mais le gérant de la ferme, Charlie Kennedy, détestait le concept.

« Ces poulinières semblent se cacher sous une pierre en décembre et janvier, » répète-t-il. « C’est tout à fait impossible de prévoir leur cycle correctement. C’est contre nature. »

Certaines poulinières, par contre, seraient fertiles dans les profondeurs de l’hiver et je me souviens que c’était près de Noël en 1972, quand la poulinière Oui Oui Byrd fut engendrée par Meadow Skipper, l’accouplement qui allait donner Jade Prince.

Stoner Creek était localisé à Paris, mais à Paris, Kentucky, non pas Paris, France. Les travailleurs de la ferme y ont vu une certaine ressemblance avec la langue française, et référait constamment à Oui Oui Byrd en disant « Ew-wee Ew-wee Byrd. »


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